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Un collectif de médecins entre dans la lutte contre le bruit

Une vingtaine de spécialistes signent un appel à généraliser le 30 km/h.

Le 30 km/h se généralisera bientôt à Lausanne la nuit. Un collectif souhaite étendre la mesure.
Le 30 km/h se généralisera bientôt à Lausanne la nuit. Un collectif souhaite étendre la mesure.
Christian Brun

Vous l’avez entendu revenir? Mais oui! Ce fond sonore dès que vous ouvrez vos fenêtres… Aussi sûrement que le déconfinement est en marche, les voitures se sont remises à rouler. Le Canton indique que le trafic a augmenté de 8 à 18% par rapport à la semaine dernière. À l’avenue du Léman, à Lausanne, on revient progressivement à un volume de circulation semblable à avant le semi-confinement.

Et c’est précisément ce constat qui a poussé le Dr Éric Lainey, du Centre lausannois de médecine du sommeil, à lancer un appel à généraliser le 30 km/h. Ou du moins à se lancer dans un test allant dans ce sens. Une vingtaine de ses confrères et consœurs lui emboîtent le pas. Alors que la ville italienne de Milan a déjà annoncé plancher sur une réduction de la place qu’elle accorde au trafic automobile.

«Je dors mieux»

Actif dans le domaine des liens entre santé et environnement, le Dr Éric Lainey avait, avant la crise du Covid-19, songé puis renoncé à une action dans le cadre de la Journée internationale contre le bruit, ce mercredi 29 avril. Il s’est ravisé.

«J’ai compris, il y a quelques jours, qu’on avait pu bénéficier d’un test grandeur nature et qu’il serait vraiment intéressant de le poursuivre au moment où le trafic va graduellement augmenter de nouveau.»

Des nuits plus calmes

Le spécialiste n’a pas vu assez de patients pour tirer des conclusions scientifiques sur l’amélioration potentielle récente du sommeil des Vaudois. «Mais je peux en revanche parler de mon expérience personnelle: je dors beaucoup mieux depuis un mois, grâce aux nuits plus calmes.»

Sophie Hoehn, cheffe de la section bruit routier à l’Office fédéral de l’environnement, qualifie d’«intéressante» la démarche de ces médecins vaudois et offre quelques données mises en perspective. Aux heures de pointe, le trafic urbain a diminué de 50% depuis la mi-mars, révèlent les chiffres de l’indicateur TomTom, ce qui permet d’estimer que la réduction est d’environ 3 décibels. «La perception des riverains équivaut à une réduction subie de la vitesse autorisée sur les routes de 50 à 30 km/h dans les villes aux heures de pointe. Ou si, en une nuit, on les avait entièrement recouvertes de revêtement silencieux.»

4,3 milliards de francs engagés

La cheffe de section en profite pour rappeler que les collectivités publiques ont déjà engagé environ 4,3 milliards de francs pour de telles mesures. «Le changement que nous avons pu percevoir tous ces derniers temps est vraiment audible et nous fait prendre conscience de cette problématique.»

Les médecins qui signent l’appel veulent précisément mener à cette prise de conscience. «Avec le coronavirus, nous avons, au nom de la santé, accepté en très peu de temps des modifications majeures dans notre mode de vie, relève le Dr Lainey. Or nous avons des preuves que le bruit a un impact sur la santé de la population, et que le trafic routier et aérien en est la cause majeure. Pourquoi ne pas agir?»

Plus de voitures en ville?

La perspective d’un déconfinement progressif comporte le risque d’un renforcement de l’utilisation de la voiture, estiment les signataires. «Mon assistante m’a demandé de pouvoir utiliser l’une des places que nous avons au centre du sommeil, pour ne plus avoir à prendre les transports publics», dit le Dr Lainey à titre d’exemple.

Le bruit pourrait donc non seulement revenir au taux d’avant la crise, mais aussi augmenter. Pour rappel, la Confédération estime que plus de 1 million de personnes subissent – en Suisse – un bruit issu du trafic routier supérieur aux normes légales.

Sophie Hoehn souligne, elle, que le 30 km/h, en plus de diminuer les nuisances sonores, améliore la fluidité du trafic. Il a aussi un impact sur les «comportements aberrants». Comprendre: les rugissements abrupts des véhicules bruyants qui engendrent des pics de bruit inutiles. «La Journée contre le bruit est aussi là pour rappeler qu’un comportement adéquat est essentiel.»

Éviter «un rebond du trafic motorisé»

L’appel des médecins rejoint celui des Verts lausannois. Ses dirigeants ont demandé qu’on améliore la place du vélo en ville, histoire de permettre à la population d’opter plus facilement pour ce mode de déplacement. Huit associations genevoises pour la mobilité douce et la protection de l’environnement ont aussi demandé, mardi, que des mesures de ce type soient mises en place pour éviter «un rebond du trafic motorisé».

La conseillère nationale socialiste Brigitte Crottaz fait elle aussi partie des médecins signataires de l’appel. Pour elle, «cette crise doit conduire à une réflexion plus globale. Pourquoi ne pas tenter un essai provisoire de réduction de la vitesse durant cette phase de déconfinement progressif, alors qu’en temps normal c’est une démarche qui prend beaucoup de temps?»

Après l’air, le bruit

Elle en profite pour rappeler les tests nocturnes de limitation de la vitesse menés à Lausanne, qui ont amené le Canton de Vaud à proposer ce type de mesure partout où c'est possible.

Cet appel, disent les médecins, s’inscrit dans une logique plus large de protection de la santé publique en lien avec l’environnement. L’OMS a décrété que le bruit routier était la deuxième plus importante pollution environnementale après celle de l’air. Le professeur Bernard Burnand rappelle au passage qu’on estime à 3000 le nombre de personnes qui meurent chaque année en Suisse à cause de la pollution atmosphérique.

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Voici l'appel lancé par les médecins

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