Les cérémonies laïques ont le vent en poupe

MariageRebutés par l’austérité du mariage civil, de plus en plus de couples suisses n’hésitent pas à casser leur tirelire pour enrichir de rêve et d’émotion le plus beau jour de leur vie.

ExtravaganceCindy Linder et Aldric Molina, à Vevey, sont allés de l’église à la réception à dos de chameau.

ExtravaganceCindy Linder et Aldric Molina, à Vevey, sont allés de l’église à la réception à dos de chameau. Image: TLOOK

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Le baron Jean-Marc Veyron la Croix et son ami Jacky Martinon ne s’en cachent pas: pour entretenir leur somptueux château de Chasselas et son vignoble au cœur de la Bourgogne, ils ont besoin d’en louer les salles et les pelouses pour l’organisation de mariages. Et ce qui les frappe, depuis quelque temps, c’est l’extravagance et la prodigalité dont font preuve les couples qui convolent.

«Il arrive que des mariés, qui, de toute évidence, ne roulent pas sur l’or, viennent de Paris en hélicoptère pour atterrir au milieu de leurs invités, et fassent appel à des traiteurs hors de prix, alors que nous leur en avons conseillé d’autres, moins chers, raconte Jacky Martinon. Je trouve dommage que l’on commence une vie à deux en s’endettant, même s’ils sont nombreux ceux qui m’ont confié qu’un avenir incertain les motive à faire du jour de leur mariage un moment unique, fastueux, inoubliable, tant pour eux que pour leurs proches, et cela, quel qu’en soit le prix.»

La Suisse ne déroge pas à la règle. De plus en plus de couples, après avoir expédié le mariage civil, aspirent à réunir une nouvelle fois leurs familles et leurs amis autour d’un événement empreint de rêve et d’émotion, et pourquoi pas d’un zeste de bling-bling de cas en cas. Pour ce faire, une majorité d’entre eux choisissent la cérémonie laïque, ou cérémonie d’engagement, une coutume importée des Etats-Unis qui tend à s’installer durablement dans nos contrées, notamment du fait que les mariés ne partagent souvent pas la même religion.

La vogue des célébrants

Après un parcours dans l’hôtellerie, Lucie Pilliard a créé l’agence Bliss en 2010, sur la Riviera vaudoise. Elle organise entre 15 et 20 mariages par année, tant en Suisse qu’à l’étranger. «Aujourd’hui, 60% d’entre eux sont des cérémonies laïques, au cours desquelles j’assume mon rôle d’organisatrice, mais également celui de célébrante.»

Oui, vous avez bien lu: après avoir rencontré plusieurs fois le couple, après avoir lancé un save the date six à huit mois à l’avance, choisi avec soin et en commun le lieu, la décoration, le traiteur, la robe, les cartons d’invitation, leur calligraphie et leur texte ainsi que l’ambiance et la musique souhaitées par les mariés, Lucie Pilliard joue en quelque sorte, le jour J, le rôle du prêtre ou du pasteur dans un mariage religieux. «Au début de la cérémonie, je prends la parole, mais jamais plus de quarante minutes, pour remercier les invités, rassurer les grands-parents, parler des mariés, de leur rencontre, de leurs valeurs, de la vie qui les attend et de leurs projets communs, dit-elle.

La fonction de célébrante suppose beaucoup de feeling, pas mal de conversations préalables et une bonne dose d’humour.» Celle d’organisatrice de mariages et, en particulier,?des cérémonies laïques si prisées, exige, elle, que l’on aime son prochain encore plus que soi-même. «Depuis le premier contact jusqu’au jour fatidique, je me dois d’être une créatrice d’émotions, mais aussi une assistante sociale et une psychologue, sourit celle que les Anglo-Saxons appellent wedding planner. Le couple veut de l’unique, du sur-mesure jusque dans les moindres détails, et éviter de connaître la moindre angoisse le jour de la célébration. Et, quand le mari me dit qu’il veut atterrir au milieu des invités en parachute avec sa fille et son témoin, comme cela vient d’arriver, je ne discute pas une seconde: l’extravagance, désormais, est devenue monnaie courante.»

Prix à la hausse

La course à l’événement spectaculaire, du coup, a fait grimper le prix des mariages clés en main. Une cérémonie laïque moyenne, en Suisse, réunit 80 personnes et revient, au bas mot, à 50 000 francs. Toutefois, contrairement à la France, il semble que les couples ont, ici, les moyens de leurs ambitions. «Je n’ai pas donné suite une seule fois en cinq ans, se souvient Lucie Pilliard. Le couple voulait se marier au Montreux Palace, un lieu qui ne lui correspondait pas, et il n’en avait visiblement pas les moyens.»

Gianna Grieco, à la tête de l’agence The W.?Day à Prilly, a dix ans de métier. A la différence de sa consœur, elle n’a jamais souhaité endosser le rôle de célébrante. «Le moment le plus critique d’un mariage est bel et bien la cérémonie, et je ne me vois pas assurer à la fois son bon déroulement et le discours aux participants, précise-t-elle. En général, je recommande donc aux mariés d’avoir recours à l’un de leurs amis proches.» Néanmoins, elle confirme la montée en puissance de la cérémonie laïque: «J’organise environ 18 événements par an, dont une bonne dizaine de mariages, et la majorité d’entre eux sont des cérémonies d’engagement. Il est indubitable qu’il y a aujourd’hui une concurrence, même entre amis, confie-t-elle. On veut faire mieux que la cérémonie à laquelle on vient d’assister, on vise donc l’originalité et on veut que ça claque.»

Pour cela, les couples n’hésitent pas à faire preuve d’imagination, voire d’une sincérité déconcertante. «Dernièrement, le marié m’a dit qu’il voulait atterrir en parachute, alors que sa future épouse le rejoindrait en Harley-Davidson, escortée par une nuée de bikers. Comme j’ai sans doute eu l’air un peu surprise, il m’a lancé: «Oui, j’ai du fric, je me la pète et je veux que ça se voie!» Comment s’étonner, après cela, que Cindy Linder et Aldric Molina, qui vivent aux Etats-Unis mais se sont mariés le 5 septembre dernier à Vevey, aient souhaité se rendre de l’église au Grand Hôtel du Lac à dos de chameau, l’animal préféré de Cindy?

Créé: 07.11.2015, 09h51

«Ce jour-là, nous n’avons rien eu à faire»

Ils se sont unis civilement en 2013, ont accueilli leur petite fille puis, au terme de deux années de préparation, ils viennent de se marier à Talloires, au bord du lac d’Annecy.

Stéphane et Virginie Frey-Galster, 36 et 32 ans, vivent dans le Val-de-Travers, travaillent à Neuchâtel et ont confié l’organisation de la cérémonie laïque à laquelle ils tenaient tant à la wedding planner vaudoise Lucie Pilliard.

Deux mois plus tard, ils ont encore des étoiles dans les yeux. «Je suis catholique, croyante, et mon mari est protestant, raconte Virginie. Il n’avait pas très envie d’un mariage religieux. Nous nous sommes donc entendus pour donner au plus beau jour de notre vie une autre symbolique, moins formelle qu’avec un prêtre ou un pasteur, mais dans laquelle l’engagement et le partage sont tout aussi importants.»

Le 19 septembre dernier, 80 personnes se sont donc retrouvées autour de Stéphane et Virginie dans les jardins d’une ancienne abbaye transformée en hôtel de charme, décorés avec goût et minutie. Lucie Pilliard a accueilli les invités, s’est adressée à eux pendant une trentaine de minutes, a passé la parole aux témoins avant que la petite fille du couple apporte les alliances. «Nous avions demandé à Lucie que la cérémonie soit féerique et romantique, et cela s’est déroulé encore mieux que nous l’avions imaginé. Parce que nous étions entre ses mains, et donc disponibles pour tous et parfaitement décontractés, disent-ils en chœur. En fait, ce fut un jour d’obéissance totale, pendant lequel nous n’avons rien eu à faire.»

Le bonheur, en l’espèce, a un prix. Stéphane et Virginie avaient un budget de 20'000 francs, que leurs exigences ont fait grimper à 39'000 francs, mais sans qu’ils le regrettent un seul instant. «Bon nombre de nos invités et de nos proches n’avaient jamais participé à une cérémonie laïque, dit Stéphane. Ils ont été conquis.»

Au bord du lac d’Annecy, Stéphane enlace Virginie.
(Image: JENIA SANGUINETTI )

Le crédit et l’assurance

Bon an, mal an, près de 7000 Vaudois se passent la bague au doigt. Le chiffre est stable depuis une dizaine d’années, tout comme la moyenne d’âge des mariés qui se lancent pour la première fois dans l’aventure: environ 32 ans pour lui, la trentaine pour elle. Si une statistique des montants investis dans «le plus beau jour de notre vie» fait défaut, il existe en revanche un crédit mariage. A l’heure où de plus en plus de couples financent eux-mêmes leur mariage, ceux dont le budget fait grise mine peuvent emprunter de 5000 à 250'000 francs (sic!) pendant soixante mois au maximum, à des taux allant de 8,5 à 14,5%. Il est également possible, en Suisse, d’assurer le mariage contre des événements indépendants de la volonté des mariés et qui viendraient à les contraindre de reporter ou d’annuler la cérémonie.

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