Les caves sont pleines à la veille des vendanges
CommerceDe nombreux vignerons vaudois doivent vider leurs cuves en urgence pour accueillir la récolte 2012.
A quelques jours des vendanges, la récolte s’annonce belle et généreuse. Pourtant, les viticulteurs font la grimace. Les excédents de stocks n’ont pas tous été écoulés. Les marchés sont engorgés. Résultat, il y a trop de vin en cave. A tel point que de nombreux vignerons-encaveurs cherchent encore des solutions pour évacuer leurs invendus de vin en vrac de qualité AOC.
Ils ont un urgent besoin de place dans les cuves pour accueillir les moûts 2012. Faute d’avoir écoulé la récolte 2011, certains ont même de sérieuses difficultés financières. Mais la Communauté interprofessionnelle des vins vaudois (CIVV), par la voix de son président Gilles Cornut, insiste: «Dans l’intérêt économique de tous, il faut éviter de liquider ce vin à bas prix.»
«La situation est dramatique, et je pèse mes mots», déclare le secrétaire de la Fédération vaudoise des vignerons (FVV), Philippe Herminjard. «Le malaise est général dans tout le canton et même ailleurs en Suisse. Ce ne sont pas des paroles en l’air, clame Jacques Humbert, président de la section vaudoise de l’Association suisse des vignerons-encaveurs (ASV). En plus du problème de place pour rentrer la prochaine vendange, certaines familles sont à court d’argent. Ceux qui ont leur compte-courant dans le rouge risquent de brader leur vin pour sauver temporairement la baraque.»
Les producteurs embarrassés n’ont pas trente-six solutions. Soit ils louent des cuves à proximité de leur exploitation pour y mettre leur vin en espérant le vendre au prix du marché (actuellement, entre 3 fr. 40 et 4 fr. 50) dans les mois qui viennent. Soit ils s’en débarrassent à vil prix.
Evidemment, ils retireront un meilleur profit en vendant un produit AOC à prix cassé que s’ils acceptent de déclasser leur production en vin de table, qui sera racheté moins de 1 franc le litre. «C’est là le drame, s’inquiète Gilles Cornut. Il ne faut pas lâcher à n’importe quel prix.»
Au cœur du problème, le courtier en vins indépendant Jean Lauber s’est décarcassé pour trouver des embouteilleurs suisses alémaniques d’accord de transvaser ces excédents chez eux. «Le vin sera décavé avant les vendanges, et les producteurs toucheront un acompte dans les trente jours. Ensuite, nous ferons tout pour vendre ce vin AOC au prix du marché dans les mois à venir. Si on n’y parvient pas, alors il faudra déclasser ce vin et le vendre comme tel. Au moins, on aura évité de brader les prix.»
Jean-Michel Dufour, patron du domaine de la Vissenche à Tartegnin, fait partie des producteurs qui se retrouvent avec quelques milliers de litres invendus à la veille des vendanges. Pour la seule région de La Côte, on compte près de 70 producteurs concernés pour environ 800 000 litres invendus. Le problème touche surtout les vignerons-encaveurs qui, comme lui, vinifient toute leur récolte puis commercialisent une partie de leur production en bouteille et une partie en vrac.
Vive concurrence étrangère
«Les gens doivent comprendre que je n’ai pas eu plus de vin en cave que l’an dernier, mais il n’y a pas d’acheteur. Jusqu’à aujourd’hui, je n’avais jamais eu de problème à commercialiser le vin en vrac et la cave a toujours été vide avant les vendanges», explique Jean-Michel Dufour. Les raisons de cette situation exceptionnelle? «Je mets en cause le franc fort, qui a incité les vacanciers à revenir en Suisse avec plus de vin que d’habitude. Sans compter tout ce qui s’achète en France voisine. En plus, la grande distribution a importé du chasselas d’Allemagne vendu à bas prix. La proposition de Jean Lauber a au moins le mérite d’éviter la panique qui pousserait chaque producteur à vendre son vin à n’importe quel prix.»
Selon André Linherr, un courtier actif dans les autres régions viticoles du canton, le problème est moins important au cœur de Lavaux que dans le Nord vaudois. Logiquement, les appellations les moins réputées ont plus de difficulté à se vendre. Et pour la minorité de ses clients qui ont le souci de vider leur cave, André Linherr n’a pas adopté la voie suivie par Jean Lauber. Il a réussi à les convaincre de déclasser leurs invendus. «A mon avis, c’est la meilleure manière d’assainir le marché.» Mais il ne cache pas que certains se retrouvent dans des situations financières délicates.
Créé: 25.09.2012, 07h13
Le spectre de 1982
Les anciens ont encore tous en mémoire la récolte pléthorique de 1982 qui avait nécessité de recourir aux wagons CFF, aux caves désaffectées et même aux piscines pour stocker le moût. Les quantités de raisins étaient presque le double de l’année précédente.
C’est Armand Dufour, alors directeur technique et des achats à la Société vinicole de Perroy, qui avait pris la décision d’utiliser quelques piscines de la région. «Cela dans des conditions d’hygiène et technologiques irréprochables. Aujourd’hui, avec les mesures de limitation de la production, une telle situation n’aurait heureusement plus lieu de se reproduire».
Publier un nouveau commentaire
Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction
Caractères restants:
J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.


Veuilliez attendre s'il vous plaît 

