Le chantier de «la verrue», un danger pour le public

Bel-air/MauborgetL’endroit présente un risque sécuritaire, tant pour les ouvriers que pour le public. Les travaux doivent être stoppés, estime un tribunal.

L’interminable chantier de Bel-Air/Mauborget, à Lausanne. Le propriétaire a jusqu’au 31 décembre pour nettoyer les lieux et les remettre en état.

L’interminable chantier de Bel-Air/Mauborget, à Lausanne. Le propriétaire a jusqu’au 31 décembre pour nettoyer les lieux et les remettre en état. Image: FLORIAN CELLA

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Durant les vacances scolaires d’octobre, il était reparti de plus belle. Après avoir traîné durant dix ans, le chantier de Bel-Air/Mauborget, à Lausanne, a connu un regain d’activité sans précédent, avec la présence remarquée de bétonneuses à l’allure triomphante. On allait couler du béton et terminer le gros œuvre d’ici à février, murmurait-on subitement aux abords du chantier, sur lequel de nouvelles sociétés ont été mandatées.

Après s’être vu retirer les permis de construire par la Ville le 15 août, le propriétaire pensait-il mettre cette dernière devant le fait accompli en avançant dans les travaux le temps que le tribunal statue sur son recours? Quoi qu’il en soit, la Cour de droit administratif et public (CDAP) a mis un terme à ses activités, du moins sur le papier: par décision du 28 octobre, un juge instructeur a rejeté la requête du propriétaire tendant à la restitution de l’effet suspensif au recours. Le chantier doit donc être stoppé et laisser la place aux mesures conservatoires et de remise en état demandées par la Ville en août, estime le tribunal. Un délai est imparti au propriétaire au 31 décembre pour nettoyer et débarrasser les lieux.

«Intérêt public»

Dans sa décision, le juge relève qu’il existe «un intérêt public prépondérant» à ce que les travaux ne se poursuivent pas durant le laps de temps où la Cour examine le recours: selon une expertise effectuée par un architecte sur mandat de la Commune et datée du 25 juillet dernier, le chantier «pose des problèmes du point de vue sécuritaire, tant pour les ouvriers œuvrant sur le site que pour l’utilisation du domaine public adjacent», souligne le juge dans sa décision. Selon cette même expertise, «un risque d’accident n’est pas exclu» et «aucune mesure, même provisoire, n’a été prise contre un risque de détérioration des ouvrages voisins», retient la Cour.

Les mesures ordonnées par la Municipalité concernent notamment la sécurisation et la remise en état des façades sur rue et intérieure du bâtiment sis à l’angle de la place Bel-Air et de Mauborget, avec nettoyage général du passage à pied situé sur Mauborget. L’espace d’emprise du chantier (palissades, plateforme de livraison) doit être évacué et «rendu au public».

Soulagée que le juge ait suivi la position de la Ville, la municipale Natacha Litzistorf, directrice du Logement, de l’Environnement et de l’Architecture, explique que l’avocat de la Commune a réécrit au propriétaire: «Cette décision nous a permis de dire: «Stop, on arrête tout, vous devez remettre en état.» On a également rappelé au propriétaire que le Code pénal prévoit une amende pour insoumission à une décision d’autorité si les travaux continuent malgré tout. Et nous avons pris langue avec la commission paritaire chargée de contrôler le travail au noir.»

Alain Dubuis, avocat de la société propriétaire Swiss Investment Concept, s’étonne que son client n’ait pas été informé de ce dernier point et se dit surpris que la Municipalité communique «par voie de presse». Quant à la décision de la CDAP, Alain Dubuis ne souhaite pas la commenter: «Nos arguments seront discutés devant la Cour.»

Libérer le trottoir

Le conseiller communal socialiste Benoît Gaillard, qui suit l’affaire de très près, compte interroger la Municipalité sur le risque sécuritaire lors de la prochaine séance du Conseil communal. «Je demanderai s’il n’est pas possible que la Ville intervienne en urgence sur ce chantier, si ce risque existe toujours. L’idéal serait que ça permette également de libérer le domaine public, notamment le trottoir de Mauborget.» Officiellement, la société genevoise «coquille vide» Danotee, en liquidation (notre édition du 4 septembre), assure toujours le mandat d’entreprise générale sur le chantier, selon un récent procès-verbal. Mais dans les faits, c’est une autre société du bout du lac qui joue ce rôle, selon nos informations. Comme la plupart des entreprises qui ont œuvré à Bel-Air/Mauborget par le passé se sont désormais retournées contre le propriétaire ou l’entreprise générale en raison de factures impayées, les responsables ont fait appel récemment à un bureau d’ingénieurs neuchâtelois pour conduire le chantier, toujours selon le procès-verbal.

Recours contre les faillites

Tout comme Danotee à Genève, Swiss Investment Concept fait l’objet d’une procédure de mise en faillite sans poursuites préalables à Zoug. Un recours est pendant dans les deux cas. L’«entreprise générale» et la société propriétaire sont administrées par les mêmes personnes et leur ayant droit économique est «Monsieur X», un homme d’affaires genevois actif dans l’immobilier en Suisse romande.

Créé: 08.11.2019, 19h43

Articles en relation

La société propriétaire de la «verrue» en faillite

Bel-Air Les travaux ont repris à Lausanne malgré le retrait du permis de construire, contre lequel un recours est pendant. Le chantier avait traîné pendant des années. Plus...

Chantier de Bel-Air: le permis pourrait être retiré le 30 juin

Construction Natacha Litzistorf a annoncé mardi soir qu’en cas d’absence des documents nécessaires au 30 juin, la Ville retirera les autorisations de la «verrue» de Bel-Air Plus...

La «verrue» de Bel-Air agace

Lausanne La Municipalité, qui suit de près ce chantier interminable, fait un point de situation Plus...

Lausanne: la «verrue» de Bel-Air se retape au ralenti

Urbanisme Voilà six ans que les travaux ont débuté dans le bâtiment jadis occupé par la BCV. Le centre commercial se fait désirer. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.