«Le célibat, c’est peut-être ça, le secret de ma longévité»

PopulationMartha Stauffer se réjouit de fêter ses 100 ans. Le nombre de centenaires ne cesse de croître en Suisse. Vaud n’échappe pas au phénomène.

Martha Stauffer, qui fetera bientot ses 100 ans, ici dans sa cuisine. Ce mercredi 14 octobre 2015, à Moudon.

Martha Stauffer, qui fetera bientot ses 100 ans, ici dans sa cuisine. Ce mercredi 14 octobre 2015, à Moudon. Image: Christian Brun

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Au téléphone, elle a dit oui tout de suite, d’une petite voix enjouée. «Venez quand vous voulez, je suis toujours là. C’est la ferme qui se trouve juste au-dessus du garage Faucherre, vous ne pouvez pas vous tromper.» Nous ne pouvions pas nous tromper, en effet, parce que la ferme de La Baume domine l’entrée sud de Moudon et qu’on la voit de partout.

Une bâtisse blanche du XVIIIe, accrochée à des terres pentues, en contrebas d’une forêt. C’est là que le 7 décembre prochain, au nom de l’Etat de Vaud, Olivier Piccard, préfet de la Broye-Vully, remettra à Martha Stauffer, dans son petit appartement du rez-de-chaussée, un bouquet de fleurs, douze bouteilles de vin du Canton et un cadeau d’une valeur de 500 francs accompagné d’un message de la conseillère d’Etat Béatrice Métraux. Ce jour-là, Martha Stauffer fêtera son 100e anniversaire.

«Je me réjouis beaucoup, lance-t-elle, l’œil malicieux. Mais j’ai entendu dire que la plus vieille des centenaires suisses a 114 ans et j’espère ne pas en arriver là.» Pourtant, à la voir trotter dans sa cuisine rudimentaire et nous proposer un «petit verre de porto» à 10 h du matin, on se dit que Martha Stauffer, qui vit seule dans sa grande ferme de La Baume depuis la mort de sa sœur, en 1989, est bien partie pour battre des records de longévité.

«Bonniche» à Berne

Une santé de fer – elle ne se souvient pas d’avoir été vraiment malade – qu’elle attribue, dans un grand éclat de rire, à son célibat: «J’ai eu quelques aventures, évidemment, et je dois dire que le premier, quand j’avais 22 ans, je l’aurais volontiers marié. Mais il m’a laissé tomber, je ne sais plus bien pourquoi. Puis le temps passe, il y a la maison à entretenir, le travail, et on pense à autre chose. C’est peut-être ça, le secret!»

Après le collège, un emploi de «bonniche» (elle insiste sur le terme) dans le canton de Berne, puis l’école ménagère une fois de retour à Moudon, Martha, née à La Baume de parents agriculteurs, originaires d’Eggiwil (BE), s’en est retournée à ses terres familiales. Membre des Paysannes vaudoises, elle a fait le marché pendant plus de vingt ans, vendant les fruits et les légumes produits par les quinze hectares du domaine, aujourd’hui en location. Une vie de célibataire dure au mal, partagée entre ses parents, son frère et ses deux sœurs, tous disparus.

Ni seule ni malheureuse

«Mais je n’ai jamais été seule ou malheureuse, dit-elle. Ils m’ont donné dix petits-neveux et bientôt dix arrière-petits-neveux qui vivent un peu partout dans le monde, en France, en Colombie, en Afrique du Sud et à Washington, et qui me téléphonent régulièrement. D’ailleurs, ils seront tous là en décembre pour me faire la fête.»

La vie de Martha Stauffer, qu’elle égrène avec une mémoire infaillible, ressemble à une poupée russe. Il y a la soixantaine d’années passées à chanter avec la Lyre de Moudon, que dirigeait Jean-Jacques Rapin avant qu’il ne prenne la direction du Conservatoire de Lausanne: «Nous arrivions aux répétitions morts de fatigue, et nous en repartions guillerets et détendus, grâce aux bienfaits du répertoire classique.»

«Buvez du thé d’absinthe!»

Il y a le chœur paroissial, qui lui a pris le reste de ses soirées. Il y a la lecture quotidienne de 24 heures (désormais impossible sans le rétroprojecteur à effet de loupe), auquel sa famille est abonnée depuis 1934: «Le mercredi, je reçois également L’illustré. Ce jour-là, je suis donc bien occupée et je n’aime pas recevoir de visites.»

Et il y a enfin, dans un catalogue forcément incomplet, la consommation régulière du thé d’absinthe, remède contre tous les maux: «Essayez avant de rire, vous m’en direz des nouvelles!»

Puis, quand Martha s’est retrouvée seule à La Baume après la mort de sa sœur aînée il y a vingt-six ans, ce sont les voyages qui ont occupé sa vie. «Mes copines et moi sommes allées partout: de Johannesburg au cap Nord, en passant par les Etats-Unis, l’Afrique du Nord, l’Espagne, Paris, les pays de l’Est. Aujourd’hui, hélas, je ne peux plus bouger.» Franchement, en lui disant au revoir, on se prend à en douter.

Créé: 19.10.2015, 11h36

Les centenaires, une espèce en voie de multiplication

L’an dernier, les préfectures vaudoises ont fêté 77 centenaires. Cette année, si la santé ne leur joue pas des tours, ils devraient être 83 à être honorés par les autorités cantonales. En fait, il faudrait plutôt écrire «elles» que «ils», tant les femmes sont plus nombreuses que les hommes: ils sont seulement 300 parmi les 1600 centenaires suisses, et les 7 jubilaires auxquelles les préfètes et préfets vaudois doivent encore rendre visite avant la fin de l’année sont toutes des femmes. La population suisse, toujours plus nombreuse, est donc aussi de plus en plus âgée. En Europe, c’est elle qui compte la plus forte proportion de centenaires et seul le Japon, dans le monde, nous coiffe au poteau.

Le phénomène, né dans les années 1950, ne cesse de prendre de l’ampleur. Entre 2000 et 2014, le nombre de centenaires suisses est ainsi passé de 787 à près de 1600 et, entre 2013 et l’an dernier, il a augmenté de plus de 4%. Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), il est vraisemblable que 23% des filles et 15% des garçons nés en 2014 parviendront à devenir centenaires.Si le vieillissement de la population est inexorable, personne ne peut dire où et comment vivront les futurs centenaires.

Des questions d’autant plus lancinantes que dans le canton de Vaud, par exemple, 95% d’entre eux sont d’ores et déjà accueillis dans des EMS où, à l’heure actuelle, 75% des résidents ont besoin de recourir aux prestations complémentaires pour y séjourner. Faudra-t-il en multiplier la construction? A contrario, Vaud va-t-il pouvoir continuer à privilégier le maintien à domicile, le plus longtemps possible, du 3e puis du 4e âge, contrairement à la pratique d’une majorité de cantons suisses alémaniques? Et va-t-il pouvoir le faire alors que l’on sait que le vieillissement de la population s’accompagne d’une hausse de la fréquence de maladies chroniques – cardio-vasculaires, cancers, démence, dépression – dont le coût est un fardeau toujours plus lourd pour la santé publique?

«Le défi est gigantesque, d’autant plus qu’une majorité de nos aînés tiennent dur comme fer à rester chez eux le plus longtemps possible, souligne Tristan Gratier, directeur de Pro Senectute Vaud. Quand on leur pose la question, ils rejettent vigoureusement, et contrairement aux clichés, toute idée de colocation, de cohabitation avec une jeune personne qui assurerait surveillance et approvisionnement, ainsi qu’un éventuel changement de commune. Ajouter de la qualité aux années, le but ultime de Pro Senectute, deviendra donc de plus en plus difficile.»

Pourtant, au rythme actuel, sachant que l’espérance de vie, dans le monde occidental, augmente de trois mois chaque année, notre pays pourrait compter un peu plus de 45'000 centenaires à l’horizon 2050. Dans l’intervalle, Vaud aura connu, à lui seul, une augmentation spectaculaire (plus de 100%, sans doute) des personnes qui atteignent 85 ans. Le temps presse: c’est l’une des raisons pour lesquelles Pro Senectute, parmi d’autres initiatives, organisera des Assises vaudoises des logements protégés en 2016.

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