La castagne pour se défendre à l’école, ça s’apprend dès 6 ans

ViolenceUne école d’Étoy apprend à des enfants dès 6 ans à ne pas tendre l’autre joue, en leur proposant des cours d’autodéfense.

Image: CHRISTIAN BRUN

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Les cours d’écoles seraient-elles violentes au point qu’il faille apprendre à se défendre dès le plus jeune âge? Oui, à en croire La Tête en l’Air, école «multi-activités» d’Étoy qui propose des cours de théâtre, de yoga ou encore de cirque. Pour répondre à «une forte demande», l’école propose depuis quelque temps un stage d’autodéfense ouvert aux enfants dès 6 ans. On y enseigne «des gestes simples et efficaces pour repousser un camarade de classe ou toute autre personne».

La violence chez les jeunes est loin d’être inédite, même si elle est de plus en plus visible. En l’occurrence, c’est l’âge des bambins à qui est destiné le stage qui interpelle. «Nous organisons des cours d’autodéfense depuis longtemps, mais pour des jeunes d’environ 12-13 ans. Au fil du temps, nous avons reçu de nombreuses demandes de jeunes enfants et de leurs familles. Mon fils de 6 ans y est d’ailleurs inscrit», explique Karine Deker, directrice de La Tête en l’Air.

Le prochain cours du genre, prévu le 22 septembre prochain, sera donné par Martial Vout, ancien garde du corps désormais spécialisé dans l’apprentissage de l’autodéfense entre l’Inde et la Suisse. Loin d’un discours convenu sur la violence chez les enfants, l’homme, dénonçant au contraire le politiquement correct ambiant, va droit au but et réfute qu’il faille tendre l’autre joue. «La société est de plus en plus violente et l’école n’échappe pas à la tendance. Il y a beaucoup d’enfants qui rentrent à la maison en pleurant parce qu’ils ont été violentés. Les parents réagissent en s’adressant à la direction de l’école, mais si rien ne se passe, ils me les envoient. J’enseigne aux enfants un état d’esprit que certains parents n’osent pas inculquer. En gros: tu es gentil, mais si on t’embête, tu peux réagir», explique Martial Vout.

Quant à la technique qu’enseigne le spécialiste, elle renvoie aux réflexes les plus archaïques. «Je rappelle aux enfants que nous sommes des mammifères et, qu’à ce titre, nous avons en nous une sauvagerie aussi naturelle que saine. Je ravive des gestes oubliés dans notre cerveau reptilien. Si on est attaqué, il faut exprimer cette sauvagerie, tout étant proportionnel.»

Avec l’enseignement de Martial Vout, on est ainsi plus près du coup sur la tête avec un bâton que dans la prise de judo sophistiquée. «Les mouvements humains originels et les mécanismes de défense naturels sont instinctifs. Même sous l’effet du stress, il est aisé de reproduire ces gestes. À l’inverse, les arts martiaux, souvent très esthétiques, sont plus complexes. Leurs mouvements peuvent donc être plus aléatoires.»

Message de respect

À Lausanne, le docteur Nahum Frenk, pédiatre et thérapeute de famille, comprend et cautionne la démarche, sous certaines conditions. «La défense est le propre de tout ce qui est vivant, de l’épine de la rose à la griffe du chat. Chez l’être humain aussi, se défendre revient à affirmer son existence. Quant à la violence, elle apparaît dès la garderie, où les enfants se mordent les uns les autres. Partant, à 6 ans, il est normal de se défendre en cas d’attaque», relève le médecin, qui n’est donc pas choqué par le stage d’autodéfense pour enfants.

Pour autant, poursuit Nahum Frenk, la réponse agressive ne saurait être une fin en soi. «S’il ne s’agit que d’enseigner à se défendre en frappant, la méthode est absurde. Elle doit impérativement s’accompagner d’un message de respect de l’autre. La tolérance, c’est accepter l’autre, mais pas à mon détriment. Le dialogue, la philosophie du respect et la réciprocité doivent être enseignés en même temps que les manières de se défendre», précise le médecin, pour qui la société n’est pas forcément plus violente qu’il y a quelques années. «En revanche, elle s’exprime toujours plus tôt.»

Créé: 07.09.2018, 19h14

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