Surtout ne rien changer, ou presque

Conseil d’EtatLa nouvelle venue, Cesla Amarelle, hérite de l’Ecole, comme prévu. Les six ministres sortants gardent les mêmes portefeuilles pour les cinq ans à venir.

Le Conseil d'Etat vaudois 2017 - 2022. Nuria Gorrite, Beatrice Metraux, Jacqueline de Quattro, Pascal Broulis, Pierre-Yves Maillard, Philppe Leuba, Cesla Amarelle

Le Conseil d'Etat vaudois 2017 - 2022. Nuria Gorrite, Beatrice Metraux, Jacqueline de Quattro, Pascal Broulis, Pierre-Yves Maillard, Philppe Leuba, Cesla Amarelle Image: Jean-Bernard Sieber

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Dans un club vainqueur du championnat, on ne change pas la composition de l’équipe sur le terrain. C’est l’état d’esprit qui a manifestement influencé la répartition des départements du Conseil d’Etat, dévoilée jeudi matin. La nouvelle élue Cesla Amarelle (PS) reprendra le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC), qu’elle briguait au deuxième tour des élections contre son adversaire UDC Jacques Nicolet. Pour le reste, les six autres conseillers d’Etat conservent leur maroquin.

Edito: «Petits coups de couteau dans un climat serein»

Ce jeu de chaises musicales où «tout le monde est resté assis» a tout même abouti à un changement: la présidence du Conseil d’Etat échoit à Nuria Gorrite (PS). Pierre-Yves Maillard (PS) s’était engagé à ne pas le briguer pour un nouveau mandat. «Ce poste ne doit pas être l’apanage d’un seul, dit-il, un changement après cinq ans, c’est bien.» Cette transmission permettra de dépasser un peu le binôme Broulis-Maillard qui a tant pesé sur les précédentes législatures. Le Contrôle cantonal des finances et la chancellerie, traditionnellement hébergés par le Département de la présidence, iront donc à Nuria Gorrite.

A lire: Nuria Gorrite est la nouvelle présidente du Conseil d'Etat vaudois

«Valait-il mieux tout changer ou simplifier le fonctionnement? Nous avons opté pour une continuité avec davantage de cohérence»

Malgré les apparences, cette répartition ne s’est pas faite en trois minutes au coin d’une table. «Nous avons organisé six séances pour en discuter, avec un véritable brainstorming», assure Pascal Broulis (PLR), le doyen d’âge à qui il revenait de présider ces réunions. «Valait-il mieux tout changer ou simplifier le fonctionnement? Nous avons opté pour une continuité avec davantage de cohérence.» Durant les séances, les six ministres s’exprimaient par ordre d’ancienneté, «dans un climat serein», insiste le doyen. Et tout s’est fait sans vote.

A lire: Cesla Amarelle à la tête de l'Ecole vaudoise

Mais où Pascal Broulis voit-il «davantage de cohérence»? La nouvelle donne, calquée dans les grandes lignes sur la précédente, contient quelques changements de taille. Si Pierre-Yves Maillard se sépare de la présidence, il reprend en revanche l’Office cantonal des bourses dans son département, déjà énorme. De plus, il pilotera un programme de transition entre l’école et l’apprentissage. Ainsi qu’un autre, qui permettra à des assistants sociaux de travailler de concert avec des conseillers des ORP (offices régionaux de placement), même si ceux-ci restent dans le giron du PLR Philippe Leuba. Cette action est le prolongement cantonal de l’expérience pilote «Union commune», menée avec succès à Lausanne depuis 2014.

«Ministre de la dépense»

Pierre-Yves Maillard ne risque-t-il pas, en étendant ses prérogatives de la sorte, de devenir le «ministre de la dépense»? Il balaie le reproche: «De toute façon, c’est une critique que l’on me fait déjà! L’idée, c’est de réunir tous les régimes d’aides aux personnes au sein d’une même Direction de la cohésion sociale, qui sera créée en 2018. Je ne sais pas si cela permettra de réduire la facture sociale, mais ce sera en tout cas plus efficace pour les personnes concernées: nous pourrons coordonner toutes les actions et éviter beaucoup d’incohérences.»

Molosses et innovation

Philippe Leuba est l’autre élu à voir grandir son département: il hérite du Service de la consommation et des affaires vétérinaires (SCAV). Jacqueline de Quattro se serait-elle débarrassée des encombrantes affaires de molosses, de cygnes ou d’animaux maltraités? «Certains dossiers ne sont pas faciles, admet l’intéressé, mais c’est très cohérent de réunir ce service avec l’agriculture au sein d’une même direction.» Le libéral-radical se voit également chargé de mener une politique de l’innovation, désormais inscrite en toutes lettres dans le nom de son département: «Nous allons amplifier nos encouragements aux start-up, c’est indispensable si l’on veut garder une économie performante.» Jacqueline de Quattro hérite quant à elle de l’Unité du développement durable, jusqu’ici dans le département de Nuria Gorrite. L’Unité du développement des opérations foncières ira à Pascal Broulis, dont le département ne change pas. Celui-ci, «sur le modèle de Plateforme10» (précise le Conseil d’Etat), se chargera également d’un projet muséal à Avenches et de la réaffectation des surfaces de Rumine avec Cesla Amarelle. Nuria Gorrite se chargera aussi de la stratégie numérique, «qui va bien au-delà de la cyberadministration, précise-t-elle. Il s’agit de définir les conditions d’émergence des nouvelles technologies ou leur enseignement.»

Malgré des critiques du PLR (lire ci-dessous), les ministres se disent satisfaits. «Pleinement», précise Philippe Leuba. «Je ne souhaitais pas changer», explique Jacqueline de Quattro. «Nos projets transversaux s’attaquent aux problèmes de demain», se réjouit Nuria Gorrite. «Après une longue réflexion, j’ai décidé de poursuivre et renforcer le travail pour la cohésion sociale mené depuis douze ans», ajoute Pierre-Yves Maillard.


Le département «devenu mammouth» de PYM inquiète la droite

La si peu surprenante répartition des départements suscite des réactions contrastées sur l’échiquier politique. Nuria Gorrite présidente? Cela fait «la fierté du PS vaudois, et la mienne à titre personnel», s’enthousiasme son chef de file, Stéphane Montangero. Députée Vert’libérale, Claire Richard y voit aussi le «fait marquant»: «C’est un symbole fort, et ils ont leur importance dans notre société!» Le PLR Marc-Olivier Buffat, lui, lève un sourcil: «J’imaginais que Mme Gorrite serait mieux placée lors des élections: elle est arrivée derrière Pierre-Yves Maillard et il aurait été donc souhaitable que celui-ci garde la présidence.» Pour plusieurs élus, c’est bel et bien «PYM» qui se voit renforcé par ce nouvel organigramme et il restera l’homme fort du collège, président ou pas. C’est d’ailleurs lui et son Département de la santé et de l’action sociale que le PLR a éreinté dans son communiqué de presse jeudi: le DSAS passe «de maous à mammouth» en récupérant l’Office des bourses et en créant une Direction de la cohésion sociale. «Son budget grossit encore, au risque de diminuer celui des autres départements.» Même la députée Verte Anne Baehler Bech s’inquiète de la «lourdeur de ce paquebot qui devient gigantesque». «Mais d’un autre côté, nuance-t-elle, les changements opérés, au DSAS comme dans les autres départements, répondent à une certaine logique et sont frappés au coin du bon sens.»

«La gauche ne prend pas ses responsabilités et laisse à M. Leuba la politique migratoire alors qu’il est possible d’en mener une moins brutale»

«En venant étendre ses prérogatives du côté de la formation professionnelle (ndlr: lire ci-dessus), la gauche vient empiéter sur les plates-bandes de la droite, commente l’UDC Philippe Jobin. C’est tactiquement et politiquement bien joué, mais il y aura des confrontations.» Le candidat agrarien au Conseil d’Etat Jacques Nicolet avait fait de ce thème un cheval de bataille. Les «timides remaniements» – formule libérale-radicale – ne satisfont pas tout le monde. Jérôme Christen (Vaud Libre) déplore ainsi, comme nombre d’archéologues et d’historiens, que le grand argentier Pascal Broulis n’ait pas lâché la défense du patrimoine, «qui souffre d’être rattachée au Département des finances». «La gauche ne prend pas ses responsabilités et laisse à M. Leuba la politique migratoire alors qu’il est possible d’en mener une moins brutale, lâche Jean-Michel Dolivo (SolidaritéS). Ce gouvernement bonapartiste, où le Parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement, va poursuivre cette politique sociale-libérale de compromission.»

L’absence de véritable rocade, qui conduit Cesla Amarelle à s’emparer de l’Ecole vaudoise, ne déçoit guère. «On voit au final que les ministres sont bien là où ils sont. Ils ont des dossiers importants à mener à bien et il vaut mieux qu’ils restent à leur place», glisse une élue de gauche. «La continuité, c’est ce qu’ont voulu les Vaudois en réélisant l’équipe en place, rappelle Stéphane Montangero. On ne change pas une équipe qui gagne, ni sa position sur le terrain. Le Conseil d’Etat a soigné les équilibres.»

Equilibre que le PLR présente autrement: «les départements de la gauche représentent 85% du budget de l’Etat et 90% du personnel.» Secrétaire général de l’UDC Vaud, Kevin Grangier invite du coup ses alliés à reconduire l’alliance de droite mise sur pied pour les élections, «qui refuse les compromis avec le PS et fasse vraiment contre-pouvoir». Les mois à venir diront s’il a été entendu.

Créé: 16.06.2017, 09h37

Nuria Gorrite (PS)

Présidente. Département des infrastructures et des ressources humaines (DIRH)

En moins
Unité du développement durable
Unité des opérations foncières

En plus
Chancellerie d’Etat
Contrôle cantonal des finances

Inchangé
Mobilité et routes, autorisations de constructions, accueil de jour des enfants, personnel de l’Etat, SI, conseil et appui en management, information sur le territoire

Béatrice Métraux (Verts)

Département des institutions et de la sécurité (DIS)

Inchangé
Police cantonale, Service juridique et législatif, Prisons, Sécurité civile et militaire, Communes, Logement

Jacqueline de Quattro (PLR)

Département du territoire et de l’environnement (DTE)

En moins
Service de la consommation et des affaires vétérinaires

En plus
Unité du développement durable

Inchangé
Aménagement du territoire, Environnement, Service des autos et de la navigation, Bureau de l’égalité entre femmes et hommes

Pascal Broulis (PLR)

Département des finances et des relations extérieures (DFIRE)

En plus
Unité des opérations foncières

Inchangé
Impôts, Registre foncier, Analyse et gestion financière, Service immeubles, patrimoine et logistique, Statistiques Vaud, Affaires extérieures

Pierre-Yves Maillard (PS)

Département de la santé et de l’action sociale (DSAS)

En moins
Chancellerie d’Etat
Contrôle cantonal des finances

En plus
Office des bourses
Direction de la cohésion sociale (nouveau, dès 2018)

Inchangé
Santé publique, Assurances sociales et hébergement, Prévoyance et aide sociales

Philippe Leuba (PLR)

Département de l’économie, de l’innovation et du sport (DEIS)

En plus
Service de la consommation et des affaires vétérinaires
Innovation (nouveau)

Inchangé
Promotion économique, Service de l’emploi, Agriculture et viticulture, Education physique et sport, Service de la population (notamment politique migratoire)

Cesla Amarelle (PS)

Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC)

En moins
Office des bourses

Inchangé
Enseignement obligatoire et post-obligatoire, Enseignement supérieur, Enseignement spécialisé, Protection de la jeunesse, Affaires culturelles

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