Le Tintin de l'économie a couru son 77e marathon à 77 ans

PortraitLe Morgien est un passionné de course à pied. Après avoir combattu la maladie en 2014, il a remis ses baskets avec la même énergie.

Infatigable, Etienne Oppliger vise un 78e marathon pour l'année de ses 78 ans.

Infatigable, Etienne Oppliger vise un 78e marathon pour l'année de ses 78 ans. Image: VANESSA CARDOSO

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«J’ignore le nombre de médailles que j’ai remportées. En revanche, je les ai pesées l’autre jour et il y en a pour 12 kg!» Branchez Étienne Oppliger sur la course à pied et vous serez assuré de passer un bon moment en sa compagnie. Le journaliste économique, aujourd’hui à la retraite, vient de participer à son 77e marathon à l’âge de 77 ans. «J’ai toujours été marqué par Tintin, qu’on lit de 7 à 77 ans. À mon âge, je ne lis plus Tintin, en revanche, je cours toujours!»

Le clin d’œil est plus que sympathique. Il est symbolique. Trois jours après avoir couru le Marathon de Genève en 2014, la Faculté lui annonce la présence d’une tumeur cancéreuse dans le voile du palais. Il subit alors un lourd traitement. Il s’accroche, comme les marathoniens le font à l’approche du fameux «mur du 30e kilomètre». «Durant cette période, j’étais animé d’un mélange de fatalisme et de sérénité. Je n’ai jamais paniqué, ni songé à la mort. Je me suis dit que ça prendrait le temps qu’il faudrait, mais que je m’en sortirai. J’ai trouvé en moi la force de me battre.»

Neuf mois après sa dernière chimiothérapie, le battant se lance le défi de participer à un nouveau marathon. Celui de Stockholm. «J’ai dû tout reprendre de zéro. J’ai commencé par trottiner autour de mon quartier. C’était dur. Lors de ma première sortie, j’ai été contraint de m’arrêter à une fontaine située à 50 mètres de chez moi.» Mais le Morgien tient bon. Il réussit à relever le pari un peu fou qu’il s’était fixé et parcourt les 42,195 km suédois avec sa fille Isabelle.

Certes, ses chronos ne sont plus comparables à sa meilleure marque, réalisée à Jussy en 1983, avec un temps de 3 h 13. Mais le plaisir reste intact. Même si dans sa course, la position de sa tête penche résolument vers le bitume, en raison d’arthrose dans la nuque. Qu’importe, le marathonien s’en amuse! «Désormais, j’en sais davantage sur la qualité du revêtement que sur le paysage», plaisante-t-il. L’humour fait d’ailleurs partie du personnage. «C’est ma façon d’être. Plus la situation est difficile, plus j’ai la capacité d’en rire.»

Avec Jacques Brel et Boby Lapointe

Étienne Oppliger a grandi dans une famille modeste. Son père était ouvrier. Il a notamment travaillé dans une petite fabrique de meubles et de skis avec un de ses frères. Jusqu’à l’incendie du bâtiment. Un événement qui a impressionné le jeune Étienne, alors âgé de 6 ans. «Mes parents ont toujours voulu que leurs enfants fassent des études, car ils étaient issus du milieu ouvrier. Ils n’ont par exemple jamais accepté que je pratique le foot à Forward Morges, car selon eux, ce sport était celui des écoliers de primaire, alors que moi, j’étais au collège.»

Quand je cours, ça me vide la tête. Je me mets à rêver et ça me fait un bien fou. Après 100 mètres, mes pensées partent ailleurs et je me mets à fredonner des chansons de Jacques Brel ou de Boby Lapointe

Pour la plus grande fierté de ses parents, il obtient une licence HEC à l’Université de Lausanne. Sa sagacité lui fait embrasser la carrière de journaliste. À la Gazette de Lausanne et à la Feuille d’Avis de Lausanne. S’il a signé ses premiers articles pour la rubrique locale, il rejoint très vite les pages économiques. «À la fin des années 60, cette chronique était quasi inexistante, alors que le canton de Vaud possédait déjà une richesse en termes de PME. Ses chefs d’entreprise étaient souvent remarquables et débrouillards. Le public a tout de suite adhéré et apprécié ces histoires qu’on leur racontait.»

Le chroniqueur a traversé les décennies du journalisme économique à grandes foulées. «La dégringolade du groupe Paillard, devenu par la suite Hermes Precisa, qui était un fleuron de l’industrie vaudoise fait partie des instants qui ont marqué ma carrière. Tout comme l’émergence de créateurs et de patrons venus renforcer le tissu économique, à l’instar de Daniel Borel avec Logitech.»

De nature introvertie, ce cruciverbiste amoureux de balades en montagne avoue avoir tendance à cumuler les inquiétudes. «La course à pied m’a fait du bien pour moi-même, mon travail et mon entourage. Quand je cours, ça me vide la tête. Je me mets à rêver et ça me fait un bien fou. Après 100 mètres, mes pensées partent ailleurs et je me mets à fredonner des chansons de Jacques Brel ou de Boby Lapointe. La course à pied agit sur moi comme une drogue. Si j’ai prévu de m’entraîner et qu’un événement m’empêche de le faire, cela peut me mettre de très mauvaise humeur.» Des propos confirmés par sa fille Isabelle Heirich: «Il peut facilement «charogner» quand on lui met des bâtons dans les roues. Récemment, à l’occasion du semi du Greifensee, il y avait une barrière à mi-course, ce qu’il ignorait. Comme il était hors délai, on a essayé de le stopper. Mais il est passé de force, en insultant copieusement le préposé qui voulait le retenir et en lui envoyant sa casquette à la tête. Pas rancunier, ce dernier la lui a rendue.»

Étienne Oppliger a participé à son premier marathon à 37 ans. «Mais avant, je faisais du footing avec mes amis du Ski-Club de Morges, précise-t-il. Et j’ai couru mon premier Morat-Fribourg à 28 ans.» Son temps? 1 h 13’ 59”. Depuis, il est allé courir à Pékin, New York, Berlin, Paris, Prague ou encore au Mont Saint-Michel. Il a accompagné sa deuxième fille Anne-Françoise à son premier marathon Nice-Cannes. Son prochain défi? «J’aimerais courir le Marathon de Rome, mon 78e pour mes 78 ans. J’ai fait quelques allusions à ma fille qui a couru avec moi à Lausanne pour qu’elle m’accompagne. Mais elle n’a pas réagi.» Son visage s’illumine soudain et le retraité conclut avec malice: «Mais vous pouvez compter sur moi pour tenter une nouvelle approche…»

(24 heures)

Créé: 29.11.2017, 08h06

Bio

1940
Naissance à Morges, le 8 septembre.
1964
Entrée en stage le 1er avril à la Feuille d’Avis de Lausanne. Mariage avec Suzy Desponds, le 18 juillet.
1966
Licence HEC de l’Université de Lausanne.
1967
Naissance d’Isabelle, le 1er avril. Elle sera suivie d’Anne-Françoise, le 5 avril 1970, et de Sophie, le 19 septembre 1973.
1971
Après un intermède de deux ans à la Gazette de Lausanne, retour le 1er février à la tête de la chronique économique de la Feuille d’Avis de Lausanne.
1977
Premier marathon à Neuf-Brisach (Alsace).
2001
Participe au Marathon de New York, moins de deux mois après les attentats du 11 septembre.
2014
Une biopsie lui apprend le 7 mai, trois jours après avoir couru le Marathon de Genève, la présence d’une tumeur cancéreuse dans le voile du palais.
2015
Termine le Marathon de Stockholm, le 30 mai, neuf mois après la fin de sa thérapie.
2017
Court son 77e marathon à Lausanne, l’année de ses 77 ans.

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