Conditions durcies pour les projets de centres commerciaux

Aménagement du territoireLa prolifération des hypermarchés en campagne, c’est fini. L’Etat veut mettre de l’ordre dans les rayons.

Le projet d’agrandissement de la Coop de Vich, malgré une réflexion sur la mobilité, n’a pas convaincu.

Le projet d’agrandissement de la Coop de Vich, malgré une réflexion sur la mobilité, n’a pas convaincu. Image: Alain Rouèche

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Pour reconstruire plus beau et plus grand le vieux supermarché de Coop, à Vich, les promoteurs avaient joué la carte du développement durable et de la mobilité douce. Pourtant, leurs plans n’ont pas passé la rampe. En novembre dernier, la commune refusait le permis de construire à la suite du préavis négatif du canton ( lire ci-dessous).

Ce n’est pas le premier projet de centre commercial qui capote. En 2006 déjà, le canton avait refusé au promoteur Christian Constantin le droit de construire à Signy un deuxième complexe à 60 millions, pourtant conforme au plan de la zone qu’il avait lui-même avalisé. C’est la surcharge de trafic qu’allait générer ce centre qui avait motivé le revirement. «Il y avait dans la région nyonnaise quatre projets de surfaces commerciales. Nous avons alors discuté avec les autorités locales pour faire une analyse générale en tenant compte de leur bassin d’achalandage. Et nous avons réorienté le programme», rappelle Christian Exquis, responsable des pôles cantonaux de développement. Résultat: Christian Constantin, qui s’était défendu jusqu’au Tribunal fédéral, avait renoncé.

Quant à Migros, elle a dû revoir à la baisse le projet de reconstruction de son Brico-Loisirs de Nyon. C’était une première application de la nouvelle stratégie cantonale en matière d’installations commerciales à forte fréquentation (ICFF). En mars dernier, le Conseil d’Etat a entériné une directive qui affine et uniformise les critères d’appréciation en fonction d’une typologie des commerces.

Agrandir sera difficile
Son principe de base est clair: «Mettre la bonne activité au bon endroit.» Il concerne tous les grands magasins ou marchés spécialisés, centres de sport, multiplexes de cinéma, de culture ou de formation attirant un fort public. L’idée n’est pas d’empêcher tout développement, mais de veiller à une implantation judicieuse pour éviter le mitage du territoire et maintenir la vitalité des centres urbains. A partir d’une surface de vente de plus de 800?m2, un groupe d’experts analyse l’impact du projet sur l’urbanisation, la mobilité, l’environnement et l’économie.

«On mettra un supermarché alimentaire là où il y a une densité de population, car on y va chaque jour. A l’inverse, un grand centre spécialisé où l’on se rend occasionnellement peut se situer en périphérie, mais à certaines conditions», résume Philippe Gmür, chef du Service du développement territorial (SDT). Ainsi, une implantation en périphérique d’un regroupement de commerces, avec des accès favorisant la voiture, devra capter une plus large clientèle. Un bassin d’au moins 50?000 habitants/emplois pour un gros garden-center ou un magasin d’ameublement. Et, pour les surfaces non conformes aux critères cantonaux, un seul agrandissement de l’ordre de 5% des surfaces de vente sera autorisé, sans places de parc supplémentaires.

La version la plus aboutie de cette politique des ICFF se trouve dans le Projet d’agglomération Lausanne-Morges (PALM). Elle a guidé la planification du secteur Arc-en-Ciel, entre Bussigny et Crissier. Les activités commerciales s’insèrent dans un «show room» offrant une vraie mixité entre activités, logements, espaces publics et mobilité douce. Les pôles de développement voulus par le canton, qui ont concentré des activités sur des terrains réservés, n’échappent pas à l’examen des ICFF. Au Littoral Parc d’Etoy, on s’est rendu compte un peu tard que l’alignement d’Ikea, de Coop, de Pfister et d’autres grandes enseignes noyaient la région sous un flot de voitures. Fin 2007, le canton décidait d’y interdire toute nouvelle implantation de surface pour y intégrer des logements et des espaces publics.


Le projet de Vich revoit sa voilure
«Nous avions d’entrée marqué notre opposition à l’agrandissement de la Coop», explique le syndic de Vich, Michel Burnand. Parce que ce supermarché est situé à un jet de pierre de la jonction autoroutière de Gland et du giratoire de la Bichette, nœud routier déjà lourdement saturé aux heures de pointe.

Le projet présenté offrait pourtant toute une série de mesures d’accompagnement pour réduire l’impact sur la mobilité: Coop promettait de réserver un étage de son futur parking de 650?places pour un Park & Ride, des cases pour le covoiturage, d’introduire un système de livraison à domicile par véhicules électriques, de rapprocher l’arrêt de bus.

Reste que le projet faisait passer la surface de vente de 2700 à 10?000?m2. Il avait suscité des oppositions des associations de protection de l’environnement, mais aussi un préavis négatif du Conseil régional, estimant qu’il allait peser sur le schéma directeur Gland-Vich, promis à un fort développement ces prochaines années.

Le permis de construire refusé, le maître d’œuvre, Emeg SA, a fait recours au Tribunal administratif et a repris langue avec la commune et le canton. «Le magasin marche tellement bien qu’il y a du parking sauvage. L’idée était donc d’adapter ces locaux devenus vétustes, d’autant plus que la population de la région va augmenter avec l’arrivée de l’écoquartier de Gland et que des aménagements routiers sont déjà prévus dans ce secteur», précise Pascal Eudes, responsable du dossier chez Emeg. Il se déclare prêt à réduire les surfaces commerciales. (24 heures)

Créé: 28.05.2012, 22h33

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