Colère au bloc: quand les chirurgiens s'agacent

EtudeDes chercheurs ont analysé la source des tensions en salle d'opération.

La plupart du temps, c’est une mauvaise coordination de l’équipe qui génère agacements et paroles déplacées.

La plupart du temps, c’est une mauvaise coordination de l’équipe qui génère agacements et paroles déplacées. Image: Manuel Perrin

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Quels sont les facteurs déclenchant des frictions au sein des équipes chirurgicales pendant les opérations? C’est ce qu’ont voulu savoir des chercheurs en analysant le déroulement de 137 interventions à l’Hôpital de l’Île à Berne et au CHUV. Leur étude, soutenue par le Fonds national suisse de la recherche scientifique, a été publiée en décembre dans la revue «PLOS One».

Des moments de tensions ont été observés dans la moitié des cas, se manifestant par «de la colère ou de l’agacement, dans les paroles ou dans le ton employé», rapporte l’équipe de chercheurs issus des universités de Berne et Neuchâtel et de l’Hôpital de l’Île. Le mécontentement émanait surtout du chirurgien en charge et visait d’autres chirurgiens moins expérimentés ou l’instrumentiste.

Rien de personnel

Première raison? Le manque de coordination des professionnels, entraînant une frustration quant au déroulement imparfait d’une opération. «Ce ne sont pas des divergences sur la manière d’opérer, la présence d’une personnalité peu commode ou des différends interpersonnels qui génèrent des tensions, mais bien des impressions d’entrave au bon déroulement de l’opération», relèvent les chercheurs.

Exemples typiques: un assistant qui masque la vision du chirurgien ou des instruments transmis de façon inadéquate. Le professeur Nicolas Demartines, cosignataire de l’étude et chef du Département de chirurgie du CHUV, connaît bien ce genre de situations. «Si j’ai besoin d’un instrument particulier, que je le demande, qu’il n’est pas prêt et qu’il faut aller le chercher, c’est énervant, car cela me brise dans mon élan.» «La majorité des épisodes de tensions observés étaient complètement anodins, précise-t-il. Il s’agit de signes de contrariété, parce que quelque chose ne se déroulait pas comme prévu. Il y a très peu de choses graves.» On est loin des insultes qui fusent, des crises de colère et des attaques d’ordre personnel.

«L’ambiance est bien meilleure qu’il y a trente ou quarante ans. La mentalité du chirurgien cowboy a complètement disparu»

Le chirurgien vaudois observe que l’ambiance s’est passablement décontractée au bloc depuis ses débuts dans le métier. «Elle est bien meilleure qu’il y a trente ou quarante ans. La mentalité du chirurgien cowboy, rouleur de mécanique, a complètement disparu. Les incidents sont rares. Je dirais que 80% des chirurgiens, aujourd’hui, sont très courtois. Il reste encore des demi-fous, bien sûr, mais les écarts de langage ne sont plus tolérés. Insulter un membre de l’équipe ou lui dire «tu es nul», c’est inacceptable.» «La dernière fois que je me suis énervé, c’était l’année dernière, raconte-t-il. Après six heures d’une opération difficile, l’instrument permettant de vérifier son résultat ne fonctionnait pas. Il n’avait pas été testé.»

L’étude relève que les tensions observées sont temporaires. Les divergences «sont résolues globalement très calmement et professionnellement», indique Sandra Keller, première auteure de l’étude. Et l’ambiance de travail au bloc n’a pas d’incidence, côté patient, sur le taux de complications. «La situation n’est pas du tout alarmante, mais le sujet mérite que l’on s’y intéresse», conclut Nicolas Demartines.

Mieux gérer le stress

Le professeur milite pour une meilleure préparation des opérations et une standardisation généralisée de leur déroulement afin d’éviter de potentiels agacements. «Si tout le monde sait ce qu’il va faire, quand et avec quel instrument, le déroulement est plus prévisible et la marge d’erreur plus petite. Il faut aussi apprendre aux chirurgiens à gérer leur stress. Il y a des progrès à faire de ce côté-là, je pense.»

«Des stratégies alternatives d’expression du mécontentement ou de régulation des émotions doivent être mises en place et entraînées, abonde Sandra Keller. Et cela dans le but d’entretenir une culture respectueuse de chaque membre de l’équipe chirurgicale.»

Créé: 15.02.2020, 08h47

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