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«Nos concurrents offshore sont beaucoup plus attractifs que nous»

Le directeur de la Loterie romande, Jean-Luc Moner-Banet, évoque les enjeux du vote sur les jeux d'argent.

Jean-Luc Moner-Banet, directeur de la Loterie romande.
Jean-Luc Moner-Banet, directeur de la Loterie romande.
PHILIPPE MAEDER

Quel est l’enjeu de la loi sur les jeux d’argent pour la Loterie Romande?

Nous fonctionnons sous l’empire d’une loi fédérale de 1923 qui régit les loteries et les paris sportifs. Une autre loi de 1998 régit les casinos. Il faut adapter le secteur aux exigences du marché moderne. Cela veut dire: placer au centre l’équilibre nécessaire entre l’attractivité des jeux et la responsabilité sociale. Le jeu excessif, la protection de la population et des mineurs sont des thèmes qui n’existaient pas en 1923. Nous avons besoin d’un cadre législatif clair.

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Lire l'édito:Jeux d’argent, le lobby ne fait pas le moine

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Qu’est-ce qui vous faire dire que votre chiffre d’affaires pourrait baisser?

Nous faisons 8% de notre chiffre d’affaires avec Internet et les terminaux mobiles. Le secteur est en croissance de 20% par année parce que la jeune génération joue essentiellement de cette façon-là. Si nous n’avons pas la possibilité de nous développer avec des jeux modernes et que, dans le même temps, des opérateurs offshore développent une offre foisonnante beaucoup plus concurrentielle que la nôtre, sans obligation de dédier leurs bénéfices à l’utilité publique, cette croissance du marché ne va pas se faire à notre profit, mais au profit des opérateurs offshore.

Pourquoi ne pourriez-vous pas capter ce marché digital actuellement?

Nos concurrents offshore sont beaucoup plus attractifs que nous. Ils n’ont pas l’obligation de prélever une partie du chiffre d’affaires pour constituer un bénéfice de 217 millions pour l’utilité publique. Cet argent, ils le redonnent aux joueurs sous forme de gain. Le joueur va donc avoir intérêt à aller jouer sur ces sites de jeux illégaux. Le taux de retour d’un site offshore est de 95%. Le nôtre, sur l’ensemble de nos jeux, est de 66%. La différence s’explique notamment par l’utilité publique et les commissions aux points de vente, de 29 millions de francs dans le canton de Vaud en 2017, qui touchent à 75% des petits commerces indépendants. La Loterie Romande existe dans ce but-là. La Suisse a le système le plus pur, avec un lien direct entre le joueur et le bénéficiaire. Nos études de marché montrent que les joueurs le savent. Ils se disent: «Je gagnerai peut-être, ou peut-être pas. Mais je sais que, si je ne gagne pas, l’argent que j’aurai perdu ira au club de foot de mon village, à ma chorale, à ma fanfare.»

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Le joueur choisit-il vraiment où il joue en fonction du taux de retour?

Bien sûr. Les joueurs sont parfaitement conscients des avantages qu’ils ont. C’est pour cela que ces sites offshore ont beaucoup de succès. Les joueurs sont éduqués, car il existe des sites pour comparer les cotes de paris sportifs. De ce point de vue là, nous ne sommes pas concurrentiels. L’acceptation de cette loi nous donnerait accès à des nouvelles formes de jeux qui nous sont interdites. Dans le même temps, elle régulera le marché en restreignant l’accès aux sites offshore plus attractifs que nous et protégera la population conformément à la Constitution. Dans dix ans, si la loi est refusée, la croissance du digital se sera complètement reportée sur les sites offshore et pas chez nous.

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