Un CHUV transformé par la droite inquiète les professionnels de l’hôpital

SantéLe parlement dira si l’hôpital doit être confié aux bons soins d’un conseil d’administration. En commission, c’est oui à une voix près

Aujourd’hui le CHUV est un service de l’administration cantonale. La droite veut en faire un établissement autonome de droit public pour l’éloigner du Conseil d’Etat.

Aujourd’hui le CHUV est un service de l’administration cantonale. La droite veut en faire un établissement autonome de droit public pour l’éloigner du Conseil d’Etat. Image: PATRICK MARTIN

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Couper le cordon entre le Conseil d’État et le CHUV en y ajoutant un conseil d’administration? C’est non pour une majorité du personnel hospitalier. Infirmières et syndicats s’y opposent, idem pour les patients. Les médecins assistants et les chefs de clinique sont plus que sceptiques. Cela ressort de deux rapports publiés par une commission du Grand Conseil. Ce que les intéressés ont confirmé à «24 heures» (lire ci-dessous).

En effet, le parlement cantonal doit bientôt se prononcer sur l’initiative du Parti libéral-radical (PLR) pour faire du CHUV un établissement autonome de droit public. La commission soutient l’idée par 9 voix (PLR, UDC et Vert’libéraux) contre 8 (socialistes, Verts, extrême gauche et centriste). Une position partagée par le Conseil d’État et la direction du CHUV.

Soutenue par les cliniques privées et la Société vaudoise de médecine (lire ci-dessous), la droite ne dit pas que le CHUV dysfonctionne. «Mais le conseiller d’État chargé de la Santé ne doit plus être juge et partie, estime Florence Gross (PLR), rapportrice de la majorité de la commission. Il est en même temps à la tête du CHUV et il établit la planification hospitalière cantonale, qui impacte aussi les établissements régionaux et privés. Il faut séparer le pouvoir politique et le pouvoir organisationnel du CHUV.»

Jérôme Christen (Vaud Libre) est le rapporteur de la minorité de la commission. «Il est juste que le Conseil d’État ait le contrôle de la situation et privilégie l’intérêt public, explique-t-il. Quand on regarde les autres hôpitaux cantonaux, il n’y a pas d’avantage clair à créer un conseil d’administration. Le risque est la privatisation des bénéfices et l’étatisation des pertes, si le CHUV change d’orientation et que les cliniques privées prennent les patients rentables.»

Référendum de la gauche

En coulisses, on s’attend à ce que le Conseil d’État prépare un contre-projet. Mais rien ne filtre encore du côté du gouvernement. La gauche, elle, fourbit ses armes, comme le confirme la présidente du PS, Jessica Jaccoud. «Notre congrès a voté une résolution en janvier pour mener tous les combats nécessaires contre cette initiative. Cela peut aller jusqu’au référendum.»

Les cliniques

Pierre-Frédéric Guex, Association Vaud Cliniques
«Le CHUV est un bijou. Il n’est pas question de le privatiser. Ça n’aurait aucun sens pour un hôpital universitaire de recherche et d’enseignement. Mais si on le compare au groupe Hirslanden (avec un chiffre d’affaires de 1,7 milliard de francs), peut-on imaginer diriger un tel groupe sans conseil d’administration, avec un directeur général décidant tout? C’est une question de bon sens. Tous les autres hôpitaux universitaires ont ce modèle. Le problème vient aussi du fait que le conseiller d’État de la Santé porte plusieurs casquettes: par exemple, il est le patron et le propriétaire du CHUV, il définit la planification hospitalière cantonale, il discute les tarifs avec les caisses maladie, il tranche en cas de litiges et il décide de l’acquisition des gros équipements.»

Les médecins

Philippe Eggimann, Société vaudoise de médecine
«Le CHUV est un outil extraordinaire, comparable à des institutions de certaines capitales européennes. Mais il faut vivre avec son temps. Pour garantir que cette magnifique institution continue à s’adapter à l’évolution rapide du monde de la santé, elle a besoin d’une gouvernance comparable aux institutions avec lesquelles elle est, en quelque sorte, en compétition. Un conseil d’administration sans politiques, avec des professionnels, permet de discuter les stratégies plus en profondeur. La prospérité économique de notre canton et l’alchimie exceptionnelle entre Pierre-Yves Maillard et le directeur général du CHUV, Pierre-François Leyvraz, sont des éléments qui ont permis le développement du CHUV. Il n’y a pas de garantie que cela se retrouve toujours.»

Les médecins assistants

Agathe Évain, Section vaudoise de l’Association suisse des médecins assistants
«Nous ne nous positionnons pas, car le problème de fond n’est pas le mode de gouvernance. Mais nous posons plusieurs questions. Pourquoi changer maintenant? Quelle amélioration dans un hôpital qui fonctionne bien? Quelles conséquences sur les médecins en formation? L’argument économique et celui d’une stratégie définie par un organe indépendant nous inquiètent. Nous craignons un impact sur les conditions de travail, comme l’adaptation de l’activité aux horaires fixes, mise en place au CHUV et dans d’autres hôpitaux sous l’impulsion de Pierre-Yves Maillard. Nous craignons que les priorités du CHUV changent au détriment de celles de la Santé publique, comme la prévention, peu rentable à court terme.»

Les infirmières

Carmen Catalioto-Cuche, Section vaudoise de l’Association suisse des infirmiers
«Nous avons une relation privilégiée avec la direction générale du CHUV et le conseiller d’État. Nous les rencontrons plusieurs fois par an pour discuter des problèmes relayés par nos membres. Cela permet une réactivité très importante, ainsi qu’un gain de temps, d’énergie et d’argent. Cette réactivité est indispensable à un hôpital d’une telle envergure. Rajouter une couche bureaucratique entraînera une certaine lourdeur administrative. Par ailleurs, l’initiative ne prévoit aucun représentant infirmier dans le conseil d’administration du CHUV. Pourtant 37% des employés relèvent du personnel infirmier. Cela montre une méconnaissance de notre profession. Nous nous inquiétons pour nos conditions de travail.»

Le personnel

David Gygax, Syndicat des services publics
«L’objectif principal de l’initiative, derrière laquelle les cliniques privées sont actives, est de démanteler le CHUV, d’affaiblir ce concurrent qui prend trop de place. Les buts sont d’y réduire les prestations d’intérêt public, de transférer les interventions rentables aux cliniques et de laisser à l’hôpital public le reste, avec une patientèle qui n’a pas beaucoup de moyens. La façade est de dire que ce conseil d’administration ne toucherait pas à la loi sur le personnel. Le PLR met en avant l’argument d’économie. Pour y arriver, un conseil d’administration devrait tailler dans le personnel, qui représente 70% des charges. Nous défendons l’accès à des soins de qualité pour toutes et tous. Aucun des problèmes du CHUV ne serait résolu par cette initiative.»

Les patients

Simon Zurich, Section romande de la Fédération suisse des patients
«L’initiative accélérerait le transfert des patients financièrement intéressants vers les établissements privés. Les patients multimorbides ou très âgés resteront à l’hôpital public. Cela conduira à une augmentation des coûts pour le CHUV et à une perte d’attractivité pour les patients en général. Il n’y a aucun indice pour définir qui, entre un hôpital étatisé ou un hôpital avec un conseil d’administration, garantit les meilleurs soins. Nous craignons une dégradation des conditions de travail, avec davantage de pression sur les employés et un impact sur les soins. L’initiative n’apporte aucune réponse aux problèmes du système de santé (coordination des soins, vieillissement de la population, maladies chroniques, etc.).»

Créé: 11.06.2019, 13h41

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