Seul un candidat sur cinq affiche sa couleur politique

Elections communales 2016Les «Ententes» et les listes non politisées remportent l’adhésion. Certains députés et parlementaires fédéraux laissent aussi tomber leur casquette politique au niveau local.

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Quelle est la couleur politique des presque 2000 Vaudois qui espèrent rafler une place dans la Municipalité de leur ville ou de leur village? Réponse: plus de 80% se lancent en indépendant ou sur une liste d’entente. Seul un candidat sur cinq affiche un label politique, ou en tout cas revendique l’appartenance à un parti (voir infographie). C’est ce que montre l’enquête réalisée par 24 heures auprès des communes, des candidats et des partis, disponible sur notre site Internet.

Si l’on prend les 373 candidats qui affichent leur couleur dans la course à la Municipalité, près de deux tiers disent défendre des idées de droite. En face, 122 candidats se présentent sous les bannières du Parti socialiste, des Verts et des alliances de gauche. Enfin les centristes viennent en dernière place, avec moins de vingt candidats.

Quatre sur cinq sans label

Qui sont donc les 1568 candidats qui n’ont pas d’étiquette? Ils se réunissent sous des dénominations très variées: «Entente», «Indépendants», «Sans partis», «Libres», avec parfois un jeu de mots. Dans certains villages, on assiste même à des combats entre les indépendants et les sans-parti.

Tous – stars ou candidats lambda – ont le même argument: loin d’eux l’idée de cacher leur label, mais la gestion d’un village ne répond pas à des critères politiques. Le syndic, les municipaux et les conseillers laisseraient de côté leur couleur partisane pour penser au bien du village. Et, surtout: tout le monde se connaît et chacun connaît la vision des candidats. A demi-mot, certains avouent tout de même qu’ils craignent de perdre des voix en affichant leur couleur.

Grands noms politiques

Ce qui surprend, c’est de trouver dans ces indépendants un certain nombre de parlementaires fédéraux et de députés, anciens et actuels. Parmi eux, on trouve l’ancien conseiller aux Etats Vert Luc Recordon à Jouxtens-Mézery (1400 habitants) ou le conseiller national UDC Jacques Nicolet à Lignerolle (400 habitants).

Pour ce dernier, la politique partisane ne correspond pas à la vie des petites communes. «Dans un village comme le mien, on ne fait pas de la politique comme on l’entend d’habitude, explique-t-il. C’est plutôt de la gestion d’une administration et des biens communaux. Il n’y a pas besoin de politiser les dossiers.»

A Oron (5180 habitants), le syndic et député UDC Philippe Modoux est dans la même situation. «Les gens comprennent que je représente ma région et mon parti au Grand Conseil et que, quand je suis à la Municipalité, je travaille pour ma commune avant tout. Il n’y a pas besoin d’étiquette quand, par exemple, on doit commander du mazout ou créer une garderie.»

Plus étonnant, certains refusent toute étiquette alors même que leur commune connaît des partis. Ainsi, à Prangins (4000 habitants), une liste d’entente fait l’arbitre entre la droite et la gauche. Dans l’Entente se trouve la députée Vert’libérale Dominique-Ella Christin. «Une liste sans dénomination partisane correspond à une demande de la population, qui ne souhaite pas avoir de consignes imposées par un parti, estime-t-elle. Les Pranginois ont envie de voter comme bon leur semble. Ils s’intéressent davantage aux enjeux locaux qu’à l’idéologie d’un parti.»

A gauche aussi

Rechigner à afficher sa couleur, c’est aussi une pratique de gauche. Plusieurs socialistes et Verts sont dans la même situation, comme Alberto Mocchi, le collaborateur de la conseillère d’Etat Verte Béatrice Métraux. Il est trésorier du parti vaudois et a siégé plusieurs années comme conseiller communal à Renens. Désormais il se présente à la Municipalité de Daillens (950 habitants). «Il n’y a aucune perspective partisane derrière ma candidature. Je suis un enfant de Daillens, actif dans les sociétés locales, et je souhaite m’engager davantage pour ma commune. Je m’opposerais à l’introduction des partis à Daillens. Cela cliverait le débat au lieu de réunir les gens.»

Simples cotisants

De nombreux candidats sans couleur sont en fait affiliés à un parti en tant que simples cotisants. Ainsi du syndic de Belmont (3600 habitants), Gustave Muheim, qui refuse d’être labélisé PLR et se présente sur la liste d’entente des Cancoires indépendants. «Depuis que j’ai été élu à la Municipalité, en 1989, je n’ai plus jamais assisté à une manifestation libérale ou libérale-radicale. Je me devais d’avoir une pleine liberté vis-à-vis d’un parti.»

La Municipalité et le Conseil ont fait le choix d’une seule liste d’Entente, sans partis. C’est une surprise, alors que 50,43% des citoyens avaient voté pour changer de système électoral en 2011. Pourquoi les élus n’en ont-ils pas voulu? Réponse de Gustave Muheim: «Un sondage parmi les conseillers communaux a montré que la plupart auraient refusé de rempiler avec l’arrivée des partis.»


Trois questions
à Cesla Amarelle

«Le risque, ce sont les clans»

L’ancienne députée est à l’origine de l’obligation, pour les communes de plus de 3000 habitants, de passer au système proportionnel. Elle déplore la faible proportion d’un candidat politisé sur cinq.

Quatre candidats sur cinq n’affichent pas de couleur politique. Quelle analyse faites-vous?
Il y a une volonté de ne pas polariser comme on le fait aux niveaux cantonal et fédéral, d’où la présence de nombreuses listes d’entente. Ce n’est pas un mauvais système pour les petites communes. Mais pour celles de plus de 3000 habitants, cela devient compliqué. A certains moments, la polarisation doit se faire, surtout dans les grandes communes. Leur développement implique des choix à faire, et les partis sont là pour ça.

L’argument des candidats est qu’une petite commune ne prend pas de décision partisane.
Cela relève du bon sens. Quand il y a des canalisations à remplacer, je comprends qu’il n’y ait pas de débat! Le risque dans les petites communes, c’est l’apparition de clans. C’est encore pire que des partis. C’est pour cela que nous voulions instaurer la proportionnelle dans les grands bourgs.

Pourquoi même des députés ou de simples candidats de gauche refusent-ils d’afficher un label ?
Les gens imaginent que transposer le discours d’un parti au niveau communal, cela détonne sur l’environnement général du Conseil communal. S’afficher avec une couleur partisane peut donner l’impression qu’on peut être dogmatique, ce qui est faux. Chacun vient en tentant d’enrichir les visions du parti. (24 heures)

Créé: 30.01.2016, 08h12

Les enjeux politiques au niveau communal

L’un des arguments principaux des candidats sans label, c’est de dire que les dossiers d’un village n’ont pas de couleur politique. L’argument est vite balayé par les socialistes et les Verts: la plupart des décisions ont toujours une couleur, du moins dans les détails. Si favoriser l’ouverture des crèches est une obligation cantonale, les moyens financiers accordés en disent long sur l’idéologie des élus. «Mettre de l’argent pour développer l’accueil de jour ou les logements à prix abordables, c’est une vision politique différente que
de bâtir des logements de luxe et des terrains de golf», estime le député Stéphane Montangero. Pour le président du PS Vaud, la gestion de la cité demande une vision politique. «Le canton grandit et un des enjeux communaux, c’est la façon dont on gère la croissance.»

Le côté politique d’une décision ne se retrouve pas forcément dans une opposition gauche-droite, selon le député et président des Verts vaudois Martial de Montmollin: «Cela peut aussi être une opposition entre progressistes et conservateurs.»

La droite, elle, suit pour une grande partie l’argument des candidats indépendants. «Même à Aigle, avec près de 10?000 habitants, je n’ai pas souvenir de votes tranchés entre gauche et droite», explique son syndic et conseiller national Frédéric Borloz, président du Parti libéral-radical. La création d’une «grande crèche» par une Municipalité et un Conseil de droite serait l’exemple d’une décision prise sans logique partisane.

Quant au conseiller national Jacques Nicolet, qui préside l’UDC, il note qu’une couleur partisane communale peut ressortir des décisions en matière de social ou d’aménagement dans les communes moyennes. «Mais pas en matière de scolarité ou d’accueil des enfants, ajoute-t-il, car ces dossiers sont gérés dans des associations intercommunales ou des lois cantonales.»

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