Le Comptoir Suisse est mort, vive le salon du terroir?

BeaulieuIl n’y aura pas de 100e édition de la foire emblématique, devenue désuète. Mais les volontés existent de réinventer un événement qui rassemble les Vaudois des villes et des campagnes.

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Comme il semble loin, le temps où un million de Vaudois accouraient dans les halles et les caves du Comptoir Suisse. En regard de ce chiffre datant des années 80, les quelque 60'000 curieux qui se sont rendus au chevet de la 99e mouture de cette foire auront bien perçu le gouffre qui sépare le Comptoir d’aujourd’hui et celui d’hier.

Incontournable autrefois, la manifestation dépérissait depuis des années. Le groupe MCH, qui l’organise, a décidé de tirer la prise sans même offrir au canton sa 100e édition. Mais le monde politique tente de réinventer une nouvelle manifestation bien vaudoise.

L’annonce, ce lundi, de l’organisateur bâlois ne surprend pas grand monde. Le groupe MCH a réduit plusieurs fois sa voilure à Beaulieu. Ailleurs en Suisse, il a également renoncé à l’édition 2019 de sa foire généraliste de Zurich (la Züspa). Son pendant bâlois, la Muba, est aussi condamnée. Voilà de quoi confirmer la désaffection du public pour les grandes foires généralistes. «Globalisation, concurrence accrue, poids des achats en ligne» font partie des explications mises en avant par le Conseil d’État et la Ville de Lausanne qui ont réagi dans un communiqué conjoint.


A lire l'édito: Il était trop tard pour sauver le Comptoir


Si elle n’est pas une surprise, la décision suscite une certaine émotion. D’abord supermarché géant, le Comptoir était aussi un marqueur de la vie vaudoise à la fin de la belle saison. «C’était le rendez-vous de la convivialité, résume Gilles Meystre, président de GastroVaud. On venait y manger la première choucroute ou un papet.»

Repère identitaire

Le Comptoir a fait les belles heures de la droite toute-puissante dans le canton, avant un basculement de la majorité. Ce qui n’empêche pas le syndic socialiste de Lausanne – et président de la Fondation Beaulieu – de dire sa «déception» de voir le Comptoir s’arrêter à un an du 100e. «Sur le plan symbolique, c’est une page importante qui se tourne, dit Grégoire Junod. Le Comptoir a longtemps fait partie de l’identité du canton.» Conseiller d’État PLR, Philippe Leuba lui rend également hommage: «Après les vacances d’été, il y avait le Cirque Knie, le Comptoir et puis Noël, dit-il. C’est un moment de tristesse car il a été constitutif de l’essor du canton en permettant son développement économique.» Et de rappeler que la fin du Comptoir «résulte du comportement des Vaudois» qui ont peu à peu quitté les allées de Beaulieu.

Cela n’a pas empêché ses adeptes d’espérer une ultime édition, histoire de finir sur un chiffre rond. Des exposants s’étaient mobilisés en septembre dernier, affichant leurs T-shirts «Je suis le Comptoir». Dominique Figuet en faisait partie et regrette déjà ce contact avec la clientèle, malgré une fréquentation en forte baisse. «On réfléchit à monter quelque chose à Beaulieu en septembre prochain, pour rendre les honneurs, confie-t-il. On a déjà le nom: Comptoir Suisse 1.100. À la fois parce que ce sera une première pour le 100e et parce que ce sera très petit.»

Un salon vaudois

Mais une dernière tournée n’aurait eu de sens que si elle était orientée vers l’avenir, estiment les autorités. Pour le groupe MCH, en difficultés financières, la question s’est tout de même posée: «Nous avons examiné une formule plus courte mais cela n’aurait été qu’un demi-Comptoir, juste pour qu’il soit dit qu’on célébrait la 100e édition», commente Jean-Philippe Rochat, président du conseil d’administration de MCH Beaulieu Lausanne. L’organisateur de foires et salons planche déjà sur une formule de salon orienté sur des thématiques nationales, itinérant chaque année entre Lausanne, Zurich et Bâle.

De son côté, le monde politique vaudois n’est pas près de renoncer à un événement chargé de rassembler ses citoyens. Le Conseil d’État et la Municipalité de Lausanne ont déjà mis sur pied un groupe de travail pour réfléchir à cette possibilité. Des associations telles que GastroVaud, l’Office des vins vaudois ou Prométerre sont consultées dans une démarche qu’on devine tournée vers la valorisation du terroir vaudois. «Une manifestation ville-campagne pour réunir autour des problématiques de ces deux mondes serait souhaitable», dit Philippe Leuba, qui a présidé la première séance de ce groupe. Grégoire Junod est aussi de la partie: «Il y a un intérêt de la population pour les questions de gastronomie, d’alimentation, de traçabilité.» Reste à trouver un organisateur pour l’installer à Beaulieu.

La démarche est déjà encouragée: «Je constate qu’il y a 20 ans, la partie agricole, nature du Comptoir n’était plus à la mode mais nous n’avons pas assez mesuré la vague verte, le retour à la nature commente le député UDC Jean-Luc Chollet. S’il y a une nouvelle manifestation, il faudra des professionnels pour l’organiser. Et de la vraie agriculture. Pas une simple vitrine.»


Il faut sauver le Jean-Louis

Pour de nombreux Vaudois, le Comptoir est intimement lié au concours de dégustation journalier du Jean-Louis, organisé depuis 1941 à Beaulieu. Qu’adviendra-t-il alors de cette tradition chère aux amateurs de chasselas vaudois, où il s’agit de replacer cinq vins dans leur région de production? Aurait-on consacré le dernier Chapeau noir en 2018? «Il faut qu’il y ait au moins une fois l’an un Jean-Louis!» C’est le cri du cœur de Caroline Sale-Decrausaz, qui fait partie de la petite équipe de passionnés qui a repris l’organisation de cette épreuve en 2008, lorsque l’Office des vins vaudois (OVV) a passé la main (continuant toutefois à lui allouer 10'000 francs). Pour elle, le but serait même de maintenir le Chapeau noir, qui décore celui ou celle qui a réussi le Jean-Louis et les millésimes blancs et rouges du Comptoir. «Mais nous ne sommes qu’au stade des discussions et tout cela a un coût», prévient-elle.

Benjamin Gehrig, directeur de l’OVV, participe au «brainstorming». «Le Comptoir se repense, nous devons peut-être aussi repenser le Jean-Louis. Pourquoi pas imaginer un «Super Kevin»? rigole-t-il, évoquant le fait que les vignerons d’aujourd’hui ne se prénomment plus comme en 1941. Au-delà de la boutade, la modernisation est sur toutes les lèvres. Pour Philippe Herminjard, secrétaire de la Fédération vaudoise des vignerons et de la marque Terravin, «il faut rajeunir ce concours.

L’important, c’est d’intéresser les consommateurs de demain.» Plus d’interactivité, une décomplexification (lâcher les millésimes, ne garder que le concours journalier populaire), des ateliers de dégustation pour préparer les amateurs au concours sont quelques pistes. On parle même de faire voyager le célèbre Jean-Louis dans les autres foires régionales du canton! De quoi lui faire oublier son patois. C.CO. (24 heures)

Créé: 20.11.2018, 19h12

Philippe Miauton, Président du PLR Lausanne



«Tout le monde compare avec la Foire du Valais. Mais c’est un peu tout ce qu’ils ont, eux. Tout le monde y va, comme dans un énorme apéro. Dans le canton de Vaud, c’est un peu plus compliqué, chaque région a ses événements, son identité… Ici, j’aimerais que cela devienne un moment spécial dans l’agenda du canton. Un point de rendez-vous des régions. Avec de la fête, du terroir, des animaux, du vin»

Alain Hubler, Chef du groupe Ensemble à Gauche au Conseil communal



«Le Comptoir mourait depuis longtemps, maintenant il est mort! C’est une page qui se tourne, et il y a bien mieux à faire à Beaulieu. J’y verrais bien par exemple
du logement et des petits artisans. Comme dans un village»

Pierre Keller, Président de l’Office des vins vaudois



«J’ai toujours fréquenté le Comptoir, mais il y a un temps pour tout. C’est un échec qui a probablement
été préparé. Pourtant nous avons tout pour bien faire:
les vins, les terroirs, l’Unesco… Ce ne sera pas facile
de reconstruire quelque chose sur les cendres
du Comptoir, et il faudra un grand coup de balai avant
de le faire. J’imaginerais bien une foire de trois jours»

Pas de changement de plan pour la Fondation de Beaulieu

Crise à la Fondation de Beaulieu, mort du Comptoir, deux soubresauts de l’histoire vaudoise se jouent en un même lieu, presque au même moment. Les deux histoires se déroulent au même endroit. Mais c’est un peu tout ce qui les lie. La Fondation, secouée par des soupçons de fraude depuis un an, a-t-elle précipité la fin du raout de septembre? En disant, en août dernier, que le site était appelé à muter, que les halles nord allaient être détruites et que la Fondation, devenue société anonyme, allait privilégier les plus petites foires et les congrès, n’a-t-elle pas découragé MCH?

Non, assure Grégoire Junod, le syndic de Lausanne, à la tête de la Fondation depuis décembre 2017. «Ces annonces n’ont jamais été un obstacle pour MCH dans son organisation du Comptoir ou de ses autres manifestations. Au contraire, la Fondation a même consenti à d’importantes réductions de loyer pour soutenir MCH et le Comptoir Suisse. Une première fois, dès 2015, lorsque la Fondation a repris l’organisation des congrès et, plus spécifiquement pour le Comptoir en 2018, avec une aide de plusieurs centaines de milliers de francs.»

La mort du Comptoir permet-elle cependant à la Fondation, future SA de la Ville, d’aller plus vite vers une mutation physique du site? Peut-elle désormais démolir les halles nord afin de les rendre disponibles pour des entreprises ou des petites manifestations? «A priori non!» C’est que MCH reste l’organisateur d’autres foires, notamment Habitat et Jardin. «Cette manifestation marche bien et son contrat court jusqu’en 2021.» Les autorités lausannoises le disaient lorsqu’elles ont annoncé la création de leur SA, elles entendent de toute manière prendre le temps de tisser un consensus autour du futur du site. Les élus lausannois seront amenés à se prononcer tout d’abord pour cette nouvelle SA, au début de l’année prochaine.

Contactés à l’annonce de la fin du Comptoir, les différents représentants des partis ne pleurent pas la fin d’une manifestation qu’ils savaient condamnée. Tous attendent la copie de leur Municipalité pour se mettre à concevoir le Beaulieu du futur. «Le site est en pleine transition, observe Benjamin Rudaz, coprésident des Verts. Il faut éviter qu’une spirale de désistements ne s’installe. Le rôle des pouvoirs publics, de la Ville de Lausanne va être crucial.» L’UDC Jean-Luc Chollet, figure du monde agricole à Lausanne, encaisse sans être surpris: «Nous allons rebondir. Je salue l’optimisme du Canton et de la Ville qui déclarent vouloir refaire quelque chose d’autre. C’est jouable. J’adhère totalement au discours et à la volonté des autorités cantonales et lausannoises d’aller de l’avant, avec des congrès et des expositions mieux ciblées.» CI.M.

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