De la chloroquine contre le virus? Vaud tente déjà, Genève pas encore

CoronavirusLe médicament antipaludique Plaquenil est porteur d’espoir mais prudence: son efficacité n’est pas prouvée.

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Le CHUV administre de la chloroquine à certains patients infectés par le coronavirus avec des problèmes respiratoire sévères. De l’hydroxychloroquine, plus précisément, un dérivé commercialisé sous le nom de Plaquenil. Ce médicament fait partie de l’arsenal thérapeutique utilisé en ce moment par l’hôpital vaudois avec le Kaletra (antiviral utilisé à une époque contre le VIH) et le Remdesivir (antiviral utilisé pour traiter Ebola).

«On voit des effets bénéfiques chez certains patients, mais on n’a pas encore assez de recul pour s’exprimer sur l’efficacité de ces traitements», rapporte le DrOriol Manuel, médecin adjoint au Service des maladies infectieuses du CHUV.

Remède miracle?

Ils ne sont pas indiqués pour tout le monde. «Nous examinons le rapport risque-bénéfice pour chaque patient. A-t-il d’autres maladies? Y a-t-il un risque d’interaction avec d’autres médicaments? La règle, c’est de ne surtout pas causer de tort.» Prudence, donc, d’autant que la chloroquine a des effets secondaires importants et peut être toxique, pour le cœur notamment.

Utilisée à la base contre le paludisme, cette molécule fait l’objet d’une quinzaine d’études pour le traitement ou la prévention des infections aux SARS-CoV-2, notamment en Chine, en Angleterre et en Thaïlande.

Le 16 mars, le professeur Didier Raoult, directeur de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, à Marseille, donnait les résultats préliminaires encourageants d’une étude menée sur 24 malades. Au bout de six jours de traitement, ceux qui n’ont pas reçu le Plaquenil sont encore porteurs à 90% du coronavirus, tandis qu’ils sont 25% à être positifs pour ceux qui ont reçu le traitement. Dans la foulée, le géant pharmaceutique Sanofi s’engageait à offrir plusieurs millions de doses pour traiter 300'000 patients si l’efficacité du Plaquenil devait être confirmée.

On l’a dit: il n’existe pas, à ce stade, de preuves que cela fonctionne. Seules des études in vitro montrent que la chloroquine inhibe le Covid-19. La Chine rapporte des effets bénéfiques, mais personne n’a vu la parution à la base de ces conclusions… Quant à l’étude marseillaise, elle fait davantage figure «d’expérience» sur un groupe de patients. «C’est très difficile d’interpréter cette étude, qui n’est pas randomisée, réagit le DrManuel. On a besoin de plus d’études contrôlées pour être convaincus que le Kaletra, l’hydroxychloroquine et le Remdesivir sont efficaces, et quel est le plus efficace (ndlr: l’OMS va lancer une recherche dans ce sens). En attendant, on continue de donner ces traitements, car il y a quelques données qui montrent qu’ils pourraient être utiles. On a l’impression que c’est mieux que ne rien faire.»

«À ma connaissance, l’hydroxychloroquine commence à être utilisée aussi à Zurich», indique la professeure Caroline Samer, médecin adjoint au Service de pharmacologie et toxicologie cliniques des HUG.

Son institution est plus prudente que le CHUV. Elle n’a pas encore administré d’hydroxychloroquine. La molécule n’occupe que la troisième place dans la liste des traitements envisagés contre le Covid-19, derrière le Kaletra et le Remdesivir. «Nous n’utilisons pas le Plaquenil en première intention pour la raison suivante: à ce stade, nous ne disposons principalement que de données in vitro avec des évidences positives, indique la professeure Samer. Même si les résultats de l’étude marseillaise sont encourageants, le niveau d’évidence est encore insuffisant, et on ne peut exclure des biais méthodologiques. Pour avoir la preuve de l’efficacité de ce médicament, il faudrait une étude randomisée contrôlée, avec deux groupes de patients comparables pour éviter les biais.»

Swissmedic fait savoir qu’aucune étude avec cette substance active n’est enregistrée dans le portail de référence. Le CHUV l’utilise off-label (c’est-à-dire hors de son indication normale) avec le consentement du patient.

Tout va très vite

Les choses vont très vite dans les hôpitaux pour adapter la prise en charge. Les guidelines des HUG sont revues à mesure que de nouvelles évidences paraissent dans la littérature scientifique. Le 18 mars, le très respecté «The New England Journal of Medicine» publiait en ligne une étude sur le Kaletra, ce fameux antiviral utilisé contre le sida et testé actuellement contre le coronavirus.

«Selon cet article, il se peut que le Kaletra conduise à une réduction significative de 1 jour du temps pour une amélioration clinique (16 jours versus 15 jours) et une réduction de 5 jours de la durée médiane du séjour aux soins intensifs (11 jours versus 6 jours), rapporte la professeure Samer. Mais la qualité de l’évidence reste faible.»


Déjà un problème de stock

Le Plaquenil (ce fameux médicament à base d’hydroxychloroquine) est prescrit sur ordonnance aux personnes souffrant de maladies auto-immunes, notamment. Une Vaudoise dont l’état de santé requiert la prise de deux comprimés par jour a eu une surprise lors de sa dernière tentative d’achat. «Ils m’ont répondu qu’ils n’en avaient plus et qu’ils ne savent pas quand ils vont en recevoir. On m’a fourni un générique. Il me convient; je l’ai déjà essayé. Mais j’ai peur que lui aussi vienne à manquer.»

Les propos du DrManuel Oriol ne sont guère rassurants. «Au CHUV, on n’a presque plus de stock de Kaletra, et pour la chloroquine aussi c’est compliqué. Beaucoup de monde veut les utiliser et les personnes qui les prennent habituellement et en ont besoin vont peut-être ne plus en avoir assez.»

Est-ce l’effet de l’engouement pour la chloroquine dans la lutte contre le coronavirus? Le fait que les personnes sous ordonnance fassent des réserves, de peur de manquer? Selon nos informations, Sanofi Suisse observe effectivement une augmentation des ventes de Plaquenil depuis quelques jours. De quelle ampleur? «Nous n’avons que les chiffres pour les pharmacies et les médecins dispensant et ce seulement jusqu’en janvier 2020», dit PharmaSuisse.

Le Plaquenil ne figure en tout cas pas sur la liste des médicaments en rupture de stock, publiée le 18 mars par l’Office fédéral pour l’approvisionnement économique du pays (OFAE). Marie Nicollier, collab. Dominique Botti

Créé: 20.03.2020, 06h37

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