Comment cent musées vaudois restent vivants

CultureUne vingtaine de nouveaux musées ont ouvert en quinze ans dans le canton, peu ont fermé. Une vitalité qui repose sur la passion de certains, mais aussi sur la diversité vaudoise.

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Quel est le lien entre la machine à écrire, Sherlock Holmes, l’art brut et le basket? Chacun de ces quatre énoncés possède son musée dans le canton. Et ce n’est que la pointe d’un iceberg d’une profondeur insoupçonnée. En 2016, l’Association des musées suisses Museums.ch dénombrait cent musées vaudois, contre huitante il y a quinze ans. De quoi s’interroger sur leur modèle, leur financement et leurs chances de survie.

«Cent, c’est énorme, mais assez proportionnel à la population et à la dimension du canton», analyse Nicole Minder, cheffe du Service des affaires culturelles (SERAC) du canton de Vaud. Les chiffres suisses récemment publiés par l’Office fédéral de la statistique lui donnent raison: le pays compte 1111 musées pour ses 8,2 millions d’habitants (contre 778'000 pour le canton). La diversité des propositions fait, elle aussi, écho à celle de notre grand territoire, selon la cheffe de service.

Le hic, c’est que, si plusieurs musées ouvrent chaque année (pour un peu moins qui ferment aussi), le nombre de visiteurs n’augmente pas. Et, si les musées sont les institutions culturelles les plus visitées de Suisse (72%, y compris les zoos) devant les spectacles musicaux (71%) et les monuments et sites (70%), et loin devant le cinéma (66%) et le théâtre (47%) (chiffres OFS 2015), leur fréquentation est forcément «diluée» par ces ouvertures, sans que leurs charges soient réduites.

Petits mais costauds

Les neuf musées cantonaux, qui comptent leurs visiteurs en dizaines de milliers, ressentent cette dilution, comme certains musées communaux. Les nouvelles «grosses» propositions, comme Nest ou Chaplin’s World, ne semblent pas en souffrir, tant leurs chiffres de fréquentation sont bons. De quoi rassurer peut-être le futur Aquatis ou le Musée du Léman et son extension programmée.

Du côté des «petits» musées contactés, où les visiteurs se chiffrent en centaines, on ne sent pas de réel changement. «Chez nous, c’est très variable, entre 200 et 300 par année», explique Pierre Deriaz, président depuis vingt ans du Musée du Vieux-Baulmes. A coup de 5 francs l’entrée, on comprend que le budget soit serré et que les cotisations de la centaine de membres soient vitales. A la question du bénévolat du comité, qui joue les guides par tournus, Pierre Deriaz éclate de rire: «Ça, de toute façon!» Avant de se raviser: «Notre conservateur reçoit un petit salaire, que le loyer de 700 francs d’un appartement vétuste situé dans la maison du musée nous permet de lui verser.»

Au Musée Sherlock Holmes, à Lucens, le comité est aussi bénévole, comme presque 40% des collaborateurs muséaux de Suisse (19'500 au total en 2014). «Nous salarions les guides et le gardien, grâce aux entrées (ndlr: 962 en 2016) et aux événements ponctuels que nous organisons», explique le conservateur et vice-président Vincent Delay. Malgré un regain d’intérêt pour le personnage de Conan Doyle, lié aux récents jeux, films et séries, qui a boosté la fréquentation depuis six ans, l’exercice 2016 s’est soldé par un déficit de 1600 francs. «C’est en fait une diminution du capital…» précise Vincent Delay. Qui insiste: pour s’en sortir, et ne pas grignoter ses économies, le musée doit créer des événements, des expositions temporaires et attirer des sponsors.

Créés en 1943 pour le Vieux-Baulmes et en 1966 pour le Sherlock, les deux musées ont vécu des hauts et des bas mais n’ont jamais mis la clé sous la porte. Le soutien de la Commune dans les deux cas (ponctuel pour le premier, des locaux gratuits pour l’autre) mais aussi la vitalité de ceux qui œuvrent pour faire exister les lieux expliquent cela. A Baulmes, Pierre Deriaz se réjouit de pouvoir bientôt passer le témoin à la relève, constituée de jeunes habitants du village. Et, à Lucens, Vincent Delay, également président de la Société holmésienne de Suisse romande, insiste sur le dynamisme insufflé par ces organisations. Comme un clin d’œil à son personnage d’étude, il rappelle que le Musée de la pipe, à Lausanne, n’a pas eu cette chance: «Il a fermé quand son propriétaire est décédé…»

Egalement à Lausanne, le Musée de la chaussure repose aussi sur ses fondateurs, Marquita et Serge Volken. Installé au Rôtillon, quartier des cordonniers, depuis quatorze ans, il ouvre tous les premiers week-ends du mois l’après-midi «et 24 heures sur 24 si on regarde depuis dehors», sourit Marquita Volken. Les conservateurs ont renoncé à demander un prix d’entrée. «Avec la taxe sur le divertissement, on aurait dû engager une fiduciaire pour la gestion. Avec 1000 visiteurs l’an, on n’a pas les moyens.»

La toute petite institution (12 m2 + 1,5 m2 de vitrine pour les expos temporaires), qui présente des copies rigoureuses de chaussures en cuir de la préhistoire jusqu’au XIXe siècle, n’a jamais obtenu de soutien de la Ville, même si elle l’a sollicitée à deux reprises. «Le but de l’archéologie n’est pas de faire de l’argent, philosophe Marquita Volken. Heureusement que notre loyer est bas et que nous recevons parfois quelques dons surprenants de visiteurs.» A Vevey, Sandra Romy compte aussi sur les dons des visiteurs, qui sont invités à payer une «sortie» à prix libre. C’est grâce à cela que la conservatrice du Musée de l’absurde (également 12 m2!), un des derniers-nés parmi les petits musées, peut défrayer les artistes qu’elle expose.

Soutien des autorités?

Pour lancer son musée, d’abord à Bienne, Sandra Romy a organisé une campagne de crowdfunding, dont les 9600 francs lui ont permis de payer un an de loyer. Mais ses deux demandes à la Ville n’ont abouti qu’à un financement modique de 300 fr. pour un vernissage… Elle attend de son récent déménagement à Vevey une belle amélioration. «Mieux situé, mieux médiatisé, le musée devrait attirer plus que les 450 visiteurs de Bienne», espère la conservatrice. La Ville d’Images a d’ailleurs accompagné le lancement de la structure avec une subvention de 5000 francs. Le Canton a, lui aussi, mis la main au porte-monnaie et versé une aide de lancement de 4000 francs.

Ces soutiens ne sont pas gravés dans le marbre. En ce qui concerne le Canton, ils peuvent être octroyés au cas par cas. «Nos différentes commissions peuvent attribuer un soutien ponctuel à des activités de médiation culturelle ou à des projets comme un catalogue d’artiste, explique Nicole Minder. Mais la loi sur le patrimoine mobilier et immatériel (LPMI) axe clairement l’action sur les neuf institutions cantonales.» Est-ce un mal? «On ne peut pas tout muséaliser, estime la cheffe du SERAC. D’autant que le XXIe siècle offre de nouveaux patrimoines. Il faudra faire des choix dans ce que l’on veut conserver.»

Tous les musées vaudois sur www.museums.ch

Créé: 02.06.2017, 07h05

S’unir ou se professionnaliser

Ce sont sans doute les structures moyennes qui souffrent le plus de la pléthore d’offres muséales. Elles doivent chercher des solutions pour ne pas voir leurs collections s’empoussiérer. Dans la région de Sainte-Croix, trois entités travaillent à unir leurs forces – et à rationaliser leurs charges –, sous l’impulsion de la Municipalité. Le CIMA (Mécanique d’art, 12'000 visiteurs) et le Musée des arts et sciences (1000), soutenus par la Commune, ainsi que le Musée Baud à L’Auberson (12'000), fondation familiale privée sans repreneur, dont la collection devra être rachetée. Un musée pluridisciplinaire et moderne devrait naître de cette union vers 2021 dans un nouveau bâtiment, avec une direction unique.
Le Musée du Pays-d’Enhaut, à Château-d’Œx, est aussi en pleine réflexion. Les années où 15 000 visiteurs se pressaient à l’entrée sont passées. Depuis 2008, des expositions temporaires thématiques permettent d’améliorer la fréquentation, mais l’équilibre est fragile. Un projet scientifique et culturel a été présenté en 2015 pour les cinq à dix prochaines années, qui veut adjoindre un Centre de compétence suisse du papier découpé à l’espace muséal. Le Canton accompagne ces deux projets.

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