La «Colline des rêves» succède au bunker Simenon

EpalingesAvec l’inauguration de 12 immeubles, la maison construite par le père du commissaire Maigret sombre dans l’oubli.

Les douze bâtiments neufs s’élèvent sur trois niveaux, réservant un large espace et des vues dégagées sur les Alpes.

Les douze bâtiments neufs s’élèvent sur trois niveaux, réservant un large espace et des vues dégagées sur les Alpes. Image: Patrick Martin

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On aura tout dit de cette bâtisse invraisemblable. Mais au cours de son histoire, finalement assez brève, la maison érigée à Épalinges par Georges Simenon conservera le surnom de «bunker».

La Villa Simenon peu avant sa démolition

Mercredi soir, une cérémonie célébrait la renaissance des lieux pour inaugurer les douze constructions qui ont poussé sur les 25 000 mètres carrés constituant l’ancienne propriété de l’écrivain belge. Chargé de commercialiser cet ensemble, Bernard Nicod a trouvé une ultime formule pour qualifier le passé. «La villa du cauchemar était vraiment la plus moche des environs», lance le promoteur immobilier.

C’était pour mieux se réjouir de la naissance de la Colline des Rêves. Un nom un peu fleur bleue pour un projet immobilier né sous les meilleurs auspices. Car la propriété avait été rachetée en 2008 aux héritiers de Simenon par l’armateur italien et Cavaliere del Lavoro, Luigi D’Amato, installé à Lausanne. On ne connaît pas le montant de la transaction mais l’homme d’affaires a investi quelque 40 millions dans le développement de ces 108 appartements, tous destinés au marché de la location.

Priorité à la qualité

C’est que la fortune de Luigi D’Amato est déjà faite. «Aujourd’hui, je constitue un patrimoine pour ma succession, explique le Cavaliere âgé d’une septantaine d’années. Les bateaux vivent 20 ans, mais ces constructions seront toujours là dans un siècle.»

Dans ces conditions, l’armateur assure n’avoir pas cédé aux calculs spéculatifs. C’est son épouse Patrizia, architecte de formation, qui a mitonné le projet avec le Pulliéran Gabriele Rossi. Si l’apparence des douze petits immeubles est dans la ligne de ce que le marché produit actuellement, la différence est dans les détails.

«Regardez la crédence de marbre de la cuisine, les planchers de chêne et la surface des terrasses», lance Patrizia D’Amato, montrant la qualité des finitions. Le bon goût à l’italienne est passé par là, avec l’appui du prêtre venu bénir l’ensemble.

Syndic d’Épalinges, Maurice Mischler ne regrette pas la construction érigée en 1963 par Georges Simenon. «En revanche il est important que la mémoire de Simenon reste dans la commune», dit-il. C’est que les Palinzards avaient pris l’habitude de nommer «bunker» cette construction aussi austère que démesurée, plantée au milieu d’un vaste parc. Vingt-six pièces, une piscine couverte, une serre, des domestiques, des chauffeurs et même une sorte d’infirmerie qui a fait dire à certains qu’il s’agissait d’un bloc opératoire.

Georges Simenon y aura vécu jusqu’en 1972, avant de cesser d’écrire ses fictions et déménager à Lausanne. Il y est mort en 1989. Sa villa d’Épalinges aura subsisté, sous la surveillance d’un gardien, avant d’être abandonnée. L’idée d’un centre dédié à la mémoire de l’homme à la pipe avait bien émergé, sans en trouver le financement.

«Il était compliqué d’obtenir des fonds publics belges pour un centre en Suisse, et des fonds publics suisses pour un écrivain belge», expliquait John Simenon au «Matin», en 2016. Des squatteurs avaient également justifié leur occupation en 2009 par la création d’un «centre d’art», avant d’en être chassés. Elle a été démolie à la fin de 2016. Quant au chantier de la nouvelle Colline des Rêves, il vient de s’achever.

Créé: 08.11.2018, 21h01

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