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Isabelle Chevalley, la stratégie énergique

La conseillère nationale Vert’libérale entre en piste pour le deuxième tour sur un ticket commun avec l’UDC Jacques Nicolet. Une alliance combative.

Rebondissement! Le deuxième tour de l’élection pour le Conseil d’Etat s’annonce plus électrique que le premier. La droite vaudoise a décidé lundi soir de propulser la conseillère nationale Isabelle Chevalley (Vert’libéraux) sur un ticket à deux avec l’UDC Jacques Nicolet.

L’intéressée avait elle-même évoqué cette possibilité dimanche, précisant que la droite pourrait viser deux sièges. «La gauche envoie deux candidats, pourquoi la droite ne le ferait pas!» avait-elle lancé.

Cette alliance avait été préparée par les responsables des partis UDC, PLR et Vert’libéraux dans la journée. Restait à la faire approuver par leurs assemblées respectives. Les délégués du PLR, réunis en assemblée à Yverdon-les-Bains, ont plébiscité les premiers la proposition, par 269 oui, 2 non et 3 abstentions.

«Avec les Vert’libéraux et l’UDC, on a 81 députés et on peut espérer une majorité au Grand Conseil et au Conseil d’Etat», s’est réjoui l’ancien député Michel Mouquin.

Frédéric Borloz, président du PLR, a rappelé qu’il «manque 10 000 voix à Jacques Nicolet pour passer au deuxième tour. Nous ne pouvons pas les apporter seuls. Il faut une alliance, une nouvelle dynamique». Mais il a prévenu: «Si on commence à biffer un nom, on s’affaiblit mutuellement. Il faut voter la liste compacte, jouer le jeu, c’est le seul moyen de gagner et de reprendre la majorité au Conseil d’Etat.»

Le Montreusien Pierre Rochat a proposé un plan C en cas d’échec du plan B du côté de l’UDC: lancer un candidat PLR agriculteur. Proposition balayée par le congrès.

Le oui fort de l'UDC

De leur côté, les ténors de l’UDC Vaud ont proposé cette alliance à leurs troupes réunies à Bussigny. Les discussions ont fait apparaître une salle a priori divisée. Les agrariens avaient refusé de faire alliance avec les Vert’libéraux en décembre 2016, même si le PLR y était favorable.

«Je ne comprends pas qu’on puisse rentrer dans ce jeu-là, j’ai peur que nous passions pour des guignols», a déclaré la députée Aliette Rey-Marion. «Ce n’est pas la stratégie qui me plaît le plus, mais il faut regarder la réalité en face», a répondu le conseiller national Michaël Buffat.

Le député lausannois Jean-Luc Chollet a déclaré: «Allons chercher les voix où elles sont, chez les Vert’libéraux. Pincez-vous le nez s’il le faut! Seule compte l’efficacité.» Malgré les doutes et les craintes de certains, l’assemblée a finalement plébiscité cette solution par 110 voix contre 2 et 17 abstentions..

«Le baiser du diable»

L'alliance devait encore être approuvée en fin de soirée par les délégués des Vert’libéraux, réunis à Lausanne. Le candidat UDC Jacques Nicolet est venu en personne à l’assemblée ainsi que des membres du PLR. Les débats ont été nourris. Pour une partie des militants Vert’libéraux, l’alliance avec l’UDC s’apparente à une perte d’identité.

Le député Regis Courdesse, très remonté, a évoqué «le baiser du diable UDC». D’autres militants ont rappelé que les agrariens avaient commencé, avant le démarrage de la campagne, par rejeter les Vert’libéraux. Mais la perspective de ravir la majorité à la gauche a galvanisé les autres. Pour le président François Pointet, qui a tenu la bannière du parti au premier tour, c’est le moment où jamais de «lancer cette nouvelle alliance».

Les partisans du ticket à deux n’ont cependant pas minimisé «les risques» que comporte la manœuvre, à la fois pour Isabelle Chevalley et pour Jacques Nicolet, qui pourraient tous deux être biffés par des «alliés» mal lunés. Jacques Nicolet ne s’en est pas ému et a eu recours à la métaphore agricole: «Il faut semer avant de récolter… Et après, on n’est même pas sûr de récolter.»

Il s’est ensuite engagé à soutenir la Stratégie énergétique 2050. «Mais je n’en ferai pas un plat, par loyauté», a-t-il précisé. Isabelle Chevalley s’est ensuite exprimée, en admettant qu’elle était loin de partager toutes les options de l’UDC blochérienne. Mais «Roger Köppel, ce n’est pas l’UDC vaudoise avec laquelle nous partageons les valeurs de la terre», a-t-elle ajouté. Au vote, les délégués Vert’libéraux ont scellé les fiançailles par 30 oui contre 16 non.

Maillard prêt à la bataille

Plus tôt dans la soirée, l’annonce de cette alliance de choc a provoqué de vives réactions au congrès des socialistes, réunis à la Maison du Peuple à Lausanne pour arrêter leur stratégie du second tour.

C’est Pierre-Yves Maillard qui a sonné la charge: «Avec cette annonce de la droite qui veut cinq élus, je retrouverais toute ma combativité et peut-être même que je serais à disposition encore deux législatures s’ils en placent cinq», a-t-il lancé sur le ton de la plaisanterie. Le ministre s’est dit prêt à batailler comme il y a une vingtaine d’années, lorsque le gouvernement comptait cinq élus de droite: «Cela va me rajeunir!»

Nuria Gorrite, elle, a fustigé cette alliance de la droite qui n’a, selon elle, pas de projet: «C’est une alliance de circonstance pour le pouvoir. Le pouvoir le plus méprisable qui s’affranchit de projet.» Sans surprise, le PS a validé un ticket sur lequel figure Cesla Amarelle (PS) et la sortante Béatrice Métraux (Verts), tout comme le parti de cette dernière.

Les socialistes ont ensuite accueilli leurs alliés écolos, Béatrice Métraux en tête. «Je voudrais insister sur la belle alliance que nous avons eue ces cinq dernières années au Conseil d’Etat, a relevé la magistrate Verte. Pour que l’on puisse continuer à travailler ensemble et pour que l’on puisse continuer à vous proposer un canton dynamique, il faut se mobiliser.»

Le président du PS, Stéphane Montangero, a prévenu: «Même si nous sommes en position favorable pour le deuxième tour, aucune élection n’est imperdable. Il faut la mobilisation de tout le monde.»

«Ce n’est pas complètement impossible qu’une candidature d’Isabelle Chevalley fasse du tort à celle de Cesla Amarelle. Elle peut fédérer des voix au centre», commentait lundi Pierre Dessemontet, municipal PS à Yverdon-les-Bains, habitué à jongler avec les chiffres et la stratégie.

Et de faire remarquer que la conseillère nationale «venait à la base des rangs PLR». Elle «peut paraître plus acceptable pour l’électorat PLR que ne l’est Jacques Nicolet sur certains dossiers. Elle est susceptible de faire un score significatif.»

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