En politique, les papas au foyer veulent jouer un rôle

Elections communalesIl y a cinq ans, aucun candidat ne s’était déclaré homme au foyer. Cette année, ils sont trois à viser une place de municipal. Leur génération a d’autres priorités que le travail.

Sacha Soldini, François Goldenschue et Laurent Mathez (de g. à dr.) visent une place de municipal tout en étant père au foyer.

Sacha Soldini, François Goldenschue et Laurent Mathez (de g. à dr.) visent une place de municipal tout en étant père au foyer. Image: Florian Cella

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Ils ne représentent que 0,15% des 1935 candidats aux Municipalités vaudoises. Trois pères au foyer sont prêts à entrer en politique lors des Communales de cette année. Ils sont des témoins décomplexés d’une société qui change. En 2011, aucun n’avait osé afficher son rôle de papa à plein-temps.

Les trois candidats en question présentent la particularité d’être à un tournant de leur parcours de vie. Leur cadet est désormais à l’école, ce qui leur libère du temps pour d’autres activités. Et surtout, ils travaillent dans le village, contrairement à la plupart de leurs concitoyens. De plus, ils n’ont pas un employeur qui leur met des bâtons dans les roues pour freiner leur engagement politique.

Pas un hasard

Leur présence dans la course aux Municipalités n’est pas un hasard. «La transformation du tissu économique laisse plus de temps aux hommes d’être à la maison», remarque Eric Widmer, docteur en sociologie à l’Université de Genève. Le taux de temps partiels chez les hommes ne cesse d’augmenter d’année en année. Il est cependant impossible de savoir combien se consacrent à 100% à leur progéniture, faute de statistiques. «Le phénomène est marginal mais il existe», résume Eric Widmer.

L’organisation des trois familles se ressemble. Chacune a misé sur la carrière de madame. Une situation assez rare, puisque le choix du parent qui reste à la maison est très souvent décidé selon des critères financiers: le plus gros salaire continue de travailler. Or, les statistiques démontrent que seulement 7% des hommes gagnent moins que leur conjointe.

«Ces hommes au foyer cassent des stéréotypes, analyse Magaly Hanselmann, cheffe du Bureau vaudois de l’égalité. Notamment celui où c’est à l’homme de pourvoir aux besoins financiers de la famille.» La population n’est ainsi pas toujours prête à accepter ces drôles de papas, comme en a fait l’expérience François Goldenschue à Berolle (lire ci-contre).

Le regard change

Le regard sur les hommes au foyer est toutefois en train de s’améliorer. Les trois qui briguent un mandat à l’Exécutif en sont conscients, puisqu’ils reconnaissent tous faire des envieux dans leur entourage. D’autres n’ont pas encore franchi le pas d’affirmer leur activité principale, préférant inscrire sur les listes électorales la profession apprise plutôt que leur activité principale aux côtés de leurs enfants. Derrière un installateur sanitaire à La Côte et un acheteur dans le Gros-de-Vaud se cachent en effet deux pères au foyer.

Ceux que nous avons rencontrés semblent très heureux de leur sort. «Mon activité de parent vaut tout l’or du monde. Par contre, parfois, les discussions entre adultes me manquent», nuance Laurent Mathez. Magaly Hanselmann explique que les pères au foyer ont des risques de souffrir d’isolement social en peinant à intégrer les réseaux des mamans au foyer. François Goldenschue a été accepté avec le temps. «Une fois par semaine, je vais boire le café avec les mamans du village. Elles oublient parfois que je suis là et se surprennent à s’aventurer dans des discussions qui n’ont lieu qu’entre femmes», rigole l’habitant de Berolle.


Sacha Soldini, 36 ans, Nyon

Sacha Soldini est un hyperactif. Il a travaillé comme mécanicien puis comme personnel navigant pour une compagnie aérienne. Il a également eu une entreprise de location de limousines avec chauffeur, avant de terminer comme technico-commercial.

Depuis 2010, il est parent à plein-temps. Il garde les trois enfants de la famille. «Nous avons misé sur la qualité de vie, même s’il faut accepter de se serrer la ceinture avec un seul salaire pour le ménage», souligne le trentenaire. Enseignante dans une école nyonnaise, sa femme assume les revenus principaux de la famille.

Sacha Soldini s’est fait un nom dans le monde politique local durant la législature en cours en sa qualité de chef du groupe UDC au Conseil communal. C’est donc logiquement qu’il est candidat à la Municipalité. Issu d’un parti défendant la tradition, il n’a jamais voulu cacher son activité d’homme au foyer. «Il n’est pas impossible que des familles seront sensibles à mon profil.

Je n’utilise pas mon occupation d’homme au foyer comme une revendication. Mais c’est mon activité actuelle et il est logique d’être transparent.»


François Goldenschue, 45 ans, Berolle

Il y a dix ans, François Goldenschue avait déjà tenté sa chance à la Municipalité. Il avait échoué pour une seule voix. «Il y avait six candidats pour cinq sièges, se souvient ce père qui se consacre à ses quatre enfants depuis plus de quatorze ans.

Un candidat qui venait de s’installer dans le village avait été élu. Il était chef d’entreprise, ce qui a dû jouer en faveur de son élection face à moi, père au foyer.» Depuis cet événement, il a présidé le Conseil général pendant huit ans, en plus d’un fort engagement associatif. «Le regard sur moi a changé», admet-il. Et avec cinq candidats pour cinq sièges, il devrait, sauf cataclysme, être élu à la Municipalité.

Le timing est même parfait puisque François Goldenschue dispose d’un peu plus de temps, avec ses enfants de 14, 12, 9 et 7 ans. «J’ai l’avantage d’être sur place pendant la journée, souligne cet ébéniste de formation. Dans mon métier, je suis grillé», avoue-t-il encore. Usé par sa profession, il avait décidé de la quitter pour faire un break avant d’avoir des enfants. Puis quand est arrivé le premier, il a été décidé qu’il resterait à la maison. La carrière de madame, éducatrice, a alors été privilégiée. Sans regret.


Laurent Mathez, 35 ans, Saint-Cergue

Laurent Mathez montre du bras le petit collège de Saint-Cergue puis l’administration communale juste à côté: «J’emmène mes enfants en classe ici et je pourrai travailler là en attendant qu’ils ressortent.» Le candidat imagine ce que pourraient être ses journées s’il était élu. Il se réjouit aussi de participer activement à la construction du nouveau collège.

Ce père de trois enfants de 4, 7 et 8 ans a été sollicité par une municipale sortante pour rejoindre la liste d’entente. Très intéressé à la chose publique, il explique qu’il a un peu plus de temps à consacrer à la collectivité publique depuis que sa cadette a commencé l’école, au mois d’août dernier. Il entend d’ailleurs gentiment réintégrer le monde du travail, qu’il a quitté il y a sept ans pour des raisons économiques.

Sa femme, Véronique, ayant un meilleur salaire en qualité d’analyste dans l’horlogerie, l’électricien est devenu père au foyer. «Si je travaillais, mon salaire servirait à payer les frais de garde prohibitifs. Ça surprend un peu les gens quand je leur dis être papa au foyer. Mais je suis fier de ce que j’apporte à mes enfants.»

S’il n’est pas élu, Laurent Mathez prévoit de travailler le matin dans la société d’électricité de son frère. (24 heures)

Créé: 13.02.2016, 08h18

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