La géographie des élus lausannois au Conseil communal

LausanneLa répartition géographique des élus lausannois montre de grandes disparités entre les partis. Et des vides.


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Où vivent les élus lausannois? La réponse figure sur la carte ci-contre. Chaque petit point représente un des 100 élus. Chaque parti a sa couleur. Qu’est-ce que cela révèle sur eux? Et sur la représentation des intérêts des Lausannois?

Des quartiers presque oubliés

Des évidences s’imposent. Certains quartiers ne sont pas représentés par des élus au Conseil communal. Alors qu’ils sont très peuplés… et plutôt composés de classes populaires. C’est le cas de la Borde, de la Sallaz ou de Vennes. «Pour les quartiers périphériques, c’est un problème parce qu’ils vivent actuellement des changements très profonds», observe Martin Schuler, professeur honoraire à la Faculté de l’environnement naturel, architectural et construit (ENAC) de l’EPFL. On note aussi des quartiers denses où vivent très peu de conseillers: «Montoie, la Blécherette, la Bourdonnette, Praz-Séchaud ou les Boveresses n’ont qu’un seul conseiller, Bellevaux deux», observe le géographe Pierre Dessemontet.

A l’inverse, la carte fait apparaître une surreprésentation du centre-ville: Vinet, Pontaise et Maupas tout particulièrement. Mais aussi des zones foraines, avec cinq élus alors que c’est un secteur peu peuplé.

De tous les quartiers, c’est celui qui est au sud de la gare qui atteste de la meilleure représentativité. Les élus y sont en nombre correct en rapport à la densité. Et le secteur affiche une diversité des partis, Verts mis à part.

Voilà pour les considérations générales. Reste que les partis ne sont pas également étalés sur le territoire lausannois. Les deux plus grands, PLR et PS, forcément plus visibles sur la carte, offrent des tendances nettes.

PS groupé, PLR huppé

Le Parti socialiste d’abord. Détenteur de la majorité des sièges, il est aussi celui qui couvre le plus de territoire. Martin Schuler résume: «Le PS est là où il doit être si on a en tête la composition socio-économique des quartiers: au centre, à l’Ouest et au Nord, mais aussi Sous-Gare.»

On note cependant une forte concentration: 12 des 33 élus vivent entre le Maupas et Vinet. Martin Schuler observe: «Ce sont des quartiers qui correspondent aux idéaux de gauche. D’ailleurs, il est surprenant que les Verts n’y soient pas plus présents.»

La présidente de section, Léonore Porchet, nuance. «Nous avions beaucoup de candidats au Maupas, j’y vivais il y a encore six mois et certains de nos anciens élus y vivent!» Pour elle, pas de doute, c’est un «quartier de rêve: multiculturel, avec des commerces de proximité, une bonne desserte en transports publics et des loyers encore abordables».

Les libéraux-radicaux tracent pour leur part un demi-cercle du sud au nord-est de la ville. Les «beaux quartiers» lausannois sont ainsi d’avantage le royaume de la droite que de la gauche. Patrick Rérat, professeur à la faculté des géosciences et de l’environnement de l’UNIL, a comparé cette répartition avec celle des niveaux de revenu. «Elle montre que les élus PLR sont issus des quartiers aux revenus nets moyens les plus élevés (est et sud des voies CFF).» Le PLR n’a en revanche qu’un seul représentant au nord des voies, à l’ouest de Saint-François.

Les Verts trustent aussi le centre-ville, avec un penchant pour l’Est. Martin Schuler relève aussi qu’ils sont très proches du M2 et, plus généralement, des transports publics.

Plus petits plus éparpillés

Pour les petits partis, il est plus difficile de dégager des tendances. Le professeur Schuler poursuit avec l’UDC. «Pour eux, il apparaît clairement qu’une bonne desserte en transports publics n’est pas une priorité. En tout cas, les habitations de ces élus sont les moins bien loties en transports publics.» La Gauche, quant à elle, se trouve dans les mêmes quartiers centraux que les socialistes, mais quelque peu à la périphérie, et de façon moins groupée que le PS.

Reste à savoir si l’ancrage spatial des élus selon les partis illustre aussi la répartition des votants et celle des candidats. Cette carte ne le dit pas. Mais les explications des partis offrent quelques pistes.

Des stratégies qui diffèrent

Durant la campagne, PLR, PS et Verts avaient axé une partie de leur communication sur les quartiers de Lausanne. Au fond, la représentation d’un quartier via des élus est-elle importante pour eux?

Pour Benoît Gaillard, président de la section socialiste, le PS n’a «pas misé sur les quartiers dans le sens où nous espérions que les Lausannois votent pour des gens habitant près de chez eux. Nous n’avons pas fait de sous-campagne présentant les candidats du quartier, et nos candidats n’ont pas mené de campagnes personnelles.» Pour lui, «les ancrages associatifs jouent un rôle bien plus fondamental, et c’est pour cela que nous avons énormément travaillé là-dessus. Et ils peuvent se déployer à l’échelle du quartier, comme avec Anne Decollogny, qui préside son collectif d’habitants, ou encore Esperanza Pascuas, qui préside le centre socioculturel de la Bourdonnette.»

Léonore Porchet, présidente des Verts lausannois, a une vision différente. Elle se dit «déçue» par le fait que certaines zones de la ville n’aient pas de conseiller communal. Mais la liste des quartiers concernés ne la surprend pas. «C’était déjà difficile quand nous y cherchions des candidats. Ce sont des quartiers moins politisés.»

L’exemple des Boveresses lui vient à l’esprit. «Nous défendons la couverture de l’autoroute pour mieux connecter ce quartier au reste de la ville. Nous aurions aimé qu’un habitant puisse défendre ce projet en tant qu’élu. Et, franchement, sans parler avec des gens qui y vivent, nous n’aurions peut-être pas pris autant conscience de l’enjeu. Etre présents partout, c’est une question de proximité avec les citoyens. Qui peuvent dès lors plus facilement s’adresser à quelqu’un qu’ils connaissent pour lui parler de ce qui les touche.»

Au PLR, le secrétaire général, Henri Klunge, explique que la campagne dans les quartiers a été menée «pour leur montrer qu’on s’intéresse à eux». Mais avec un seul sortant qui laissait son siège, le parti n’espérait de toute manière pas transformer la cartographie de ses élus, bien implantés à l’Est. Henri Klunge complète: «Les PLR ont tendance à voter la liste et à doubler les gens qu’ils connaissent. Nos élus sont plus connus que les nouveaux venus. Et vivent visiblement davantage à l’Est.»

Deux élus incarnent par ailleurs particulièrement leur quartier. Guy Gaudard (PLR) pour Chailly et Sophie Michaud Gigon (Verts) pour les Bergières. De l’avis de Léonore Porchet, celle-ci est la preuve que l’ancrage microlocal est important.

«D’ailleurs, au fil de la législature, nous allons continuer à aller dans les quartiers, à dire aux gens que nous sommes là et qu’ils peuvent nous faire part de ce qu’ils pensent», souligne la présidente des Verts. Les élus s’accordent d’ailleurs sur la nécessité de «faire remonter» les informations de la population. Via les associations, les clubs ou les maisons de quartier, par exemple. Et c’est peut-être là davantage une priorité pour eux que le fait de constituer un miroir parfait de la ville sur les bancs du Conseil.

Retrouvez commune par commune les candidats au 2e tour et les Exécutifs complets

Créé: 11.03.2016, 16h40

Collègues de parti et voisins

La moitié des 100 conseillers communaux pour la prochaine législature sont concentrés dans une quinzaine de rues du centre-ville, principalement dans des beaux quartiers. Etre au Conseil serait-il avantageux pour y trouver un appartement? Difficile de le vérifier.

Si le voisinage n’est pas forcément signe de copinage, il révèle une certaine sociologie de quartier. «J’ai obtenu notre appartement par le bouche-à-oreille, grâce à nos réseaux sociaux antérieurs au Conseil communal», explique par exemple Florence Bettschart-Narbel, qui habite juste à côté de deux autres élus PLR, dans l’Est lausannois. «Quand on habite à Chailly, on a une sensibilité plus PLR que de gauche, estime Jacques Pernet, qui y a grandi. C’est peut-être une question de mode de vie.»

«Il n’y a pas de passe-droits pour obtenir un appartement de la Ville ou de l’ECA, explique le socialiste Gianni-John Schneider, qui habite la Cité, comme trois autres conseillers de plusieurs partis. Vous vous feriez mal voir en sollicitant ce genre de faveur.» Nouvelle élue UDC, Anita Messere dit le contraire. «C’est de notoriété que cela aide d’être au Conseil communal», assène-t-elle sans toutefois donner d’exemple.

Du côté de Vinet-Beaulieu, ce sont les socialistes qui sont très présents. Anne-Françoise Decollogny (PS) a deux collègues de parti à moins de 100 mètres. «Il y a aussi beaucoup de journalistes et d’artistes! Et il y a peu de places de parc. Ça implique un choix de mode de vie.»

Son nouveau voisin, le président de section Benoît Gaillard, vient de se déplacer de quelques centaines de mètres pour rejoindre le bas du Valentin. «On a trouvé notre appartement sur Anibis. C’est un hasard, cette proximité, explique-t-il. Mais il n’est pas impossible que les raisons qui font que nous aimons vivre dans le centre font partie des raisons pour lesquelles nous voulons nous engager dans la politique de cette ville.»

Dans le quartier Sous-Gare depuis vingt-huit ans, Marlène Voutat (La Gauche) côtoie un colistier, une centriste et un UDC. «Nous nous connaissions d’avant le Conseil. Les enfants d’une d’entre eux ont fait leurs écoles avec les miens. Deux sont des enfants du quartier. C’est un petit village ici!»

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