Sans chercher la confrontation, la police se dit prête à faire feu

Braquage au MontLe commandant Jacques Antenen est inquiet et annonce le mariage des troupes d’élite vaudoise et lausannoise.

Au lendemain de l’attaque, il ne restait plus que la carcasse des véhicules mis à feu par les braqueurs, qui ont pris la fuite sans rencontrer de policiers.

Au lendemain de l’attaque, il ne restait plus que la carcasse des véhicules mis à feu par les braqueurs, qui ont pris la fuite sans rencontrer de policiers. Image: Patrick Martin

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L’enquête bat son plein après le braquage violent d’un fourgon blindé au Mont-sur-Lausanne, dans la nuit du 19 au 20 juin. Mais, alors que le calme est revenu dans la zone industrielle En Budron, des voix soulèvent la question du temps d’intervention de la gendarmerie, dont la centrale n’est pas bien éloignée. Au fond, ne vaut-il pas mieux laisser filer des individus lourdement armés et tenter de les pincer pendant leur fuite? Piquée au vif, la police cantonale évoque une intervention «exemplaire» et assure qu’elle n’a pas peur d’aller «au contact» des bandes armées.

«On a compté vingt minutes entre le moment où nous avons appelé et celui où nous avons vu la police», rapporte un témoin de la scène. Il a vu le commando encagoulé un instant, avant de se mettre à l’abri. Le témoignage soulève des interrogations, que Jean-Christophe Sauterel, porte-parole de la police cantonale, s’empresse de dissiper. «Le déroulement de l’intervention est exemplaire», assure-t-il. Et de préciser: «Une première patrouille a été engagée deux minutes seulement après que nous avons reçu le premier appel.» Après trois minutes, les polices des communes et des cantons voisins étaient également alertées, ainsi que les gardes-frontière. En dix minutes, une quinzaine de patrouilles de la police cantonale étaient «engagées», poursuit le porte-parole, qui précise qu’un policier a pu sauter dans un hélicoptère de l’armée après 64 minutes.

Pas tous au même endroit

Comment expliquer alors la solitude ressentie par notre témoin? «Il est évident qu’on ne va pas envoyer toute la cavalerie au même endroit», réagit Jean-Christophe Sauterel. Le contrôle des points de fuite a été privilégié car les braqueurs ont mené leur opération en «quelques minutes». La police n’a ainsi pas eu matériellement le temps de surprendre les braqueurs à l’ouvrage. «Nos patrouilles sont sur le terrain, pas dans les bureaux», indique enfin Jean-Christophe Sauterel.

Il y a une dizaine d’années, un rapport pointait, au Grand Conseil, l’idée qu’il valait mieux pour les agents ne pas croiser le chemin de braqueurs équipés d’armes lourdes. Commandant de la police cantonale, Jacques Antenen assure que l’état d’esprit a largement évolué avec les attaques terroristes de ces dernières années. «La rapidité d’un braquage comme celui du Mont fait que, de facto, on arrive après. Ce n’est pas forcément un mal si l’on pense en termes de vies humaines, mais on ne va pas éviter la confrontation car, aujourd’hui, une partie des patrouilles est équipée pour riposter à des tirs de kalachnikov.»

C’est la doctrine Amok, qui fait désormais foi au sein des corps de police, rappelle le commandant. Conçue en réaction aux menaces terroristes d’individus déterminés à faire des victimes, la doctrine ne prône plus le gel d’une scène par les forces de l’ordre. Au contraire, les premiers arrivants sont chargés d’aller directement «au contact». Et, bien que les braqueurs du Mont aient vraisemblablement «tout fait pour éviter la police», c’est selon cette doctrine qu’une patrouille aurait dû intervenir si elle avait croisé le chemin de cette bande armée. La mise en commun des ressources du DARD cantonal et du GIPL lausannois – les troupes d’élite – semble aller dans ce sens (lire encadré).

Trop de cash

Une photo prise par le voisinage au matin du braquage montre un tapis de billets de banque délaissés sur le bitume. L’image illustre sans doute la précipitation de cette opération. Mais elle laisse aussi imaginer que les voleurs n’avaient pas besoin de se soucier de ces «miettes». Au Mont, on parle d’un butin très conséquent. Ce ne sont que des rumeurs, que la police ne commente pas. Toutefois, le procureur chargé d’enquêter sur le braquage commis au même endroit un an plus tôt a confié à «L’illustré» que ce butin s’était monté à 100'000 francs.

C’est tout le problème de la Suisse et de son large recours à l’argent liquide, selon le commandant Jacques Antenen: «Cette affaire nécessite une vraie prise de conscience.» Il a réécrit à Berne afin que les transporteurs de fonds puissent bénéficier d’une autorisation de travailler de nuit à bord de véhicules blindés de plus de 3,5 tonnes, en attendant une modification de la loi. Mais, pour Jacques Antenen, il y a aussi du pain sur la planche du côté de ces entreprises de transports de fonds. Bien que soumises à la pression des prix, elles devraient en faire davantage pour leur propre protection, estime-t-il. Et de rappeler aussi que les peines infligées en Suisse sont moins lourdes que dans les pays voisins. «Le grand banditisme va là où sont les failles», rappelle-t-il.

Créé: 28.06.2019, 06h40

Les troupes d’élite en ménage commun

Les polices vaudoises sont à l’heure des collaborations, avec le projet REGIO. On a vu récemment la gendarmerie patrouiller avec la police de l’Ouest lausannois. Un autre signe montre ce changement, avec la mise en commun des ressources d’élites que constituent le DARD cantonal et le GIPL lausannois. «Cela n’allait pas de soi, mais c’est effectif depuis le 1er juin», révèle Jacques Antenen, commandant de la police cantonale.

Jusque-là, les hommes en noir gardaient jalousement leurs prérogatives territoriales. Désormais, leurs ressources sont mutualisées. Entraînements, armement, mais aussi les interventions peuvent se faire en commun. «Et ce n’est pas une absorption de l’un par l’autre», insiste Jacques Antenen.

La nouvelle a également son intérêt dans le cadre du grand banditisme. Ces troupes d’élite n’étaient pas mobilisables en tout temps et ce regroupement permet d’envisager davantage de disponibilité.

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