Cigale ou fourmi: les défis d'une société vieillissante

SantéLe nombre des plus de 80 ans explosera ces vingt prochaines années. Qui paiera la facture des soins de dépendance? Débat.

Comment financer les soins des personnes âgées de demain? Un débat a opposé deux visions, vendredi à Lausanne. Celle de Jérôme Cosandey d'Avenir Suisse et celle du conseiller d'Etat socialiste Pierre-Yves Maillard.

Comment financer les soins des personnes âgées de demain? Un débat a opposé deux visions, vendredi à Lausanne. Celle de Jérôme Cosandey d'Avenir Suisse et celle du conseiller d'Etat socialiste Pierre-Yves Maillard. Image: PIERRE ABENSUR

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Comment garantir une fin de vie digne à tous les Vaudois dans une société vieillissante? A l’invitation de Retraites Populaires, un forum sur ce thème a réuni vendredi à l’ECAL un public d’experts en prévoyance professionnelle et en assurances sociales. Il a été regretté que ce sujet ait été totalement occulté durant la récente campagne des élections fédérales.

A première vue, la matière est aussi aride que les enjeux sont méconnus. Derrière la forêt de statistiques démographiques, il y a une réalité crue que personne n’aime aborder: le nombre des plus de 80 ans, qui nécessiteront des soins de dépendance accrus vers la fin de la vie, va exploser. Qui paiera la facture, promise à augmenter fortement?

La discussion animée entre quatre intervenants a livré des pistes. Si gouverner c’est prévoir, il serait judicieux de décider aujourd’hui où placer le curseur entre un effort individuel et une solidarité collective. Le consensus sera difficile à forger. «C’est une question de répartition de la richesse», a souligné le président du Conseil d’Etat, Pierre-Yves Maillard. Selon la voie choisie, le degré de solidarité varie.

«Il faut soulager l’Etat qui paie trop pour ceux qui n’ont pas été prévoyants quand ils en avaient les moyens»
Jérôme Cosandey Avenir Suisse, think tank libéral

Pour le think tank libéral Avenir Suisse, Jérôme Cosandey propose un modèle misant sur une épargne individuelle obligatoire. Dès 55 ans, chacun constituerait un capital destiné à garantir la couverture de ses soins de dépendance au 4e âge.

Si le capital n’est pas utilisé, il revient aux proches de la famille au décès de l’épargnant. Le chercheur chiffre l’effort mensuel individuel à 285 francs. Mais une diminution substantielle de la prime maladie est prévisible dès lors qu’une partie des coûts LAMal (assurance pour les soins obligatoires) seraient couverts par «l’épargne-soins». L’objectif, dit Jérôme Cosandey, est de «soulager l’Etat, contraint de trop payer pour ceux qui n’ont pas été prévoyants alors qu’ils en avaient les moyens».

«N’assommons pas la classe moyenne! Les solutions fines devront tenir compte de la fortune disponible»
Pierre-Yves Maillard Président du Conseil d’Etat, socialiste

Pierre-Yves Maillard exprime ses doutes. Le montant réaliste par rapport aux besoins serait plutôt de 400 francs par mois, ce qui lui semble insupportable pour trop de gens; l’Etat devrait subsidier les personnes modestes, comme pour les primes maladie. Autant miser sur l’impôt, progressif, qui répartit mieux l’effort selon les moyens.

Le socialiste lance l’idée d’un impôt sur les successions affecté à la couverture des soins de dépendance. Il met en garde contre des modèles qui assomment la classe moyenne, celles et ceux qui échappent aux subsides de l’Etat mais paient plein pot pour tous. Un effort équitable devrait tenir compte de la fortune disponible.

Derrière ces arbitrages, une question morale se pose. Le citoyen a-t-il intérêt à épargner pour faire face à ses tardifs besoins de santé ou peut-il tabler sur le filet tendu par l’Etat quand il n’aura plus de ressources? Un embryon de consensus se dégage sur le fait que certains incitatifs négatifs méritent d’être corrigés.

Créé: 06.11.2015, 22h10

La facture du 4e âge

En 2030, le nombre des plus de 80 ans aura augmenté de 75% dans le canton. Dans cette population, la part de ceux qui recourent, un jour, aux soins de dépendance est stable et devrait le rester. Sept résidents sur dix en EMS ont besoin de l’aide de l’Etat pour payer leur séjour.

La «part résidents» des frais de séjour en EMS se monte à 251 millions par an, dont 157 millions payés par les régimes sociaux. Pour les soins à domicile, les régimes sociaux interviennent pour un résident sur quatre. La dépense à la charge des pouvoirs publics est de 158 millions. Les usagers paient 24 millions avec leurs ressources propres.

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