Le CHUV audite un service entier sur fond de mobbing

Conditions de travailLe service d’anesthésiologie a été passé au radar. Suite à des plaintes de maltraitance, une enquête visera deux médecins cadres.

Image: Vanessa Cardoso

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Le CHUV a mal à ses conditions de travail. Il y a quelques jours, «24 heures» se faisait l’écho de soignants sous pression dans plusieurs services de l’Hôpital cantonal. Lundi, un abcès a été crevé. Le CHUV a présenté devant des dizaines de collaborateurs les résultats d’un audit interne visant l’entier du service d’anesthésiologie. Un service important puisqu’il compte 230 personnes.

Collaborateurs molestés

Interrogé suite à cette séance, le directeur des ressources humaines, Antonio Racciatti, évoque une équipe déstabilisée par les difficultés de management et l’absentéisme, avec pour conséquence des cas d’épuisement professionnel et de burn-out. Mais ce n’est pas tout: «Il y a eu des plaintes pour maltraitances. Plus d’une personne dit avoir été molestée.» L’alerte a été donnée ce printemps par deux collectifs formés de chefs de clinique et de médecins assistants. Les doléances ont été relayées par le chef de service lui-même, précise le responsable RH. C’est ce dernier qui a conduit l’audit, interrogeant 89 collaborateurs en trois mois.

«Il y a eu des plaintes pour maltraitances. Plus d’une personne dit avoir été molestée»

Ce n’est pas la première fois que le service d’anesthésiologie défraie la chronique pour de mauvaises raisons. En début d’année, un manuel d’anesthésie était épinglé pour ses illustrations sexistes. Son auteur, un médecin associé, avait présenté des excuses. «Il n’y a aucun lien entre ces deux affaires», tranche Antonio Racciatti, qui précise en outre que l’audit n’a révélé ni comportements sexistes ni harcèlement sexuel.

En revanche, deux cas possibles de mobbing, mettant en cause deux médecins cadres, ont été dénoncés par les ressources humaines. «On parle de comportements plus qu’autoritaires, de propos dénigrants et de gens qui crient au lieu de s’exprimer normalement.» Une enquête doit être confiée au groupe Impact, une instance indépendante qui intervient auprès d’employés des services publics. «Les personnes incriminées auront l’occasion de se défendre», relève Antonio Racciatti, précisant que si les deux médecins cadres risquent leur place, ils ne font l’objet d’aucune mesure pour l’instant.

Gestion épinglée

Le malaise qui touche le service d’anesthésiologie est toutefois plus profond. «Certains processus ne sont pas optimaux», relève Antonio Racciatti qui évoque même «des pratiques managériales en porte-à-faux avec les principes du CHUV». La gestion du chef de service est épinglée: «De par sa position, il doit assumer la responsabilité de la situation, de même que ses médecins cadres. Nous avons relevé une difficulté à anticiper des décisions», pose Antonio Racciatti, non sans relever que le service a par ailleurs fait face à un manque d’anesthésistes sur le marché et à l’augmentation du nombre de patients. «La sécurité n’a jamais été remise en question», insiste-t-il toutefois. «Nous saluons la démarche de M. Racciatti. Cet audit et l’écoute accordée aux collaborateurs étaient importants», déclare à ce stade Véronique Schober, présidente de la Commission du personnel. Selon elle, la question des cas de mobbing reste néanmoins très délicate: «Il existe une certaine méfiance par rapport à la conduite de l’enquête par le groupe Impact.» Elle indique par ailleurs que des allégations de sexisme lui sont bien parvenues. «Les personnes concernées nous ont demandé conseil, même si elles ne nous ont pas mandatés jusqu’ici.»

Lors de la séance de lundi, Antonio Racciatti n’a pas fait que poser un diagnostic. 87 mesures ont été proposées. Il s’agira, entre autres, de rendre la planification des médecins plus efficace et de les libérer de certaines tâches administratives. Le responsable concède aussi qu’il pourrait demander des renforts en personnel, tout en restant très prudent sur ce point. En effet, les mesures qu’il propose doivent encore être validées par la direction du CHUV. Véronique Schober se montre, elle, réservée: «Les mesures annoncées sont très positives. La question est de savoir ce qui pourra être validé en fonction du budget à disposition.»

Créé: 17.10.2018, 07h00

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