«Un capitaine doit être vigilant chaque seconde»

NavigationGPS, pilote automatique, radar: trop facile de piloter un Belle-Epoque? Explications à la veille de la parade de la CGN à Rolle.

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«Dis papa, comment il fait le capitaine pour piloter un bateau comme çuilà?» Parmi les 2000 personnes qui montent chaque année à bord de l’un des six joyaux Belle Epoque lors de la traditionnelle Parade navale de la CGN, la question survient immanquablement. Ce sera certainement le cas à nouveau lors de la 20e du nom, ce dimanche au large de Rolle.

Pour ceux qui auront l’honneur de visiter la cabine de pilotage, l’interrogation paraîtra d’autant plus légitime: radar, GPS, pilote automatique et tout une série de cadrans à aiguilles et chiffres digitaux, le tableau de bord est digne d’un avion! Débat sur l’utilité d’un homme aux commandes avec le premier capitaine de la Compagnie générale de navigation (CGN), Olivier Chenaux, seul maître à bord du bateau à vapeur «La Suisse», quarante ans de services à la CGN.

- Un capitaine sert-il encore à quelque chose?

- Il n’y a jamais deux voyages identiques. Théoriquement, on se déplace d’un point A à un point B par le trajet le plus court. Dans la pratique, c’est très différent: il faut négocier la marche arrière pour sortir du port, éviter les obstacles, qu’ils soient des pêcheurs, des voiliers ou des nageurs. Un ancien capitaine disait: «Si chaque bateau laissait derrière lui un ruban noir d’un mètre de large, tout le lac serait noir.»

- Vous n’allez pas nous dire que votre travail est immuable depuis la Belle Epoque?

- Fondamentalement, le travail n’a pas changé. Par contre, c’est plus facile physiquement, ne serait-ce que grâce à la direction assistée. Et nous avons connu d’énormes améliorations en termes de sécurité: le radar pour voir la surface de l’eau en cas de mauvaise visibilité, le GPS pour situer le bateau sur la carte en cas d’évacuation forcée ou de détresse et les coordonnées de tous les débarcadères, les détecteurs d’incendie.

- Et le pilote automatique, c’est pour faire semblant?

- Un bateau ne va jamais droit, le pilote automatique nous aide à garder le cap, cela nous soulage de devoir corriger chaque seconde. Nous naviguons la plupart du temps en visuel, avec des repères à terre: un immeuble, un arbre, une montagne, etc.

- Même pas un petit café de temps en temps?

- Je suis obligé d’être là en permanence. Quelqu’un qui pratique le stand up paddle reste relativement facile à voir, mais un nageur… Ce sont eux qui m’ont valu mes plus grosses frayeurs. «La Suisse» fait 78,8 m de long, pèse 530 tonnes. Cela donne un rayon de braquage de 400 m et une distance d’arrêt de 250 m. Et ça, c’est quand la réaction est immédiate!

- Et tout repose sur vous, bien sûr?

- Au contraire. Sur un bateau à vapeur, je ne peux effectuer aucune action directe sur les commandes. Je ne peux que transmettre des ordres à la machine. C’est le mécanicien qui agit, même s’il ne voit rien, il me fait confiance aveuglément.

- Bon, reste que l’uniforme de capitaine ça fait son petit effet, non?

- Le capitaine est effectivement très apprécié. Les passagers aiment qu’il fasse un tour pour dire bonjour. Je me fais alors remplacer quelques minutes. Certains parents prétextent parfois que leur enfant désirerait voir la cabine pour la visiter eux-mêmes. Si on touchait 1 ct. par photo, on serait assis sur un joli pactole! ( Rires.)

- Conclusion, la casquette de capitaine, ce n’est pas que pour la frime!

- Tout à fait! Nous, les humains, serons toujours meilleurs que la machine, même si les outils sont utiles dans certaines circonstances.

Créé: 23.05.2015, 11h43

Les dérapages sont très rares

Tous les instruments du monde ne garantissent pas un risque zéro d’accident, même si la chose est rare sur le Léman et plus encore pour les bateaux de la CGN. Mais, la loi des séries aidant, deux accrochages se sont produits en moins d’un an.

Le 1er septembre 2013, le «Simplon» et un voilier se percutent au large de Nyon. Cinq personnes sont éjectées et un adolescent est hospitalisé. Les décisions du Ministère public sont attendues.

Plus cocasse, le «Vevey» rate son accostage au débarcadère du Mont-Blanc, à Genève, le 12 juin 2014. Une erreur d’appréciation du capitaine en est la cause. Dix jours de réparation à 60'000 francs et le revoilà sur le lac. L’affaire est piquante quand on sait que le «Vevey» avait été remis à l’eau l’automne précédent après dix-huit mois de rénovation. Il avait en outre connu un premier incident en novembre en heurtant le débarcadère de Cully à cause de la bise noire.

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