A cause des Français, le Léman restera bas jusqu'à l'été

Niveau de l’eauNos voisins imposent aux Genevois un report de la remise à niveau des eaux. Avec des conséquences sur les activités sportives, portuaires et touristiques.

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«Les autorités françaises ont unilatéralement décidé de reporter le début des opérations au mois de juin 2012», explique benoîtement l’Etat de Genève dans un courrier adressé le 23 février à l’Office fédéral de l’environnement. Le report exigé par les Français concerne les travaux au barrage de Verbois, sur le Rhône, côté genevois. Le bassin de l’ouvrage doit être vidangé et les grilles protégeant les turbines remplacées. Cette intervention nécessite le maintien du lac à un niveau bas jusqu’au début du chantier pour assurer la sécurité des ouvriers.

Les Genevois espéraient réaliser cette opération plus tôt dans l’année afin de péjorer au minimum les activités sur le lac. Problème, les Français, situés en aval sur le Rhône, subiront les désagréments de ces travaux qui engendreront des perturbations pour les industries le long des berges, ainsi que pour le commerce fluvial et la faune. Ils ont donc refusé. «Et ce malgré les nombreuses mises en garde des Services Industriels de Genève quant aux conséquences d’un tel report sur la gestion du lac Léman», affirment les Genevois.

«C’est une prise d’otages», tempête Yorick Klipfel, président de l’Association des clubs de voile lémaniques. «Disons que nous avons dû tenir compte des procédures internationales», indique, plus diplomatiquement, François Pasquini, directeur du Service de l’écologie de l’eau.

«Même pas informé»

Dans cette affaire, ce n’est pas tant le niveau du lac qui est exceptionnel, mais la durée de cette décrue. Selon une convention intercantonale datant de 1884, le Léman doit être baissé tous les ans d’une cinquantaine de centimètres entre févier et avril pour permettre des travaux d’entretien dans les ports. Et même de 70?centimètres les années bissextiles. Mais cette baisse n’est jamais maintenue jusqu’au début de l’été. Une époque où les activités lacustres battent leur plein.

Techniquement, ce sont les Genevois qui ont la haute main sur la régulation de la cote du lac. Ils contrôlent le débit sortant du Léman avec le barrage du Seujet placé en bout de rade.

Ces quelques dizaines de centimètres manquants annoncent des perturbations pour le début de la saison de plaisance et pour la CGN. Des berges boueuses apparaissent à l’air libre. Les rochers affleurent la surface dans certains petits ports. Et ce demi-mètre échauffe déjà les esprits.

«Je ne comprends pas que l’on ait besoin de baisser le lac jusqu’en juin pour des travaux à Verbois, tonne Marc Francina, député maire d’Evian. Les communes riveraines n’ont évidemment pas été consultées comme à chaque fois.»

La Commission internationale pour la protection des eaux du Léman (CIPEL) n’était, elle, même pas au courant de l’opération. «Ils auraient au moins pu nous informer», s’étonne Audrey Klein, secrétaire générale de la CIPEL. Marc Francina reprend: «Nous sommes gênés pour quelques places au port, mais du côté Suisse, cela doit être plus compliqué», avance le maire, qui souhaite demander des comptes aux autorités françaises, une fois la présidentielle et les législatives passées.

Grogne sur les pontons

Les ports de faible profondeur, comme ceux du Bief près de Morges ou des Pierrettes à Saint-Sulpice, ne sont effectivement pas à la fête. La plupart des embarcations ne peuvent plus se mouvoir sans toucher le fond quand elles ne sont pas simplement échouées. «Ici, certains peuvent marquer «dommage» sur le début de la saison. Nous avons déjà dû annuler des concours de pêche à la traîne», relève l’ancien garde-port des Pierrettes.

Les infrastructures plus grosses rencontrent elles aussi des tracas. «Nous devons déplacer les voiliers quillards pour les mettre à des emplacements plus profond. Et il y aura des plaisanciers qui devront attendre plus longtemps avant de pouvoir mettre leur bateau à l’eau», explique Jacques Guignet du port de Nyon.

Les places avec du tirant d’eau manquent, les gardes-ports casent comme ils peuvent les gros voiliers loin des berges. «Cet hiver, certains bateaux ont été pris dans les glaces pendant que le lac descendait. Ils se sont posés dans la vase avant que leur propriétaire ne puisse les bouger. Pris au piège», relève pour sa part Yorick Klipfel.

Les choses sérieuses débutent dans un petit mois pour les coursiers du lac. «Une bonne partie des régates intéressantes ont lieu en mai et en juin. Je ne sais pas comment cela va se passer.» Le président de l’Association des clubs de voile lémaniques s’inquiète même pour le Bol d’Or à la mi-juin.

Débarcadères fermés

La Compagnie Générale de Navigation a elle aussi quelques soucis avec les eaux basses. «Nos bateaux étant plus bas par rapport aux débarcadères, les passerelles sont plus pentues», constate-t-on amusé à la CGN. Mais, plus gênant, quatre débarcadères ne sont plus desservis. Il s’agit de Saint-Sulpice sur Vaud et de Bellevue, des Eaux-Vives et de La Belotte à Genève. La Parade Navale de la CGN du 20 mai au large de Morges risque de subir des perturbations. «Nous avions prévu d’embarquer des gens à Saint-Sulpice, mais il va falloir changer nos plans»

Créé: 20.04.2012, 22h47

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