Chorales contraintes de faire chœur commun

Victime de baisses d’effectifs chroniques, l’art choral se cherche entre traditions et modernisme.

Les membres de la nouvelle chorale L’Air du temps sur la scène de Morrens samedi passé.

Les membres de la nouvelle chorale L’Air du temps sur la scène de Morrens samedi passé. Image: Christian Brun

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Sacrilège! Samedi soir, sur la scène de la grande salle de Morrens, la chorale L’Air du Temps a beaucoup chanté… en anglais. «Ça m’a valu autant de félicitations que de reproches», constate, amusée, Raymonde Gyger. Mais la présidente de cette nouvelle société de chant, née de la fusion de La Clé de Sol de Bottens et de La Chanson de Morrens, assume son choix: «C’est bien le manque d’effectifs qui a contraint nos deux sociétés à se rapprocher, puis à fusionner. Alors maintenant, le but est d’attirer des jeunes. Et on essaye de le faire en intégrant des chants qu’ils connaissent.»

A l’heure d’Internet et des émissions de télé-réalité comme The Voice ou La France a un incroyable talent, l’art choral traditionnel souffre. «Plus les chœurs sont proches des traditions, plus ils ont de difficultés à compléter leurs rangs, déplore Lise Dutruy, présidente de la Société cantonale des chanteurs vaudois (SCCV). Une évolution est désormais indispensable. Car sinon, nous allons droit dans le mur.»

L’importance du répertoire

«Il y a deux difficultés, analyse Valérie Codina, ancienne présidente du chœur mixte L’Aloëttaz de Penthalaz. La première est que les gens n’ont plus envie d’entrer dans une société pour le principe et pour une durée illimitée. Il leur faut désormais un projet précis, pour lequel ils décident de consacrer un certain temps. La seconde est la question du répertoire.»

Ces deux constats sont directement liés à l’évolution de la société. «Il y a cinquante ans, les chœurs ne pouvaient compter que sur les voix de leurs membres, rappelle Lise Dutruy. Et pour tendre à l’harmonie parfaite, ces derniers consacraient une grande partie de leur temps libre.» Maintenant que tout va plus vite, la quête de perfection n’est plus une priorité. D’autant que l’apparition des orgues électroniques et autres instruments d’accompagnement permet aisément de dissimuler les petites imperfections.

La rapidité des évolutions sociétales a également créé un fossé générationnel. Du coup, en tentant des (r)évolutions pour attirer les jeunes, les chœurs prennent le risque de se couper d’une bonne partie de leurs effectifs actuels. «Beaucoup de gens sont encore très attachés au patrimoine, constate Didier Amy, président du comité d’organisation de la prochaine Fête cantonale des chanteurs vaudois. Nous l’avons encore constaté ce matin ( ndlr: samedi matin), lorsque nous avons présenté à des sociétés notre projet de renoncer à la présentation publique d’un palmarès durant la fête. Certains chanteurs tiennent visiblement encore beaucoup à l’aspect compétition.»

La grande manifestation, qui aura lieu à Echallens en mai prochain, illustre parfaitement cette quadrature du cercle. D’un côté, des chanteurs rejettent la moindre proposition d’évolution du concept au nom de la défense des traditions, et de l’autre, des sociétés se privent de participer car elles ne veulent pas se produire devant un jury. «C’est justement pour elles qu’ont été créés les concerts dits «de rencontre», où elles peuvent se produire sans être jugées», précise toutefois Didier Amy.

Alliances

Face à la difficulté de recruter de nouveaux adeptes, pour maintenir les effectifs, les «puristes» n’ont donc d’autres choix que de se rapprocher de leurs semblables. C’est ainsi que les chanteurs du groupe folklorique Lè Vegnolan de La Tour-de-Peilz se sont retrouvés intégrés aux rangs du chœur mixte Le Rosey de Penthaz. «La proposition est venue de notre directeur commun, explique la présidente boélande Mélanie Rouvé. Le fait que nous portions le costume vaudois et pas eux a un peu compliqué les choses. Mais avec le temps, nous avons réussi à leur faire exécuter une danse lors de notre fête annuelle, et nos danseurs chantent une chanson chez eux.»

Autre exemple: pour participer à la fête cantonale de mai prochain, L’Aloëttaz de Penthalaz fera chœur commun avec l’Echo du Bois Joly de Moiry. «Nous venons de débuter les répétitions ensemble, annonce Valérie Codina. Nous aurions pu y aller à quinze, mais l’effet de groupe est plus difficile à atteindre. Et quand vous n’avez que deux basses, si l’un des deux tombe malade, l’autre se retrouve bien seul.»

En attendant de trouver un jour la recette miracle pour assurer la pérennité de la tradition chorale dans le canton, Lise Dutruy voit plutôt ces solutions d’un bon œil: «Toutes sont bonnes à prendre, assure la présidente. Je préfère quand, en plus, le travail est bien fait, mais le plaisir de chanter doit primer sur tout le reste.» (24 heures)

Créé: 30.11.2016, 09h02

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