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Collectez des fourmis, vous aiderez la science

Un recensement inédit et participatif contribuera à inventorier la centaine d’espèces de formicidés présentes aux quatre coins du canton.

On estime à une petite centaine le nombre d'espèces de fourmis qui gambadent aux quatre coins du canton de Vaud.
On estime à une petite centaine le nombre d'espèces de fourmis qui gambadent aux quatre coins du canton de Vaud.
@ Bart Zijlstra

Faire avancer la recherche et les connaissances sur les fourmis… à pas de géant. C’est ce que proposent des scientifiques et passionnés réunis autour d’un vaste et inédit projet de recensement des colonies de formicidés du canton de Vaud. Une première.

«Projet mûrement et longuement réfléchi depuis environ un an», déclare Aline Dépraz, sa coordinatrice, l’«Opération Fourmis» va déployer ses ailes à la fin du mois. Ses résultats seront connus dans quelques mois. Selon le myrmécologue du Département d’écologie et évolution (DEE) de l’Université de Lausanne (UNIL) Laurent Keller, «on estime qu’il y a une petite centaine d’espèces sur Vaud et 140 en Suisse. 14'000 sont connues dans le monde, mais il est probable qu’il y en ait près du double».

Le concept s’accompagne d’une démarche participative, phénomène qui n’est pas nouveau, mais essentiel ici. L’idée est d’impliquer de nombreux passionnés de la nature - curieux comme béotiens - dans la recherche d’espèces et récolte d’individus, que ce soit dans les prairies ou jardins privatifs, au bord du Léman ou sur les pentes des Préalpes, sur les parkings ou lisières de forêts.

«Cette aide va considérablement nous faire avancer et surtout nous aider à couvrir tous les territoires, y compris jardins et cuisines auxquels nous n’avons évidemment pas accès», renchérit Aline Dépraz, biologiste de profession et chargée de projets à l’UNIL.

Formation et kits gratuits

Informations et formation à la récolte des fourmis seront données le samedi 27 avril de 14h à 17h au Jardin botanique de Lausanne. «Ça s’adresse en effet à tout le monde, on ne demande pas de compétence technique particulière», poursuit la scientifique. Des ateliers sont prévus avec la première chasse in situ.

Des kits gratuits – 3000 ont été préparés – seront distribués. Ils contiennent notamment 8 tubes avec alcool, une fiche sur laquelle remplir adresse et coordonnées géographiques de la collecte, etc. Avec encore tous les renseignements pour l’envoi des échantillons. Un site web est dédié.

«En parallèle, des entomologistes spécialisés aidés par des assistants de terrain formés vont procéder à un inventaire planifié sur la base d’un protocole standardisé», ajoute Tanja Schwander, une des instigatrices du projet et professeure associée au DEE.

Autour de Forel

L’idée de ce grand inventaire vaudois a germé dans la fourmilière foisonnante de la Société vaudoise de Sciences naturelles (SVSN), laquelle célèbre en 2019 ses 200 ans d’existence.

Pour marquer le coup, son président Vincent Sonnay et sa vice-présidente Aline Dépraz voulaient monter un grand projet en relation avec les travaux du myrmécologue – entre autres – vaudois mondialement connu, Auguste Forel (lire encadré).

«Nous avons approché l’UNIL et le Musée de zoologie de Lausanne. Un comité scientifique de quelque dix personnes a été créé pour mener à bien le projet», note Aline Dépraz.

Outre les bras et l’aide des Vaudois sur le terrain, il fallait une manne financière pour accélérer l’ambitieuse opération. «La démarche a été rendue possible grâce un don de 350'000 francs au DEE, soit la moitié du legs «Pierre Rullens» qui a été fait à l’UNIL, précise la coordinatrice. «Une autre partie de la somme sera dévolue à la formation de futurs myrmécologues», indique Tanja Schwander.

Le recensement participatif s'étendra au moins jusqu’à fin septembre. «On pourrait trouver 80 espèces, 100 si nous avons beaucoup de chance. On espère ensuite pouvoir toutes les identifier sur le laps de temps d’une année», dit Anne Freitag, conservatrice des invertébrés au Musée de zoologie, qui conserve déjà plusieurs espèces.

Selon la myrmécologue, «certaines espèces seront aisément reconnaissables à la loupe, d’autres plus complexes nécessiteront des outils plus pointus, y compris des analyses ADN». Mais ce ne sera peut-être pas suffisant puisque, d’après Tanja Schwander, les espèces les plus complexes à déterminer, peut-être jusque-là inconnues sur Vaud, seront envoyées dans différents pays européens, auprès de spécialistes des formicidés à la renommée internationale.

Collectées, étudiées, conservées

Un peu plus loin au bout de la chaîne vaudoise, Cleo Bertelsmeier, professeure assistante au DEE, oeuvrera sur l’échantillonnage: «L’impact de l’homme - à travers l’urbanisation et l’utilisation des sols - sur la répartition des différentes espèces de fourmis, la composition des communautés et leur migration, et encore bien d’autres pistes seront abordées.»

Quand toutes les études auront été menées, «les spécimens collectés seront ensuite tous conservés dans les collections du Musée de zoologie de Lausanne. Toutes les données seront transmises à terme et utilisables par tout un chacun, particulièrement via le Centre suisse de la cartographie de la faune», conclut Anne Freitag.

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