Condamné dans l'ombre du sadique de Romont

ProcèsVictime rescapée en 1987 du tueur en série, aujourd’hui abuseur d’enfants selon la Cour d’appel malgré ses dénégations, l’homme âgé de 44 ans a été condamné mardi à 42 mois ferme.

La Cour d’appel a estimé nécessaire de souligner que le statut de Thomas, ancienne victime rescapée de l’un des plus terrifiants tueurs en série qu’ait connus la Suisse romande, n’a joué aucun rôle dans son analyse des actes reprochés.

La Cour d’appel a estimé nécessaire de souligner que le statut de Thomas, ancienne victime rescapée de l’un des plus terrifiants tueurs en série qu’ait connus la Suisse romande, n’a joué aucun rôle dans son analyse des actes reprochés. Image: Patrick Martin

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Impassible, visage fermé, Thomas*, 44 ans, complet sombre, n’a pas bronché, mardi matin, à la lecture du verdict de la Cour d’appel cantonale.

Ses dénégations constantes n’auront servi à rien. Il n’a pas davantage convaincu de son innocence les juges cantonaux que le Tribunal correctionnel, qui l’a condamné en octobre dernier à 4 ans de prison pour abus sexuels à son domicile sur deux fillettes et un garçonnet de son entourage. Et si cette instance supérieure dont il a sollicité la sagesse a réduit la peine de 6 mois, c’est uniquement parce que, à la différence de la première, elle a estimé que certains des actes reprochés relevaient de la tentative, non de faits accomplis.

«Cette décision ne me surprend pas, commente son avocat, Me Jacques Barillon. Le postulat de départ, «l’abusé abuseur», a été validé par les différents magistrats qui se sont prononcés sur ce dossier.» Une suspicion de destinée toute tracée si pesante dans cette affaire que la Cour d’appel a estimé nécessaire de souligner que le statut de Thomas, ancienne victime rescapée de l’un des plus terrifiants tueurs en série qu’ait connus la Suisse romande, n’a joué aucun rôle dans son analyse des actes reprochés.

Le parcours de vie dramatique de Thomas, torturé et laissé pour mort par le sadique de Romont une nuit de 1987, a évidemment contribué à atténuer la sanction. Cela d’autant plus qu’à la souffrance physique s’est ajoutée une souffrance psychique, le jeune homme n’ayant pas bénéficié d’un soutien à l’époque.

La portée réelle de son passé douloureux est difficile à évaluer, mais elle se mesure à l’aune du diagnostic de l’expert-psychiatre concluant à une modification durable de la personnalité avec des traits paranoïaques.

Pour le reste, l’essentiel de ce triste dossier, la Cour d’appel s’est ralliée à l’appréciation du Tribunal correctionnel contre «cet homme qui a franchi la limite pénale en élargissant toujours plus l’expérimentation sexuelle et qui ne formule aucun regret». C’est un euphémisme de dire que l’expertise médicale privée sollicitée par Thomas et son avocat auprès du psychiatre français Paul Bensussan, après le premier jugement, n’a pas emporté la conviction de la Cour d’appel. «L’hypothèse de départ du Dr Bensussan est que l’appelant dit la vérité, expliquent en substance les juges cantonaux. Cet avis médical n’offre aucune garantie d’objectivité, l’auteur s’étant fondé sur une liste de pièces choisies et non sur les auditions des victimes.»

S’agissant de l’un des points fortement contestés par la défense, à savoir la crédibilité des propos de l’une des victimes qui s’est ensuite rétractée, la Cour d’appel ne s’en étonne pas: «A l’époque, sa maman avait choisi de croire l’accusé au détriment des enfants.» Et d’ajouter que les déclarations des petits, âgés de 4 à 6 ans, empreintes de dégoût, vont dans le sens de situations vécues, non pas observées dans le cadre de la vie sexuelle débridée des adultes qui les entouraient ou dans leur pratique du naturisme.

La défense de Thomas, par la voix de Me Barillon, n’entend pas en rester là: «Mon client n’a pu faire valoir aucun moyen de défense en appel: refus d’audition de témoins, refus d’expertises, tant judiciaires que privées, etc. Un recours auprès du Tribunal fédéral sera déposé.»

Chacun se plaît à souhaiter que Thomas, ainsi condamné pour contrainte sexuelle, actes d’ordre sexuel avec des enfants, pornographie et voies de fait, ne soit pas incarcéré dans le même établissement où le sadique de Romont purge depuis 1989 sa peine de prison à vie pour quatre assassinats et deux tentatives.

* Prénom d’emprunt (24 heures)

Créé: 24.06.2015, 09h40

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