La saignée des offices de poste continue

Service publicLe géant jaune chiffre les effets de sa grande mue. Dans le canton de Vaud, c’est 49 bureaux qui pourraient bien disparaître dans les quatre ans à venir.

Les offices de Poste qui seront maintenus (en vert) et ceux que la Poste pense à fermer (en bleu). Carte: Fanny Giroud


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On imaginait que la purge serait douloureuse. La Poste l’a confirmé mercredi à Berne. Pas moins de 49 bureaux sont menacés de disparition d’ici à 2020. Soit plus d’un tiers des offices du canton. L’annonce a immédiatement fait bondir les syndicats (lire ci-dessous), qui en appellent à manifester. Si 49 bureaux passent à la trappe, il n’en resterait que 78 à l’horizon de 2020, contre 351 en 2001.

Vidéo: Thomas Baur, membre de la direction de La Poste, défend le plan d'austérité

L’entreprise ne parle pas de 49 suppressions mais de «filiales à examiner», nuance. Cette dénomination «n’est pas très claire», admet Thomas Baur, membre de la direction de La Poste venu présenter le plan d’austérité aux médias mercredi. Mais «cela veut dire que de notre point de vue on ne peut pas continuer». La Poste exclut donc de poursuivre l’exploitation de ces filiales sous leur forme traditionnelle. Dans les mois à venir et jusqu’en 2020, ses responsables iront visiter chaque commune concernée pour «évaluer la situation» et proposer «des solutions de rechange».

Comme l’a annoncé le géant jaune l’an dernier en promettant la disparition à terme de 500 à 600 bureaux en Suisse, la préférence de l’entreprise va aux agences postales (confiées à des tiers, souvent des magasins privés). «Il y en a déjà soixante et une dans le canton, c’est notre formule favorite car elle permet de conserver une poste au village», explique Thomas Baur. En plus des 78 bureaux restants, l’entreprise précise qu’elle «crée une quinzaine de points de service supplémentaires»: des automates My Post 24 dans les centres urbains et des points de dépôt et de retrait de lettres et colis, appelés «PickPost». Cette nouvelle mue devrait entraîner la suppression de 62 places de travail. «Nous ferons tout pour éviter des licenciements, les personnes se verront proposer un autre travail», précise Thomas Baur. Les cadres de La Poste ont rencontré deux fois le Conseil d’Etat vaudois pour lui exposer son plan. Avec quels effets concrets? «On ne peut pas détailler, mais le bureau de Granges-près-Marnand est finalement garanti», évoque François Ceppi, un des responsables du secteur vente.

Des assemblées publiques

La Poste semble en tout cas avoir pris acte du mécontentement que suscitent ses cures minceur successives: elle organisera désormais des réunions publiques avec les habitants des communes concernées. Il s’agit d’entendre les griefs, mais surtout «d’expliquer la situation» et de détailler les offres alternatives. La grande restructuration a aussi suscité une foule d’interventions parlementaires à Berne, pour garantir la desserte, l’acheminement du courrier le matin ou des services dans les agences postales comparables à ceux des bureaux traditionnels. Après avoir critiqué la restructuration en tant que député à Lausanne, Samuel Bendahan (PS) compte bien continuer lorsqu’il sera assermenté au Conseil national dans quelques jours. «Cela nous fait une belle jambe que La Poste vienne expliquer sa vision, dit-il. Il faudrait un vrai débat. J’espère que ce plan suscitera une levée de boucliers. Si personne ne dit rien, les stratèges de La Poste feront à leur idée.»

Notre édito: Cette Poste qui veut fermer toutes les postes

Les critiques ne se cantonnent pas à la gauche. Le conseiller national Olivier Feller (PLR) s’est récemment élevé contre ce «royaume postal où le client n’est pas roi». Il a le sentiment que «La Poste a développé une dynamique propre qui lui a permis d’échapper au champ d’influence du pouvoir politique, et c’est pourtant une entreprise publique. Il est temps que ça change.» Libéral-radical, il précise que l’attachement à l’économie de marché «n’empêche pas de tenir aux prestations du service universel. Or on ne peut pas confier à un vendeur d’épicerie les mêmes tâches qu’à un postier.»

La Poste affirme prendre ces remarques au sérieux. Elle va ainsi «mettre en place un service à domicile même dans les régions où il y a des agences, et ce dès le mois de septembre», précise sa porte-parole, Nathalie Dérobert Felley. Par contre, une agence ne pourra pas fournir les mêmes prestations qu’un bureau, notamment pour le trafic d’argent en espèces. «Il faut un coffre-fort… Soyons réalistes, on ne peut pas transformer une pharmacie en Fort Knox», explique Thomas Baur.

Découvrez la liste des offices menacés cliquez ici (24 heures)

Créé: 07.06.2017, 22h02

«Le Canton ne cautionne pas le plan de La Poste»

Le Conseil d’Etat prend ses distances avec le plan de fermeture des offices. «Il est certes moins drastique que celui qui touche le Jura, où la moitié des offices sont menacés, mais il est tout de même très considérable», lance le ministre PLR Philippe Leuba. «Nous l’avons dit et nous le répétons: on ne cautionnera aucune fermeture si elle n’est pas acceptée par les autorités communales, qui sont, elles, partie prenante dans cette procédure.» Le conseiller d’Etat insiste: ces derniers mois, le Canton n’a pas participé à des négociations avec La Poste, «seulement à des discussions». «Nous voulions obtenir la liste des offices qui seront maintenus jusqu’en 2020, c’est chose faite. Nous voulions aussi connaître leurs critères et nous constatons avec regret que La Poste ne prend pas en compte le développement économique et démographique du canton, alors qu’elle planifie là son réseau pour l’avenir, pas pour le présent.» L’élu cite l’exemple de sa commune de Puidoux, en pleine croissance, accueillant un tout nouveau collège intercommunal. Et qui risque de perdre son bureau de poste.

Si la marge de manœuvre du Conseil d’Etat est étroite, celui-ci a pris les devants, explique Philippe Leuba. «Nous avons écrit à chaque commune concernée pour leur rappeler que nous les soutiendrons si elles s’opposent à la fermeture de leur office. Nous ne les laisserons pas seules, démunies face à La Poste et sommes à leur disposition pour les aider à faire valoir leur droit dans le cadre de la procédure qui s’ouvre à elles (ndlr: la saisine de PostCom, l’organe de surveillance du géant jaune). Je pense notamment aux petites communes qui n’ont pas de services juridiques.»

Suivez l'intégralité de la conférence de presse de La Poste

Le comité vaudois «Touche pas à ma poste!» organise la résistance

L’annonce du géant jaune conforte le comité «Touche pas à ma poste!» dans la pertinence de son action. Réunissant le POP vaudois, Syndicom et ACIDUS (Association citoyenne pour la défense des usagers du service public), il a exigé mercredi «l’arrêt immédiat du démantèlement des offices postaux, afin que la Constitution fédérale soit respectée». Le groupe s’est constitué ce printemps, sentant venir une saignée dans le réseau vaudois. La pétition que ses membres ont lancée a déjà recueilli 8000 signatures et la collecte sera prolongée jusqu’en septembre pour franchir la barre des 10 000 paraphes, a annoncé hier matin le secrétaire vaudois du POP Christophe Grand. «Quand on reçoit en retour une des feuilles de signatures, il y a toujours un petit mot d’accompagnement et les mêmes points reviennent: les citoyens soulignent que la perte d’un office amoindrit la vie locale, et sont offusqués par la perte des emplois, ainsi que par le bénéfice dégagé par La Poste et le salaire de sa directrice, Susanne Ruoff, proche du million.»

Fin février, Syndicom avait fait des projections sur le nombre d’offices bientôt supprimés dans le canton, en se basant sur les critères retenus par la direction de La Poste. Le syndicat évoquait une menace planant sur une centaine d’offices, dont la moitié disparaîtrait d’ici à 2020. Dans la cible donc de ce qui a été dévoilé mercredi par l’ex-régie. «On s’attendait même à pire, admet le secrétaire régional de Syndicom Philippe Morerod. Sur le principe, nous ne voulons aucune fermeture d’office, il y en a déjà eu assez dans le canton de Vaud ces dernières années.» De manière un peu plus nuancée, le comité réclame que la barre de 20 000 habitants pour un office soit abaissée à 5000 habitants. «Cela permettrait d’en sauver la plupart.» Gauche radicale et syndicats dénoncent la politique consistant à remplacer les offices par des agences postales, ouvertes le plus souvent dans des supérettes et qui n’offrent pas la totalité des prestations. «Cette stratégie est dictée par des raisons purement économiques, reprend Philippe Morerod. Il ne s’agit que d’une sous-traitance, qui n’a aucune garantie de pérennité, certaines de ces agences ont d’ailleurs fermé trois mois après leur ouverture car le commerçant ne s’y retrouvait pas.»

«Touche pas à ma poste!» prévoit d’organiser une marche symbolique dans l’Ouest lausannois et diverses actions devant les bureaux menacés. Une interpellation a déjà été déposée au Grand Conseil par le député popiste Marc Oran.

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