Le commandant de la cantonale doit-il diriger toutes les polices?

SécuritéBéatrice Métraux souhaite «renforcer» le rôle de Jacques Antenen, alors que des députés du centre et de gauche veulent en faire le chef des 10 polices vaudoises. Leurs chances sont néanmoins limitées.

Jacques Antenen dirige depuis 2009 la police cantonale, qui comprend la gendarmerie et la police de sûreté. Pour certains députés – pas seulement des perdants du vote sur la police unique –, ses prérogatives doivent s’élargir.

Jacques Antenen dirige depuis 2009 la police cantonale, qui comprend la gendarmerie et la police de sûreté. Pour certains députés – pas seulement des perdants du vote sur la police unique –, ses prérogatives doivent s’élargir. Image: CHRISTIAN BRUN

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L’organisation de la police est particulière dans le canton de Vaud. D’un côté, il y a la police cantonale, commandée par Jacques Antenen. Et de l’autre, il y a neuf polices communales, chacune dirigée par son propre commandant. On appelle cela la «police coordonnée», issue du refus de la «police unifiée» par les Vaudois en 2009. Mais, selon le député centriste Serge Melly et 25 autres élus du centre et de gauche, tout cela fait trop de monde et le commandant de la cantonale devrait diriger toutes les polices. Ils ont déposé une motion en ce sens au Grand Conseil.

Questionnée à ce propos, la conseillère d’Etat Verte Béatrice Métraux note elle-même que le rôle de Jacques Antenen pourrait évoluer, sans toutefois en faire un commandant unique. A l’heure actuelle, en plus d’être à la tête de la cantonale, il préside la Direction opérationnelle de la police coordonnée. Cet organe accueille aussi deux commandants de polices communales, dont Lausanne. Ce trio prend ses décisions par consensus et, en cas de désaccord, Jacques Antenen tranche.

«Le consensus est difficile»

«Il ressort que le consensus est parfois difficile à trouver et que cela prend du temps dont on ne dispose pas forcément en situation d’urgence, commente Béatrice Métraux. Si l’on tient également compte de l’évolution du contexte sécuritaire face à la situation internationale et à la menace terroriste, et que certains événements nécessitent de coordonner une opération d’envergure (venues de grands de ce monde, opérations de lutte contre le trafic de stupéfiants, etc.), je souhaite depuis un certain temps renforcer le rôle du commandant de la police cantonale, afin d’assurer un vrai travail de coordination tel que demandé par le peuple.» Béatrice Métraux n’en dit pas davantage pour le moment, mais promet un processus mené «de concert» avec les autres acteurs.

D’ici-là, avec la motion de Serge Melly, le Grand Conseil devra se positionner sur le rôle du commandant de la police cantonale. Cette motion s’inspire d’un récent audit de la Cour des comptes, qui pointait des risques de «blocages», dans un système laissant «trop de place à l’expression des divergences d’intérêt». Car, au-dessus de la direction opérationnelle, il y a le Conseil cantonal de sécurité. Présidé par Béatrice Métraux, il accueille trois municipaux de police (Lausanne, Yverdon et Aubonne).

«Dix polices, c’est trop pour une région de moins d’un million d’habitants», estime Serge Melly, qui soutenait la police unifiée. Aujourd’hui, il ne veut pas supprimer les corps communaux, mais les subordonner au commandant de la cantonale. «Pour des raisons historiques, chacun avait du pouvoir, ajoute Serge Melly, et ça fait beaucoup de monde qui ne veut pas céder ses prérogatives.» L’idée n’est en tout cas pas de critiquer Jacques Antenen, à entendre le socialiste Nicolas Rochat, autre signataire de la motion: «La statistique de la sécurité, avec un recul de la criminalité, montre que le chef fait bien son travail.»

Réticences communales

Pas sûr que cette motion ait un grand avenir dans un Parlement sourcilleux sur l’autonomie communale. «Je ne vois pas bien ce que le commandant de la police cantonale pourrait avoir comme rôle supplémentaire», commente le député libéral-radical Jean-Daniel Carrard, syndic d’Yverdon et ancien président de la Conférence des directeurs des polices municipales. «La loi reconnaît déjà le commandant comme un personnage central. En cas de problèmes ou d’événements majeurs, il peut réquisitionner du personnel et organiser les opérations.»

A Lausanne, le municipal libéral-radical Pierre-Antoine Hildbrand abonde. Pour lui, la prééminence cantonale est claire dans certains domaines, comme lors de l’accueil du président chinois. «Sur d’autres thèmes, ajoute-t-il, certaines directives sont décidées directement par le commandant de la police cantonale, lorsqu’il s’agit d’avoir une vision sécuritaire plus large. Je n’ai pas l’impression qu’un renforcement légal ou réglementaire changerait les choses.» (24 heures)

Créé: 29.08.2017, 06h47

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