Cesla Amarelle fait stopper un cours d'histoire trop polémique

EnseignementUne formation sur l’histoire de la Palestine à la HEP Vaud a fait des vagues. La conseillère d'Etat est intervenue pour la faire suspendre

Cesla Amarelle a jugé que «l’équilibre des points de vue» n’était pas garanti.

Cesla Amarelle a jugé que «l’équilibre des points de vue» n’était pas garanti. Image: Keystone

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Intervention rarissime. Et même inédite, de mémoire d’enseignant. La conseillère d’État chargée de la Formation, Cesla Amarelle (PS), est intervenue cet été pour faire stopper un séminaire à la Haute École pédagogique vaudoise (HEP Vaud).

Ce cours de formation continue de deux jours, prévu les 29 et 30 octobre et destiné à des enseignants du secondaire, a été effacé du programme. Il n’est pas annulé mais «suspendu», nuance Guillaume Vanhulst, recteur de la HEP Vaud.

Pourquoi cette intrusion politique dans le programme d’une école? Le cours était intitulé «1948: connaître et enseigner la Nakba («Catastrophe») palestinienne». Nakba? «Dans la mémoire et l’historiographie palestiniennes, le mot résume l’exode de 726'800 Palestiniens, la destruction de près de 800 villages, la confiscation de leurs biens, le blocage de leur retour, la création de l’État d’Israël (…)», précisait le descriptif du cours.

«Organiser un cours sur ce thème à l’occasion des 70 ans de la création de l’État d’Israël est assez étonnant.»

Son annonce a suscité des protestations auprès de la HEP Vaud et du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC). Parmi elles, celle de Jacques Ehrenfreund, titulaire de la chaire de l’histoire des Juifs et du judaïsme à l’Université de Lausanne. «La Nakba, qui signifie à peu près la même chose que le mot Shoah, en arabe, est utilisé dans une large mesure pour contrer et reproduire la Shoah à des fins partisanes, dit-il. Organiser un cours sur ce thème à l’occasion des 70 ans de la création de l’État d’Israël est assez étonnant. Cela ne me pose aucun problème que tous les aspects des événements de 1948 soient abordés, mais alors il faut le faire de manière équilibrée, avec des historiens spécialistes et pas des militants.»

Au-delà du thème, c’est en effet le panel des intervenants qui a provoqué des réactions. Outre Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco, figuraient Ilan Pappé, professeur d’histoire à Exeter et Shlomo Sand, professeur d’histoire à Tel-Aviv.

Classés parmi les «nouveaux historiens» israéliens, les deux personnalités sont très critiques envers Israël. Le second a écrit deux ouvrages qui ont fait scandale: «Comment le peuple juif fut inventé» et «Comment j’ai cessé d’être juif». Le problème, «c’est que le concept même de Nakba vise la légitimité de l’État d’Israël et on n’invite que des militants à ce cours», explique un autre mécontent.

«Ces éléments animent souvent les discussions et les enseignants n’ont que des connaissances fragmentaires»

Dans un sujet à fort potentiel de controverse, la conseillère d’État Cesla Amarelle ne souhaite pas s’exprimer. Son Département répond à nos questions par e-mail et indique qu’elle s’est «inquiétée pour l’équilibre des points de vue, qui ne lui semblait pas garanti dans l’offre proposée et a interpellé la HEP dans ce sens.» Suite à quoi le comité de direction, par la voix de son recteur, a demandé de suspendre le cours. «Il reprendra ultérieurement la question de son organisation et de son contenu.»

Au nom de la neutralité

Le DFJC précise qu’en règle générale «il n’intervient pas dans le programme d’une école mais il tient et veille, en tout temps, et pour toutes les écoles, au respect de la neutralité politique et de l’objectivité scientifique (…)». Guillaume Vanhulst prend acte de l’intervention de la ministre: «Nous avons essayé dans un premier temps de rééquilibrer le cours en demandant à Shlomo Sand d’éviter d’en faire une tribune polémique, d’ajouter un «grand témoin» dans ce séminaire et d’inviter un historien diplomate. Hélas le temps manquait, nous avons donc dû suspendre.»

L’annulation du cours a surpris beaucoup d’enseignants et a provoqué également des réactions. «La HEP a-t-elle cédé à des pressions politiques? À des lobbys pro-israéliens par exemple?» s’étonnait récemment, dans un article de «Gauchebdo», un membre du Collectif urgence Palestine. Guillaume Vanhulst est conscient que le conflit israélo-palestinien «fait partie de l’histoire vive. Ces éléments animent souvent les discussions et les enseignants n’ont que des connaissances fragmentaires. Il est de notre devoir de les aborder.» Le cours devrait être remis sur pied dans une nouvelle mouture. (24 heures)

Créé: 11.10.2018, 20h54

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