Les cheffes de services restent rares à l’Etat de Vaud

Administration cantonaleLa grève du 14 juin a remis en lumière la question de la place des femmes parmi les hauts cadres de l’Etat. La majorité féminine au Conseil d’Etat peine à inverser la tendance.

Les 9 femmes parmi les 35 secrétaires généraux, directeurs généraux et chefs de service

Les 9 femmes parmi les 35 secrétaires généraux, directeurs généraux et chefs de service

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Retour en 2012: les femmes deviennent majoritaires au Conseil d’État, avec Nuria Gorrite, Béatrice Métraux, Jacqueline de Quattro et Anne-Catherine Lyon. Elles disent alors leur volonté d’une meilleure représentativité féminine parmi les plus hauts cadres de l’État.

En 2019, trois semaines après la grève des femmes du 14 juin, où en est-on? Constat: le Conseil d’État peine à inverser la tendance. Parmi les 35 secrétaires généraux des départements, directeurs généraux et chefs de service, on ne compte que neuf femmes (dont une par intérim).


Hausse minime en six ans

La différence par rapport au pointage de «24 heures» en 2013 est faible: on comptait à l’époque sept femmes, parmi lesquelles quatre sont encore en fonction aujour­d’hui. Sur la vingtaine de nominations durant ce laps de temps, seul un tiers a concerné des femmes. Dans deux cas, elles ont juste changé d’affectation (transfert d’un service à l’autre ou regroupement de services).

Bien sûr, certaines femmes occupent d’autres postes importants, mais à la tête d’une entité qui n’a pas le rang d’un service: Maribel Rodriguez, cheffe du Bureau de l’égalité (auprès de Jacqueline de Quattro); Valérie Berset, cheffe de l’Office de l’accueil de jour des enfants (auprès de Nuria Gorrite); Delphine Friedmann, directrice des archives cantonales; Cécile Kerboas, préposée à la protection des données; etc.


Des ministres sans femmes cheffes

Selon l’organigramme de l’État, les départements dirigés par Nuria Gorrite (Infrastructures et Ressources humaines) et Jacqueline de Quattro (Territoire et Environnement) ne comptent aucune femme parmi leurs hauts cadres. Si Jacqueline de Quattro n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet, Nuria Gorrite parle d’une «vraie préoccupation» pour le Conseil d’État. «Chaque fois que nous le pouvons, nous repourvoyons un poste de cadre avec une femme. Mais la vitesse de renouvellement de la mixité n’est pas aussi rapide que nous le voudrions. Il y a plusieurs raisons: nous n’allons pas licencier les hommes en place pour les remplacer par des femmes, et il y a des postes pour lesquels les candidatures féminines ne sont pas légion.» Elle souligne que des services traditionnellement masculins sont gérés par des femmes, comme les prisons et les impôts.

La politique de nomination de Cesla Amarelle, élue en 2017, a aussi provoqué des questions. Elle n’a engagé que des hommes aux trois postes importants qu’elle a repourvus: la direction générale de l’enseignement obligatoire, celle de l’enseignement postobligatoire et le service de protection de la jeunesse. La ministre s’explique via son service de communication: «Le ratio femme – homme des directrices et directeurs généraux et des chef·fe·s de service est de 2 femmes pour 3 hommes (ndlr: sans compter le secrétaire général), un ratio proche de l’égalité.» Elle ajoute que la nouvelle directrice des ressources humaines de son département aura pour mission d’y promouvoir l’égalité. Cesla Amarelle souligne aussi que son poste de collaborateur personnel se répartit entre une femme et un homme, tous deux à 50%.


Et la garde rapprochée?

La question de la garde rapprochée des ministres est aussi intéressante, à savoir les collaborateurs personnels, secrétaires généraux, adjoints, délégués à la communication, huissiers, secrétaires personnels, etc. Les femmes y représentent la quasi-totalité des postes de secrétaires, un tiers des collaborateurs personnels, deux huissières sur huit huissiers, deux porte-parole sur sept. Philippe Leuba et Rebecca Ruiz sont les plus entourés de femmes. Mais Rebecca Ruiz a en grande partie hérité du personnel de son prédécesseur, Pierre-Yves Maillard.


Mesures et critiques

Pour booster le nombre de femmes parmi les hauts cadres, le Conseil d’État a annoncé plusieurs mesures en 2018: extension des possibilités de temps partiel, promotion du télétravail, sensibilisation des cadres aux questions d’égalité, etc. «Sensibiliser les cadres est important, car ce sont eux qui procèdent aux recrutements, estime Nuria Gorrite. En outre, nous mettons sur pied des formations aux compétences de cadre, en particulier pour les femmes, pour qu’elles puissent postuler le jour où un poste se libère.» «Nous espérons que la majorité de femmes au Conseil d’État saura sensibiliser les services à ces questions, même si nous savons qu’il est difficile de faire bouger la représentation féminine parmi les hauts cadres», commente la députée Vert’libérale Graziella Schaller, présidente du Groupe F au Grand Conseil. «Ce n’est pas gagné et il faut toujours remettre la pression. Il manque par exemple la vision des postes en partage de responsabilités.»

Créé: 05.07.2019, 06h45

Surtout présentes dans les bas salaires

La pyramide des salaires de l’Administration cantonale se rapproche de celle de l’économie privée: plus les salaires sont élevés, plus la proportion de femmes est faible.

Elles représentent 57,8% des 17 884 employés de l’État (sans compter le CHUV et l’Université notamment). Elles sont près de 70% dans les classes où le salaire en fin de carrière est inférieur à 100 000 francs (classes 1 à 8). Elles sont 81% dans la classe 9, la première où le salaire maximum dépasse 100 000 francs. «Cette classe se compose à près de 87% de maîtres généralistes, dont 91,2% sont des femmes», note Mélanie Bailly-Francioli, porte-parole du Service du personnel de l’État (SPEV).

Leur proportion va ensuite en diminuant, notamment dans les classes 16 à 18, où se situent les chefs de service. Une situation que dénonce Vanessa Monney, du Syndicat des services publics (SSP). «On parle beaucoup de l’égalité salariale à poste égal, mais il ne faut pas oublier que toute une catégorie de métiers féminins est dévalorisée socialement et sous-évaluée financièrement, comme le secrétariat. Or les mesures annoncées par le Conseil d’État, comme le télétravail, concerne avant tout les postes de cadres.»

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