Choc frontal entre Rebecca Ruiz et Pascal Dessauges

DébatTout oppose la candidate socialiste et le candidat UDC pour l’élection complémentaire au Conseil d’État. Ils croisent le fer à quatre semaines du scrutin.

Image: Patrick Martin

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Cinq pour un siège. Ils sont cinq à briguer la place laissée vacante au Conseil d’État par le départ de Pierre-Yves Maillard (PS).


A lire: Succession de Maillard: les face-à-face


Le premier débat organisé par «24 heures» oppose Rebecca Ruiz (PS), qui revendique le fauteuil en mains socialistes et le challenger de droite Pascal Dessauges (UDC). Celui-ci ambitionne ramener le parti agrarien au gouvernement et d’y renverser du même coup l’actuelle majorité de gauche. Extraits choisis d’un choc frontal.

L’équilibre politique

Avec un parlement à majorité de droite, ne serait-ce pas logique d’avoir aussi un gouvernement de droite?

Rebecca Ruiz: La logique actuelle a été voulue par les Vaudoises et les Vaudois. C’est un équilibre qui fonctionne. J’ai l’impression, et la bonne santé financière de notre canton le montre, qu’il y a un dialogue constructif et la possibilité de proposer des mesures qui vont servir au plus grand nombre.

Pascal Dessauges: Cette manière de fonctionner était exceptionnelle parce qu’on avait le tandem Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard, qui s’entendent bien et qui ont pu faire avancer des dossiers. Je ne suis pas sûr que ça se poursuive dans l’avenir.

R.R.: Je pense que les autres conseillers d’État en place ont aussi agi de manière forte. Cette collaboration indispensable entre les forces politiques perdurera.

Pascal Dessauges, votre parti veut la fin de la libre circulation des personnes. Même si vous vous distancez de cette exigence, est-ce propice à une bonne collaboration au sein du Conseil d’État?

P.D.: Je fais une distinction entre la politique fédérale, où chaque parti doit marquer son territoire, et la politique cantonale, où on est confrontés à la réalité économique, notamment le besoin en personnel.

R.R.: Vous êtes aussi en désaccord avec votre parti cantonal, qui est contre la libre circulation. Elle est pourtant indispensable à notre canton. La politique fédérale a un lien direct et un impact sur ce qui se passe dans les cantons.

P.D.: Madame Ruiz, je connais le fonctionnement de nos institutions, même si je ne suis pas conseiller national. Il n’empêche qu’au niveau fédéral chaque parti marque son territoire. C’est valable pour le PS comme pour l’UDC.

La facture sociale

La dépense pour le social est égale à celle pour la formation. Le Canton de Vaud est-il trop généreux?

R.R.: Si on parle du budget social, il faut être précis. Il y a des choses très différentes dans les dépenses du Département de la santé et de l’action sociale: la santé, les bourses d’études, les prestations complémentaires pour les bénéficiaires de l’AI et de l’AVS, l’aide aux personnes en situation de handicap, et le domaine de l’aide sociale proprement dit. Si on parle de l’aide sociale, mon but est sûrement le même que celui de M. Dessauges: le nombre des bénéficiaires doit diminuer. Le but, c’est évidemment de réinsérer les gens de manière durable sur le marché du travail. Les mesures sociales ne sont pas une fin en soi. Ce qui est important, c’est de répondre à des besoins de la population. Il y a aussi les subsides à l’assurance maladie, mais cette mesure-là a été plébiscitée par quasi 90% des Vaudoises et des Vaudois. C’est aussi ce qui explique le fait que le budget social a augmenté de 150 millions.

P.D.: Les Vaudois l’ont voulu parce que c’était couplé à autre chose, le paquet de la RIE III (troisième réforme fiscale des entreprises). J’estime qu’on doit porter une attention particulière aux contribuables physiques, qui s’acquittent de l’impôt. Ils ont fait de gros efforts quand le canton n’allait pas bien. Aujourd’hui, le canton va beaucoup mieux et on prévoit des dépenses alors que les communes comme les contribuables devraient pouvoir profiter de ce mieux financier. Quand je parle de la mise en cause de ces soutiens à l’assurance maladie, pour 2018, c’est 800 millions qui vont être utilisés. D’ici à deux ou trois ans, on arrivera à un milliard. Je tiens ça de la Fédération des hôpitaux vaudois. Donc ça représentera 10% du budget vaudois et là, je suis désolé, mais on ne peut pas continuer sur cette ligne. C’est une bombe à retardement et on devra de toute manière reprendre ces décisions.

R.R.: Monsieur Dessauges parle d’aider les contribuables? La limitation des primes à 10% du revenu, ce sera une aide très concrète aux contribuables.

P.D.: Il faudra juste que ce soit finançable sur le long terme.

R.R.: C’est typiquement des mesures qui ont été prises parce qu’on a une bonne santé financière.

P.D.: Je suis favorable à une priorisation des ressources dans des investissements plutôt que dans des dépenses. Je suis aussi partisan d’une redistribution des charges qui incombent au canton et aux communes.

Concrètement, où faire des coupes pour alléger la facture sociale?

P.D.: Je n’ai pas parlé de couper, mais de stabiliser.

R.R.: Les budgets sont votés par un Grand Conseil de droite. S’agissant de la fiscalité des personnes physiques, le Conseil d’État a pris des mesures. Il a augmenté la déduction pour frais de garde, il a augmenté la déduction de primes maladie.

Qui est Pierre-Yves Maillard pour vous?

P.D.: Un excellent conseiller d’État…

Mais vous venez de critiquer son bilan!

P.D.: Je n’ai pas critiqué son bilan. J’ai dit que je n’étais pas d’accord avec la situation actuelle. Mais ça reste un excellent conseiller d’État, qui a des idées claires et c’est quelqu’un que j’ai toujours beaucoup apprécié.

R.R.: Un homme d’État brillant, qui s’est battu toute sa vie pour le pouvoir d’achat, pour la dignité des travailleuses et des travailleurs, des classes modestes et moyennes.

La gouvernance du CHUV

Le CHUV est le seul hôpital universitaire sans conseil d’administration. Un ministre doit-il tenir la barre ou le confier à d’autres, comme le demande la droite?

Rebecca Ruiz: M. Maillard n’est pas le directeur du CHUV. Je ne vois pas ce qui justifie de changer la gouvernance, si ce n’est des raisons idéologiques. Le CHUV fonctionne bien. C’est une immense machine et il y a forcément quelques dysfonctionnements. Mais de manière générale la gouvernance est transparente. Le CHUV a développé des pans de recherche et des investissements importants via des partenariats public - privé.

Pascal Dessauges: On doit moderniser la gouvernance du CHUV. Nous avons un chef de département et un directeur qui gèrent plus de 1,5 milliard de dépenses. C’est quelque chose d’un autre temps. Je suis favorable à la création d’un conseil d’administration, avec des spécialistes du cadre médical, de la gestion et des finances. L’un de mes buts est de stabiliser les coûts dans la santé et le social. Si on a un regard affiné par des spécialistes, des marges pourraient être dégagées.

R.R.: Il y a des spécialistes financiers et RH au CHUV, au cas où on aurait des doutes.

Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne?

P.D.: Je ne remets pas en question le cadre médical. Mais le CHUV est l’un des plus chers. Il est nécessaire d’avoir un œil pointu sur le fonctionnement. Je ne veux pas en faire un établissement privé, mais un établissement autonome de droit public. Les autres hôpitaux ne se sont pas vidés des parties qui n’étaient pas rentables.

R.R.: Le CHUV coûte cher, car il assume les salaires de tout le personnel académique contrairement aux hôpitaux de Zurich et de Berne ainsi que les fonds de recherche médicale. Tout cela passe par ces prestations d’intérêt général, ce qui n’est pas le cas ailleurs.

Les Vaudois paient parmi les primes maladie les plus élevées de Suisse. N’est-ce pas la preuve que des économies sont possibles?

R.R.: Là où l'évolution des coûts est la plus importante, ce n'est pas dans le stationnaire, mais dans l’ambulatoire, c’est-à-dire les médecins installés, et pas les hôpitaux. Il faut une loi fédérale à laquelle s’oppose l’UDC, pour réguler l’admission des médecins de l’ambulatoire.

P.D.: L’ambulatoire est financé uniquement par l’assurance maladie. Cela présente une pression sur l’augmentation des coûts de la santé et qui plombe l’assurance maladie. Cela va faire grimper les primes.

R.R.: Il faut donc y limiter l’installation de nouveaux médecins. Mais le transfert vers l’ambulatoire est à souhaiter, car une intervention n’y a pas le même coût.

Les moyens de campagne

Le PS affirme injecter 240'000 francs dans cette campagne et l’UDC 80'000. À quoi tient cette différence?

P.D.: C’est intéressant de voir cette inversion… On accuse toujours l’UDC de faire des campagnes électorales avec des centaines de milliers de francs, qui viennent de milliardaires zurichois.

R.R.: C’est le cas au niveau fédéral.

P.D.: Ce n’est pas le cas dans le cadre cantonal. On a voulu privilégier une campagne de proximité et contact direct avec la population, plutôt que d’arroser tout le canton avec des flyers. Le PS a peut-être des donateurs extraordinaires.

R.R.: L’argent investi par le PS vaudois, ce sont des montants qui équivalent à ce qui a été investi pour les précédentes élections au Conseil d’État. On est transparents par rapport à nos financements.

On peut se demander pourquoi la droite n'investit pas davantage si elle veut vraiment ce siège?

P.D.: Les partis de droite ont fait une autre analyse et se sont dit que ce n’est pas avec de l’argent qu’on achète les voix de la population, mais par une présence accrue dans toutes les régions. On verra bien le 17 mars quel est le résultat.

R.R.: L’idée d’investir dans une campagne, ce n’est pas pour acheter des voix, c’est pour présenter à la population ce qu’on a envie de mettre en avant. J’aimerais préciser que ce n’est pas parce qu’on met de l’argent dans un certain matériel qu’on ne fait pas également une campagne de terrain.

Créé: 14.02.2019, 14h24

Rebecca Ruiz (PS)



La socialiste de 37 ans a toujours vécu à Lausanne. Cette criminologue, mère de deux enfants en bas âge, a fait de la politique son quotidien. Élue au Conseil communal de Lausanne en 2006, elle préside le Parti socialiste lausannois de 2008 à 2013. En 2012, elle accède au Grand Conseil. En 2014, elle accède au Conseil national, pour y remplacer Josiane Aubert, démissionnaire. Elle a été réélue en 2015. C’est la première fois qu’elle brigue un siège au Conseil d’État. En plus du PS, elle est soutenue par les Verts.

Pascal Dessauges (UDC)



À 54 ans, l’UDC vit et travaille dans le Gros-de-Vaud. Préfet de la région depuis 2013, il l’a été dans le district de Morges entre 2011 et 2013. Issu du monde de l’agriculture, il commence sa carrière politique en 1998, comme membre de l’Assemblée constituante. Par la suite (2002-2011), il siège comme municipal et syndic de l’ancienne commune de Naz. En 2011 et 2017, il s’était présenté comme candidat à la candidature UDC au Conseil d’État, sans succès. En plus de l’UDC, il est soutenu par le Parti libéral-radical (PLR).

De l’intérêt d’être parent ou d’avoir un grade militaire

Avoir des enfants aiderait à connaître la réalité de la population. L’argument du père ou de la mère de famille prend de l’ampleur en politique. Peut-être une façon de désamorcer les critiques envers une activité boulotteraient trop le temps aux élus parents?

Cette campagne ne fait pas exception. La popiste Anaïs Timofte a mis directement en avant le fait qu’elle était mère, célibataire, d’une fille de 6 ans.
Dans le débat entre Rebecca Ruiz et Pascal Dessauges, c’est la socialiste qui, la première, aborde le sujet: «Sur le plan personnel, j’ai démontré ces dernières années ma capacité à dialoguer avec tout le monde, mon expérience de vie aussi. J’ai moins de quarante, deux enfants en bas âge, je représente aussi une partie de la population vaudoise.» But de l’argumentaire: transparence, preuve qu’elle connaît les besoins des jeunes familles et engagement à favoriser une meilleure conciliation entre vie familiale et professionnelle, tant pour les mamans que pour les papas.

Signaler qu’on a des enfants serait-il un marqueur des candidats de gauche? Non, selon Rebecca Ruiz, qui fait remarquer que la libérale-radicale Isabelle Moret en avait elle-même parlé lors de sa candidature au Conseil fédéral. Pascal Dessauges ne veut pas être en reste: «J’ai des enfants, certes plus âgés que ceux de Mme Ruiz, de 30, 28 et 24 ans. Cela entre aussi dans le cadre de ce que je suis et ce que je pourrais apporter au Conseil d’État.» Lorsqu’il était candidat à une formation d’officier dans l’armée, il avait rendu un rapport sur la place des femmes dans la société. «Avec la conclusion que pour une même fonction, une femme devait montrer beaucoup plus de compétences qu’un homme. Cela a peu changé.»

Le candidat UDC met en avant un autre aspect de son parcours, guère en usage dans les récentes campagnes politique: sa carrière militaire. Il l’a menée dans l’artillerie puis dans l’infanterie, jusqu’au grade de colonel. «J’ai eu 850 personnes sous mes ordres comme chef d’un groupe d’obusiers blindés. Cette expérience de conduite sera utile au Conseil d’État.»

«Je ne dis pas qu’il faut abolir la voiture»

En janvier, 8000 jeunes Vaudois ont manifesté à Lausanne pour la protection du climat et certains demandaient des mesures coercitives. Pascal Dessauges et Rebecca Ruiz, eux, se gardent bien d’utiliser ces mots. Tous deux parlent, par exemple, de diminuer le nombre de voyages d’études en avion, mais sans les interdire. «C’est peut-être à l’interne des établissements scolaires de proposer de se déplacer d’une autre manière pour les voyages d’études», estime ainsi Pascal Dessauges.

Leur argument général est identique: sensibiliser la population aux problèmes environnementaux. L’UDC y voit «quelque chose de nécessaire, tout en sachant que ces actions auront des résultats sur le long terme. On doit commencer aujourd’hui pour que ça ait des effets sur 2030 ou 2040.»

Rebecca Ruiz parle d’innovation et d’opportunités d’investissements (dans la recherche et les start-up), de développement du chauffage à distance et de réseaux de froid: «Il y a des choses à imaginer de manière large, comme nos ancêtres ont pu se montrer très ambitieux pour l’hydraulique. Concernant les émissions liées au carburant, il faut suivre la voie entamée ces dernières années: développer massivement les transports publics.» Elle refuse d’opposer frontalement les transports publics aux véhicules privés. «Je ne dis pas qu’il faut abolir la voiture. Il faut proposer des alternatives aux automobilistes. Il faut développer les transports publics, en particulier le RER, pour qu’un maximum de lieux soient accessibles, en continuant à entretenir les routes.»

Le discours plaît à Pascal Dessauges. Comme préfet du Gros-de-Vaud, il donne l’exemple de son district. «il y a toute une série de zones où les transports publics ne sont pas développés, y compris dans ma région. Après 19h, il n’y a plus rien. On fait du stop ou on voyage à vélo. On peut prendre des mesures, mais on ne doit pas pénaliser la personne qui utilise sa voiture.»

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