Les composts vaudois ne sont pas en odeur de sainteté

Ordures végétalesDe plus en plus de Vaudois trient leurs déchets organiques. Les odeurs s’installent.

Les effets secondaires du compostage se font surtout sentir dans les centres-villes, où manquent jardinets, cours intérieures et caves aérées.

Les effets secondaires du compostage se font surtout sentir dans les centres-villes, où manquent jardinets, cours intérieures et caves aérées. Image: Joana Abriel

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La collecte des déchets végétaux a été suspendue durant quelques semaines dans un immeuble de la rue Langallerie, au centre-ville de Lausanne. Décision du propriétaire. «C’était peu utilisé et l’odeur était assez forte», reconnaît le concierge Miguel Santoyo. Le conteneur indésirable a désormais migré dans une cour.

Particuliers ou propriétaires, de nombreux Vaudois ont déchanté après l’achat d’un composteur destiné à leurs pelures de pommes de terre ou à leurs coquilles d’œufs. La faute aux indésirables qui se sont invités à la fête: odeurs, mouches de fruits et vers blancs.

«Des dépotoirs»

«Je connais une concierge de la rue Etraz qui doit laver le conteneur deux fois par semaine et, malgré cela, elle a des bestioles, explique Marie-Louise Rey, de Misa Management Immobilier. Il va bientôt falloir payer des sociétés pour les désinfecter. Les gens jettent n’importe quoi: la sauce avec les pâtes, les restes de poissons… ce sont des dépotoirs. Si la Ville pouvait faire plus d’un ramassage par semaine, cela nous rendrait bien service.»

Le volume de déchets organiques crus ou cuits collectés a augmenté en flèche depuis l’introduction de la taxe au sac. C’est même la catégorie d’ordures qui connaît la plus forte progression en matière de tri au premier semestre (+61% à Lausanne en un an).

Les effets secondaires se font surtout sentir dans les centres-villes, où manquent jardinets, cours intérieures et caves aérées. Dans la capitale vaudoise – où sont collectés uniquement les déchets crus, à l’image d’une majorité des communes –, les quartiers chauds sont la Palud, les rues Pichard, Caroline ou Saint-Pierre.

En bas des escaliers du Marché, le bac à déchets végétaux déborde. L’été dernier, il diffusait des effluves peu ragoûtants dans cette zone hautement touristique. «Avant la taxe au sac, ce conteneur suffisait largement, explique Nathalie Jaquinet, habitante et propriétaire. Maintenant il n’est plus du tout adapté, sans parler des odeurs. En même temps, je ne vois vraiment pas où la Ville pourrait le mettre ailleurs.»

«Des rats sortaient de partout»

Où caser ces bennes pas comme les autres? Pour Stéphane Giacomini, directeur de Livit Suisse romande, la question de fond est là. «Parfois, il n’y a tout simplement pas la place. On nous dit de nous débrouiller avec les voisins mais que faire quand le voisin n’a pas la place non plus? Nous ne sommes pas équipés pour stocker ces déchets sur de longues périodes.»

Rares sont les immeubles qui ont renoncé au conteneur à compost malgré l’obligation légale, affirme le chef du Service lausannois d’assainissement, Fadi Kadri. «Tous ne sont pas encore équipés. Nous intervenons assez souvent auprès des gérances et des propriétaires et, avec un peu de bonne volonté, on trouve des solutions.» Aucune amende n’a encore été infligée.

A souligner que Lausanne, Belmont, Nyon ou Aubonne déconseillent l’usage de sacs (même biodégradables). Ils dégradent la qualité des détritus verts. «Le mieux est de tout jeter en vrac», résume Fadi Kadri. Précurseur du tri et de la taxe au sac, Aigle a déchanté il y a deux ans déjà lorsqu’elle a ouvert les écopoints à la collecte des déchets végétaux. «Les gens déposaient n’importe quoi, comme des poulets entiers, se souvient Christian Roussy, chef du Service technique. C’était une infection, des rats sortaient de partout. On a dit stop après six mois.» Les habitants doivent désormais se rendre à la déchetterie. «A mon avis, s’il leur reste des cornettes, ils les mettent dans les WC», convient Christian Roussy.

Créé: 21.10.2013, 07h06

Plus de restes dans les WC?

A l’heure de jeter ses épluchures, plus d’un citadin hésite. La poubelle? Les sacs coûtent cher, on les remplit au maximum, ça risque de sentir mauvais. Le bac vert à compost? Impossible si l’on ne dispose pas d’un balcon ou d’un jardin. Reste les WC, solution prohibée.

Dans les faits, les stations d’épuration (step) ne constatent pas d’augmentation significative des déchets alimentaires déversés dans les canalisations. Il faut dire qu’ils sont passablement broyés sur le chemin. «On ne distingue plus grand-chose à l’arrivée», explique Tony Reverchon, de la step de Morges.

«On dirait que les gens jettent davantage de choses dans les WC, analyse Jean-Daniel Luthi, coordinateur vaudois de la taxe au sac. On voit passer des bouts de légumes mais tout cela est difficilement quantifiable. On manque encore de recul.»

Il est donc trop tôt pour tirer des conclusions sur un changement d’habitudes. Sans compter qu’une partie des communes comme celles de l’Ouest lausannois récupèrent les restes de repas cuits au porte-à-porte.

Si le fait de balancer ses spaghettis dans les toilettes est dénoncé par le discours officiel, beaucoup de steps accueillent avec le sourire cette matière organique. Ils la transforment en chauffage ou en électricité. Extraite avec des boues mixtes, elle est placée dans un digesteur et produit du gaz de méthane. «On fabrique de l’électricité avec, affirme Tony Reverchon. On a un peu plus de gaz depuis six mois mais ce n’est pas significatif.»

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