Cinq ans après, les discrètes retombées de l’inscription Lavaux-Unesco

Patrimoine mondialAprès son inscription au Patrimoine mondial, le site n’a gagné que peu de visibilité. Un travail de fond est en cours

Emmanuel Estoppey vient d’installer son bureau dans le vignoble. Un atout pour travailler en étroite collaboration avec les acteurs économiques et les habitants de Lavaux.

Emmanuel Estoppey vient d’installer son bureau dans le vignoble. Un atout pour travailler en étroite collaboration avec les acteurs économiques et les habitants de Lavaux. Image: GÉRALD BOSSHARD

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Les vignerons sont unanimes: «L’inscription à l’Unesco n’a rien changé!» Passé ce premier constat, on nuance. «Il y a beaucoup plus de monde qui se promène, témoigne Mélanie Weber, vigneronne à Cully. Je craignais un peu que cela provoque des dégâts dans les vignes, mais j’avoue que ces randonneurs sont très respectueux du lieu.»

Et qui sont ces randonneurs qui sillonnent le vignoble? Des promeneurs sac au dos, surtout, romands ou alémaniques. Mais aussi un afflux considérable de touristes étrangers. A Chexbres, entre cinq et huit cars de Japonais s’arrêtent quotidiennement sur la place de la Gare durant l’été depuis quelques années, témoigne Natascha Morel, responsable d’un des trois Points «i» du périmètre inscrit.

Du côté des deux petits trains touristiques du lieu, on confirme: la clientèle est de plus en plus internationale. Depuis deux ans, elle vient même de Chine, d’Inde, du Japon et de Russie.

Partager des valeurs
Alors que le monde entier se promène dans les vignes de Lavaux depuis son inscription à l’Unesco, on continue pourtant d’entendre que rien n’est fait pour profiter de cet afflux. Et on montre du doigt son gestionnaire, dont on se demande bien à quoi il sert.

Pas de quoi déstabiliser Emmanuel Estoppey, au chevet du vignoble inscrit depuis 2009. Evénement symbolique: il vient de quitter les locaux de Montreux-Vevey Tourisme pour installer son bureau à Chexbres, sous l’administration communale. «Il y a un gros travail à faire avec la population et les autorités pour faire comprendre que la finalité d’un site inscrit n’est pas d’être une pompe à touristes, explique-t-il. Le tourisme doit rester un outil parmi d’autres pour partager les valeurs universelles pour lesquelles Lavaux est reconnu.»

Pour cela, le gestionnaire travaille d’arrache-pied, en collaboration notamment avec l’Université de Lausanne, sur plusieurs documents et projets à l’attention des écoles et des promeneurs pour valoriser ce patrimoine viticole. En lien étroit avec les gestionnaires d’autres sites inscrits en Suisse et ailleurs, Emmanuel Estoppey témoigne: «Partout, une désillusion de la population suit directement l’inscription.»

En effet, les vignerons ne savent pas vraiment quoi faire de cet afflux de ces promeneurs journaliers, qui certes consomment dans les restaurants mais n’achètent que très peu de bouteilles dans leurs caves. «Encore faudrait-il qu’elles soient ouvertes! lâche Pierre Keller, président de l’Office des vins vaudois et résidant de Saint-Saphorin. On a un cadeau dans les mains, mais on l’exploite mal. Même s’il est interdit de l’écrire sur l’étiquette, il est permis de communiquer sur le fait que ce produit a été fait sur un site inscrit à l’Unesco!» Certains l’ont bien compris, notamment dans l’hôtellerie et la parahôtellerie, qui n’hésitent pas à inviter leurs clients à un séjour «au cœur du patrimoine».

Nicolas Pittet, vigneron à Savuit, était défavorable à cette inscription, «parce que je n’aime pas les musées, avoue-t-il. J’entendais dire: «Si on est à l’Unesco, le vin est vendu!» Mais veut-on vraiment que le vignoble devienne une Piste Vita? Pour moi, le vin n’est pas un produit, c’est comme un livre. Nous devons nous mettre ensemble pour valoriser ce qu’on fait, sans attendre quoi que ce soit de cette inscription.»

Le gestionnaire du site n’a en effet pas le mandat de faire la promotion des vins de Lavaux. Bien que… «Si les vignerons ferment les uns après les autres, cela met en péril l’inscription comme bien culturel vivant, souligne Emmanuel Estoppey. Nous nous devons de favoriser l’œnotourisme, en donnant des idées, des impulsions aux acteurs locaux.» Dont acte.

Le portail mis en ligne il y a deux semaines en collaboration avec la Communauté de la vigne et du vin à Lavaux (CVVL) permet au vigneron d’indiquer si sa cave est ouverte ou non. Et aussi discrètes soient-elles et sans lien avec la gestion du site, des initiatives commencent à poindre ici et là, promesses d’une vendange dont les acteurs pourront, un jour, récolter les fruits.


«Il faut dix ans pour voir des résultats»

La région Jungfrau-Aletsch, à cheval sur 25 communes de Berne et du Valais, est inscrite comme bien naturel au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2001. Beat Ruppen, gestionnaire du site depuis 2003, raconte le long processus pour le faire rayonner.

Combien de temps a pris la mise en place de programmes autour de l’inscription du site?
- Les premiers rapports et résultats clairs datent de 2011. Et c’est la même chose pour tous les sites inscrits, qui annoncent avoir mis entre sept et dix ans au minimum pour rendre concrètement visible l’inscription de leur site.

La population vous a-t-elle demandé des comptes?
- Au début, les gens étaient très critiques, ils disaient: «On ne voit rien!» Ils voulaient des résultats, et tout de suite. Grâce à des forums participatifs, où les savoirs locaux étaient valorisés, la population s’est petit à petit sentie concernée, et a commencé à se demander ce qu’elle pouvait faire pour le site, plutôt que ce que le site pouvait faire pour elle.

Qu’avez-vous entrepris pour valoriser ce patrimoine?
Nous avons créé des moyens pédagogiques, car un des objectifs de l’inscription est la formation et la sensibilisation aux valeurs universelles du patrimoine. Avec la collaboration de chercheurs d’une part et de la population d’autre part, nous avons mis au point une plate-forme internet qui permet d’organiser ses randonnées depuis chez soi, selon ses centres d’intérêt (glaciologie, faune, culture, etc.). Ces guides thématiques sont aussi disponibles en quatre langues dans les Points «i» installés dans chaque village du périmètre.

Quelle est la plus grande demande des visiteurs?
L’Unesco attire un nouveau public cible qui veut approfondir ses connaissances. Elle permet de développer un tourisme à valeur ajoutée et durable.

www.myswissalps.ch Link (24 heures)

Créé: 09.04.2012, 22h55

Ce qui est fait, ce qui est à faire

Projets aboutis: charte signalétique; guides du patrimoine; portail vignerons-lavaux.ch; page Facebook et site lavaux-unesco.ch; brochure touristique sur l’inscription éditée par Montreux-Vevey Tourisme.

Projets en cours: guide architectural à l’attention des communes lors de mises à l’enquête (fin 2012); route «du glacier au vin», en collaboration avec le site Jungfrau-Aletsch (2012-13); QR code sur les caves, qui permet de voir sur un smartphone quelle cave est ouverte; guides interactifs sur quinze thèmes, avec une approche scientifique et un reflet du patrimoine oral;

Centre d’interprétation Lavaux Patrimoine mondial au Clos des Moines, en plein Dézaley, en lien avec la création d’un sentier pédestre et cyclable arborisé sur la route cantonale entre Epesses et Rivaz; route du cœur: itinéraire à vélo électrique; dans le cadre de ViTour (conférence mondiale des vignobles inscrits), mise au point d’un guide des bonnes pratiques viticoles à l’attention des dix vignobles inscrits et des autres…

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