Ces clubs de plaine qui font les skieurs de demain

Sociétés localesCertains petits ski-clubs emmènent les enfants à la neige le mercredi après-midi. Pour former la relève, mais aussi pour le plaisir.

Kevin Goy (à dr.) est maître de sport. Il consacre ses mercredis après-midis aux enfants de Vallorbe, auxquels il apprend à skier à Piquemiette, près de Métabief (F).

Kevin Goy (à dr.) est maître de sport. Il consacre ses mercredis après-midis aux enfants de Vallorbe, auxquels il apprend à skier à Piquemiette, près de Métabief (F). Image: Patrick Martin

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Lorsqu’on déguste un verre de Calamin sur une terrasse d’Epesses, on se sent bien loin des pistes de ski. Pourtant, le village de Lavaux a un ski-club depuis de nombreuses années. Durant l’ hiver, la société locale organise des sorties avec sa centaine de membres. Et, cinq mercredis entre janvier et mars, elle accompagne une quinzaine d’enfants de la région sur les lattes.

L’initiative n’est pas isolée. «Environ 50% des clubs offrent des sorties régulières, le mercredi ou le week-end, aux jeunes», estime Frédéric Koehn, président de Ski Romand, qui rassemble quelque 80 ski-clubs vaudois, genevois et fribourgeois. Il voit cela comme une complémentarité avec les écoles de ski. «C’est très positif. Les ski-clubs n’ont pas tous une cellule compétition, auquel cas ils sont tout à fait dans leur rôle de transmettre la passion des sports de neige.»

Des bonnes volontés

Mais tout cela repose souvent sur «quelques bonnes volontés», ajoute le président. Alors qu’est-ce qui motive ces moniteurs du mercredi? «C’est plutôt un privilège de monter au soleil faire skier les enfants», témoigne Frédéric Dubois, responsable des sorties du mercredi au Ski-club d’Epesses. L’habitant de Puidoux a pris cette responsabilité alors que ses enfants participaient à ces sorties. Aujourd’hui ils ont grandi et ne viennent plus. Mais le plaisir est toujours là.

Kevin Goy encadre, lui, les mercredis du Ski-club de Vallorbe. Située à dix minutes de la première station française – Les Tavins, près de Métabief –, la localité se prête plus facilement aux sports de glisse. Une «vraie demande» et un «engouement des parents» suffisent pour que ce maître de sport consacre son après-midi de congé aux enfants du ski-club. «Nous emmenons entre 20 et 35 enfants tous les mercredis si l’enneigement le permet», explique le responsable. L’activité est, sur le papier, réservée aux 6 à 16 ans. «Mais nous acceptons tout le monde. La saison passée, nous avons appris les bases à une fillette de 3 ans, dont les parents ne skient pas, et maintenant elle revient et nous la voyons progresser!»

Moins de camps scolaires

Cette ouverture à tous est à mettre en lien avec le fait que «de moins en moins de gens skient», selon Kevin Goy. C’est aussi pour cela que certaines stations de basse altitude, comme Les Paccots ou Les Tavins, proposent des tarifs imbattables (10 euros l’après-midi aux Tavins) aux clubs sportifs. Qui, du coup, peuvent offrir ces après-midi pour des sommes dérisoires. Frédéric Koehn réfute ce constat: «Nous n’avons pas de chiffres, et on voit énormément de jeunes sur les pistes!» Difficile aussi de savoir qui serait responsable d’une éventuelle désertion des stations. «Le premier étage de la fusée, ce sont les camps de ski d’école qui diminuent, et touchent ainsi les familles qui ne skient pas», avance le président de Ski Romand.

Selon lui, c’est la lourdeur d’une telle organisation qui décourage les enseignants et les établissements. La Confédération a d’ailleurs mis sur pied, en collaboration avec des acteurs privés du tourisme et des sports de neige, un programme – Go Snow – qui propose des camps de ski «clés en main» pour redynamiser la pratique du ski chez les jeunes. Pour Frédéric Koehn, la solution viendrait de la création d’un lien naturel entre mouvement sportif et écoles.

A Puidoux, justement, ce lien existe: c’est le ski-club qui s’occupe de faire skier les enfants du primaire de Puidoux, de Chexbres, de Rivaz et de Saint-Saphorin, dans le cadre d’après-midi de sport facultatifs. Quinze groupes (120 enfants entre 6 et 10 ans) sont accompagnés quatre ou cinq mercredis aux Paccots par des membres du ski-club et deux enseignants. Pour la moitié, des non-skieurs, dont ce n’est pas la culture de chausser les lattes. Les moniteurs bénévoles se mettent aussi à disposition pour régler le matériel d’occasion loué à prix préférentiel par l’école. Les quelque 1500 francs versés par l’école pour ce service permettent de renflouer les caisses du ski-club.

Outil de recrutement?

La méthode servirait-elle à recruter de nouveaux membres et à rajeunir les rangs du club? «Quelques enfants rejoignent le club, mais très peu», témoigne le président, Yann Gilliéron. Le constat est partagé par ses homologues d’Epesses et de Vallorbe. Le but est donc à chercher ailleurs: «Nous le faisons pour les enfants, mais avant tout pour le village, explique Yann Gilliéron. Le ski-club, c’est comme n’importe quelle société locale: avant tout un état d’esprit.»

Rencontrés aux Tavins un mercredi après-midi, Arthur, Timéa et Océane, 7 ans, confirment entre deux virages en chasse-neige: ils se réjouissent de chaque mercredi. Pour skier? Oui, mais surtout «avec les copains». (24 heures)

Créé: 15.02.2017, 12h07

Moniteurs amateurs ou professionnels

Bon nombre de moniteurs de ski-clubs s’improvisent profs de ski et n’ont jamais suivi de formation de moniteur. Un problème? «C’est clair que c’est mieux d’être formé pour apprendre correctement, répond Frédéric Koehn, président de Ski Romand. Moniteur, c’est un métier.»

Une formation Jeunesse+Sport des moniteurs apporte aussi des subventions pour les activités du club (par exemple, 7 fr. 60 par jour et par enfant pour un camp de ski). Pour autant, il n’est pas obligatoire d’être formé Jeunesse+Sport pour accompagner de telles sorties, explique Angela Meschenmoser, de l’Office fédéral du sport (OFSPO). «Nous ne donnons pas des cours de ski, nous faisons skier les enfants», distingue Frédéric Dubois, du Ski-Club d’Epesses.

La différence est bien comprise par l’OFSPO, pour qui «ces après-midi de plein air, soit des offres à bas seuil, peuvent être le premier pas vers une activité régulière et ont donc une importance au sein de l’activité physique des enfants.»

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