Votre chat menace moins la biodiversité que vous

AnimauxÀ Lausanne, des félins ont été équipé d’un GPS pour enregistrer leurs déplacements et identifier les éventuels points de rencontre avec des proies vulnérables.

Sous des dehors mignons, «Plume» est un prédateur qui tuera si l’occasion se présente.
Vidéo: vidéo: Catherine Cochard / photographe: Vanessa Cardoso

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Postée derrière la fenêtre, Plume inspecte l’espace vert à l’extérieur, guettant le moindre mouvement suspect dans les arbres, buissons et pelouse. La petite chatte de 1 an attend avec impatience le moment où son maître la laissera sortir. Son terrain de chasse se constitue d’un petit jardin arborisé, quasi en face de la piscine-patinoire de Montchoisi, où passent volontiers oiseaux, lézards et petits mammifères.

Nous sommes avec Marylène Wassenberg qui nous emmène sur les traces de Plume. Le félin a joué les cobayes pour une expérience lancée par Sauvageons en ville, un projet collaboratif entre l’Unil, les Musée et Jardins botaniques cantonaux et la Ville de Lausanne, dont le but consiste à organiser des événements pour montrer la nature en ville. La chatte - comme quatre autres minets lausannois - a porté un traceur GPS qui a enregistré ses allées et venues les 18 et 19 septembre 2019. «Elle ne sort quasi jamais du périmètre de son jardin arborisé», explique l’experte en désignant le tracé sur la carte. «Et elle revient souvent à la maison durant la journée. Ses maîtres me l’ont dit: ils la rappellent régulièrement avec des croquettes pour éviter qu’elle ne parte trop loin.» Nous traversons le jardin, observant plusieurs arrêts aux endroits stratégiques - piliers de balançoire, arbres et mobilier urbain - où Plume a usé de ses griffes pour marquer son territoire. Le tracé le montre clairement, hormis une école à proximité qu’elle a visitée à l’heure de la récréation, la minette ne s’éloigne guère. «C’est une chatte sociabilisée aux enfants, car elle vit avec des ados, développe Marylène Wassenberg. Elle a dû être attirée par les bruits des élèves dans la cour.» La petite chatte n’a du reste pas besoin d’aller chercher bien loin son bonheur: son terrain de chasse favori se trouve juste sous son nez, pour autant que ses maîtres lui ouvrent la porte...

Grâce à un traceur GPS, les pérégrinations de «Plume» ont pu être enregistrées et analysées. Image: SAUVAGEONS EN VILLE/GEO.ADMIN.CH

Au service des hommes

«Il y a près de neuf mille cinq cents ans, les humains ont domestiqué les chats pour leurs talents de chasseurs», indique Madeleine Geiger, biologiste et chercheuse chez SWILD, une ONG zurichoise qui œuvre pour la conservation de la nature en Suisse. En s’en prenant aux rongeurs, les matous participaient à protéger les réserves de céréales ou à limiter la propagation de certaines maladies. «L’idée de notre rencontre de mercredi 9 octobre, c’était de partir sur les traces des chats traqués par GPS, de montrer l’impact de nos minous sur la biodiversité et de donner des conseils aux maîtres pour limiter la casse», explique Julien Leuenberger, de Sauvageons en ville.

En 2011, une étude publiée dans la revue «Global Change Biology», expliquait les effets désastreux des chats sur les populations de vertébrés dans une centaine d’îles de la planète où ils avaient été introduits. Gardien de la biodiversité dans le monde, l’UICN avait même classé en 2010 le chat parmi les espèces les plus invasives du monde.

Sale réputation

De quoi porter un coup à la réputation des matous. «On ne peut pas comparer la dangerosité des chats d’Europe ou de Suisse avec ceux introduits sur ces îles, indique Madeleine Geiger. Il n’existe pour l’heure pas d’études scientifiques qui permettraient de connaître l’impact des chats sur la biodiversité en Suisse. Il y a des dangers - pollution, destruction des habitats, par exemple - bien pires pour la survie des oiseaux et autres petits animaux que les chats.»

Instinct de chasse - Sous des dehors mignons, «Plume» est un prédateur qui tuera si l’occasion se présente. Image: VANESSA CARDOSO

Stéphane Crausaz, le porte-parole de la SVPA (Société vaudoise de protection des animaux), est de l’avis de la biologiste. «Le problème, c’est la prolifération de chats errants, explique-t-il. Mais en Suisse la situation est sous contrôle, et surtout aucun chiffre ni étude ne tend à prouver que les félins seraient responsables, chez nous, de la diminution ou de la mise en danger d’espèces d’oiseaux ou petits mammifères.» À la mi-août, la commission de la science, de l’éducation et de la culture a déposé au Conseil national une motion visant à rendre obligatoire l’identification électronique de tous les chats et à permettre, sans autre accord nécessaire, la stérilisation des matous inconnus au registre.

Mortelles fenêtres

Pour illustrer ses propos relativistes, Madeleine Geiger se lance dans un calcul. «En 2010, nous avons participé à une étude pour connaître le nombre de victimes perpétrées par les chats. Nous sommes arrivés à une estimation de 100’000 à 300’000 individus par mois.» Selon une étude américaine, annuellement chaque façade de maison serait responsable de la mort d’au moins un oiseau. «En Suisse, il y a 1,7 million de maisons, sans compter les bâtiments utilisés comme bureaux ou pour l’industrie. Il y a donc, par extrapolation, autant d’oiseaux qui s’écrasent contre les fenêtres de ces bâtiments.» Soit environ 140’000 par mois. «Ce qui est autant que sous les griffes des chats.»

Créé: 14.10.2019, 06h47

Des pistes pour limiter la casse

Les chats ont un impact relatif sur la faune. Malgré tout, leurs propriétaires peuvent mettre en place des solutions pour tenter de limiter le nombre de proies.

«Il faut stériliser les félins pour éviter qu’ils ne prolifèrent et que certains d’entre eux ne redeviennent sauvages», insiste Stéphane Crausaz, de la Société vaudoise de protection des animaux. «On peut les garder à l’intérieur, surtout la nuit, au printemps, lorsque les oisillons viennent de naître et qu’ils ne sont pas encore capables de voler», propose Julien Leuenberger, de Sauvageons en ville.

«Pourquoi ne pas opter pour du «cat-sharing» afin d’éviter que le nombre de chats domestiques n’explose année après année et avec lui leurs victimes?» Un peu comme les enfants de divorcés qui alternent entre l’appartement de maman et celui de papa.

Plébiscitée par de nombreux propriétaires, la clochette autour du cou n’est pas efficace. «Les chats comprennent très vite comment chasser malgré elle», déplore Julien Leuenberger.

Il existe néanmoins une solution qui a fait ses preuves: le collier Birdsbesafe.



«C’est une sorte de collerette aux couleurs vives qui permet aux oiseaux de repérer facilement le prédateur qui la porte, détaille Madeleine Geiger. Nous la testons actuellement pour savoir si elle fonctionne dans le contexte européen.»

Cette solution américaine permettrait selon ses inventeurs de réduire de 87% le nombre de proies capturées.

En chiffres

Selon la VHN, la société nationale pour l’alimentation des animaux familiers, en 2018 la Suisse comptait 1,63 million de chats domestiques, pour seulement 505’745 chiens.

La proportion de ménages helvétiques dotés d’un chat est de 28% contre 12% pour ceux où vit un chien. On compte en moyenne 1,7 chat par logement.

Enfin, si la Suisse est le pays d’Europe qui compte le moins de chiens (6) par centaine d’habitants, c’est en revanche l’une des contrées européennes qui dénombre le plus de chats - 19,5 - pour 100 habitants, devancée seulement par la France (20 pour 100 habitants).

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