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«Rien n’a changé depuis l’affaire du père abuseur»

Un collectif lance une initiative pour réformer le Service de protection de la jeunesse (SPJ). Il l’accuse de dérives et d’abus de pouvoir.

Le Collectif pour une meilleure protection des jeunes Vaudois (au premier plan, Nicola Di Giulio et Sandra Pernet) a annoncé vendredi le lancement d’une initiative cantonale.
Le Collectif pour une meilleure protection des jeunes Vaudois (au premier plan, Nicola Di Giulio et Sandra Pernet) a annoncé vendredi le lancement d’une initiative cantonale.
VANESSA CARDOSO

«Dysfonctionnements», «dérives», «abus de pouvoir», «familles sacrifiées», «enfants déscolarisés», «business de la protection des enfants»: portées vendredi à l’encontre du Service de protection de la jeunesse (SPJ), les accusations du Collectif pour une meilleure protection des jeunes Vaudois (CMPJV) sont graves.

C’est pourquoi il lancera lundi la récolte de signatures pour son initiative populaire cantonale concernant le SPJ. Son but: réviser la loi vaudoise sur la protection des mineurs et «donner un coup de sac au SPJ». Le texte demande notamment «une prise en charge plus axée sur le traitement de fond que sur la punition et la répression».

Ce lancement tombe quasi un an jour pour jour après la publication du rapport Rouiller sur le SPJ. Après l’onde de choc de l’affaire d’un père qui avait abusé la majorité de ses huit enfants, l’ancien juge fédéral Claude Rouiller avait rendu un avis sévère sur le service. Au point que le chef du SPJ avait quitté son poste. Le Conseil d’État avait aussi transformé la gouvernance du service et créé une commission d’éthique.

Enquête et témoignages

«Ce rapport faisait froid dans le dos. Nous sommes conscients que des parents dysfonctionnent et que des enfants doivent être protégés. Mais durant des mois, nous avons recueilli des témoignages et des documents qui prouvent que rien n’a changé», dénonce Sandra Pernet, membre du collectif et conseillère communale démocrate-chrétienne à Lausanne.

Le collectif regroupe plusieurs organisations: l’Association interprofessionnelle pour la défense de l’enfance vaudoise (AIDE-Vaudoise), le Mouvement de la condition paternelle Vaud et l’Association d’appui à la communauté portugaise (AACP). Ils sont soutenus par la fondation Missing Children Switzerland, créée et présidée par Irina Lucidi, la mère des jumelles Alessia et Livia, disparues en 2011.

Les initiants parlent aussi d’enfants «séparés abusivement», de placements décidés «sans contrôle», de «maltraitances» et même d’enfants «obtenant de la drogue de la part d’adultes contre des rapports sexuels».

Mieux former les juges

L’initiative demande aussi la création d’un tribunal de la famille, sur le modèle allemand et canadien. «Le but de ce tribunal est d’aller au fond du problème lors d’un conflit dans un couple, pour le bien-être des enfants, explique Julien Dura, membre du Mouvement de la condition paternelle. Cela accélère les procédures, avec des juges spécialement formés au droit de la famille.»

L’un des problèmes serait le manque de formation des acteurs impliqués dans les décisions de placement. «La majorité n’a pas les outils et l’objectivité pour ces dossiers», ajoute Julien Dura.

Outre Sandra Pernet, le comité compte deux autres politiciens: le conseiller communal lausannois libéral-conservateur Nicola Di Giulio (placé lorsqu’il était enfant) et l’ex-députée PLR Véronique Hurni, ancienne juge au Tribunal des mineurs. «J’ai dénoncé plusieurs fois les pratiques du SPJ au Grand Conseil, commente Véronique Hurni. Mais j’ai vu qu’il est intouchable au sein de l’État.»

Rencontre avec le SPJ

Frédéric Vuissoz, le chef du SPJ, rejette les accusations du collectif. «Il est faux de dire que rien n’a été fait depuis le rapport Rouiller», explique-t-il. Selon lui, toutes les situations compliquées ont été «identifiées et réexaminées».

«Ces critiques radicales renvoient à quelques situations très difficiles, générant beaucoup de souffrances chez les parents. Il ne reste qu’une douzaine de situations conflictuelles portées à ma connaissance, ajoute-t-il. Un effort de dialogue a été entrepris avec les familles déposant des doléances et avec le comité d’initiative. Je les ai reçus et entendus à plusieurs reprises. Les réformes en cours sont profondes et prendront du temps. Elles concrétiseront certains objectifs de l’initiative.»

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