La cathé vit son dernier grand chantier

LausanneLes travaux lancés en 1972 seront terminés vers 2030. Dès lors, le principe de conservation remplacera celui de restauration.

Au premier plan, on constate que le renvoi d’eau ne remplit pas vraiment son office: la molasse grise et tendre de la cathédrale est rongée par le ruissellement de l’eau de pluie. Au second plan, les renvois ont été renforcés et ergonomiquement améliorés.

Au premier plan, on constate que le renvoi d’eau ne remplit pas vraiment son office: la molasse grise et tendre de la cathédrale est rongée par le ruissellement de l’eau de pluie. Au second plan, les renvois ont été renforcés et ergonomiquement améliorés. Image: KEYSTONE/JEAN-CHRISTOPHE BOTT

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Les Lausannois initiés connaissent le petit buste à lunettes de l’ancien architecte cantonal Jean-Pierre Dresco qui trône sur la tourelle d’escalier nord de la cathédrale. Le conseiller d’État Broulis aura-t-il le sien, au terme du chantier que le premier a lancé en 1972, comme le veut la tradition médiévale? En tout cas, si le Grand Conseil lui accorde un premier crédit de 10,1 millions, puis un second du même montant à l’horizon 2024, «pour la première fois dans l’histoire séculaire de la cathédrale, le gouvernement vaudois aura choisi de terminer un cycle entier de restauration», indique l’État de Vaud.

À l’issue de cet ultime grand chantier, l’idée est de sortir du principe de restauration pour entrer dans une logique de conservation, soit privilégier des interventions préventives et de maintenance plutôt que des travaux ponctuels et lourds pour sauver de la ruine les éléments les plus dégradés. On passerait aussi alors d’un budget d’investissement au budget de fonctionnement.

Du sable armé

Pour arriver à cela, l’édifice devra encore subir quelques interventions massives d’ici à 2030. Après les études nécessaires (1,15 million), le premier chantier lourd débutera en 2021 sur la tour du transept sud (4,07 millions). Ses façades sud et ouest sont dégradées, par endroits même protégées par des parements de plomb provisoires posés en 2013. En mai, des travaux urgents de sécurisation ont dû y être menés: de petits morceaux de mur se détachaient et tombaient sur le sol.

Durant cette première étape de chantier (2021-2024), la protection des façades contre le ruissellement sera repensée (1,14 million). «Aujourd’hui, ce qui devrait être des renvois d’eau sont en fait seulement des rebonds, indique Yves Golay, président de la Commission technique de la cathédrale. Nous avons trouvé de l’eau à 30 et 40 centimètres de profondeur dans la molasse!» Le grès tendre, particulièrement usé à ces endroits, devra être restauré ou remplacé.

Mais comment, dans la logique de conservation désirée, rendre pérennes des murs dont la friabilité semble inéluctable? Dès 2030, le seul entretien suffira-t-il? «Les techniques nouvelles permettent de le penser», indique Pascal Broulis. Il fait référence par exemple au «sable armé», développé pour consolider la molasse grâce à des armatures de fibres de verre. La technique, testée en collaboration avec la cathédrale de Berne, a fait ses preuves sur une portion de la tour inachevée. Et un premier colloque pluridisciplinaire sur la pierre, en 2012, sera suivi d’un second en 2020.

Des bancs réversibles

Autre chantier primordial: les infrastructures techniques (3,44 millions). Vétustes, pas adaptées aux besoins actuels, les installations électriques doivent être refaites de fond en comble. «Nous devons tirer la leçon de Paris», glisse Pascal Broulis, qui rappelle que c’est souvent durant les chantiers que les incendies interviennent, la preuve avec Perregaux (ndlr: l’ancien parlement). Les derniers 300'000 francs sont prévus pour le mobilier de la nef, dont les différentes tentatives de remplacement ont fait couler beaucoup d’encre. Des bancs réversibles, dont un prototype a déjà été produit par l’institut Ibois de l’EPFL, devraient permettre aux ouailles de regarder le chœur ou l’orgue, selon la manifestation.

La seconde et dernière étape de cet ultime chantier (à nouveau quelque 10 millions de francs) s’attaquera au chevet (enveloppe du chœur), à la tour du transept nord et enfin à la tour inachevée (lire encadré). Mais aussi à la conservation des croisillons, de la souche de la tour lanterne et de la tourelle d’escalier nord. Parallèlement à ces chantiers, un relevé complet du monument sera mené et une base de données interactive sera établie pour optimiser la maintenance.

Avec le lancement de ces travaux, la cathédrale en reprend pour dix ans. Mais pas question de la barder d’échafaudages et de bâches, ni de fermer l’édifice qui attire quelque 350'000 visiteurs annuels, prévient Pascal Broulis. «Elle doit rester visible, «photographiable»! Le patrimoine doit être accessible pour être vivant.»

Créé: 15.08.2019, 20h07

La tour dite inachevée l’est à plus d’un titre

La tour inachevée, qui aurait dû s’élever symétrique au beffroi, est la dernière étape (2026-29) du cycle de restauration de 1972.

Située au nord, elle n’a jamais été l’objet d’une réelle rénovation, les cycles de travaux débutant sur la façade sud, davantage usée par les intempéries, et le temps manquant pour faire le tour.

«On l’a souvent abandonnée, car elle ne comporte rien de fragile, que des murs épais», précise Yves Golay, président de la Commission technique de la cathédrale. Ainsi, on peut observer à mi-hauteur de sa façade ouest un renvoi d’eau complètement «mangé» et couvert de mousse verte.

Mais la tour inachevée n’a pas seulement été l’oubliée des chantiers de restauration. Outre le renoncement à terminer sa tour, on a aussi bâclé l’intérieur. En témoigne une fenêtre aux étranges éléments de décoration. Deux chapiteaux semblent flotter dans le vide: les colonnes qui devaient les supporter n’ont jamais été construites.

Articles en relation

Et si la Cathé s'embrasait aussi?

Lausanne Les sapeurs-pompiers ne sont jamais intervenus pour un incendie confirmé, mais ils sont préparés à cette éventualité. Plus...

La cathédrale se donne des airs de Taj Mahal

Lausanne Plus d'un an de travaux ont été nécessaires pour nettoyer le portail principal des ravages du temps. Plus...

La cathédrale de Lausanne retrouve sa «troisième merveille»

Patrimoine Les stalles de 1275 ont réintégré l'édifice religieux après avoir été restaurées. Plus...

Travaux urgents sur le toit de la cathédrale

Lausanne Devisé à plus de 3 millions de francs, le chantier doit permettre «d'assurer l'étanchéité du toit et la sécurité publique au pied des façades». Plus...

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.