«La confiance se mérite, elle ne se décrète pas»

EcoleLa nouvelle conseillère d’Etat propose d’aider plus avant les enseignants aux prises avec les élèves turbulents. L’informatique à l’école est également abordée. Des sujets «concernants»

Elue le 21 mai dernier, la socialiste Cesla Amarelle a repris le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC). La ministre compte laisser plus d'espace au numérique à l'école.
Vidéo: PASCAL WASSMER

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Baptême du feu pour la nouvelle conseillère d’Etat Cesla Amarelle. La ministre socialiste de la Formation s’est frottée mardi au rituel de la conférence de presse consacrée à la rentrée scolaire. Un exercice d’équilibrisme où il s’est agi de se montrer dynamique et visionnaire, sans pour autant renier le travail abattu par la prédécesseure, à savoir sa camarade Anne-Catherine Lyon, qui a occupé ce poste durant quinze ans.

Les premiers pas de Cesla Amarelle dans sa nouvelle fonction seront bien entendu scrutés par les acteurs du milieu scolaire, mais aussi par ses opposants politiques. Histoire d’aller au-delà des chiffres et des nouveautés qui marquent cette rentrée 2017-2018, elle a accordé une interview à 24 heures.

– Dans quel état d’esprit abordez-vous votre première rentrée des classes?
– C’est à la fois du plaisir, un honneur et une fierté d’assumer la conduite politique de la Formation, rôle d’autant plus important que nous sommes dans une étape de transformation sociale. Il faut à la fois assurer l’acquisition des compétences professionnelles et d’outils intellectuels qui permettront aux enfants de trouver leur place dans la société et de s’épanouir.

– Pas de craintes?
– De l’émotion plutôt. Je présidais ce matin la Conférence plénière des directeurs, qui avait lieu au 1031, un auditoire de l’Université de Lausanne où j’ai appris à enseigner. C’était émouvant, je l’ai caché sur le moment, mais c’est là que j’ai donné mes premiers cours comme assistante. Il m’a fallu quatre ans pour évacuer le stress de l’enseignement. Les mises en échec de l’école dans certaines situations sont éprouvantes. On se sent nous-mêmes parfois largement insuffisants dans ces moments-là. Il faut alors redonner aux enseignants cette force et cette confiance. Ce qui aide, ce sont ces moments magiques où on voit le déclic sur le visage de l’élève qui comprend. C’est ce qui me manque depuis que j’ai arrêté d’enseigner, en juin.

– Comment allez-vous regagner la confiance des enseignants?
– Comme je l’ai dit en conférence de presse, je vais conduire ce département en les associant ainsi que leurs directions de manière adéquate. Avec bienveillance et confiance.

– Mais concrètement, qu’allez-vous faire?
– La confiance, ça ne se décrète pas, ça se mérite. D’abord, en mettant en place des projets qui répondent à leurs besoins et aux besoins des élèves tout en gardant une conduite générale cohérente. Et pour cela, il faut aller prendre la température dans les salles des maîtres et dans les classes.

– Vous irez en personne sur le terrain?
– Oui, je vais me rendre dans une quinzaine d’établissements, mais je ne tiens pas à médiatiser ces visites. Je vais aller dans les conférences des maîtres, dans les établissements multisites, dans les classes où les maîtres enseignent à deux niveaux, dans les conseils pédagogiques, dans les classes d’accueil, et là où sont mis en place les projets pilotes des mesures socio-éducatives, etc.

– Quelle culture comptez-vous insuffler au Département, qui a la réputation d’être directif, censeur et bureaucratique?
– Pour moi, ce qui compte par-dessus tout, c’est la relation humaine entre les enseignants et les élèves. Aucune directive, aucun livre scolaire ne peut la remplacer. Dans le domaine du numérique ou des mesures socio-éducatives, par exemple, il faut laisser venir les initiatives. C’est l’enseignant qui comprend le mieux quel type de projet il faut mettre en place. Ça ne sert à rien d’imposer un plan pluriannuel d’utilisation de matériel numérique. Il y aura des espaces pour la conduite de projets du bas vers le haut, et il y aura un espace de conduite politique, avec la vision que l’on veut donner à la formation. C’est un équilibre, l’un et l’autre ne sont pas du tout incompatibles.

– Faut-il s’attendre à du changement dans l’organigramme du Département?
– J’accorde de l’importance à la stabilité, dans l’administration y compris. Mais s’il y a des raisons structurelles pour changer l’organisation des services, on le fera. Des réflexions sont en cours à ce sujet, car beaucoup de dossiers concernent à la fois trois services: les Directions générales de l’enseignement obligatoire et postobligatoire ainsi que le Service de l’enseignement spécialisé et de l’appui à la formation.

– Allez-vous mettre sur le métier la loi sur le personnel enseignant, et ainsi régler ces vieilles disparités salariales entre les maîtres du secondaire et ceux du primaire, qui sont moins bien payés?
– Il est trop tôt pour le dire. C’est un sujet conséquent, et ça ne fait que six semaines que je suis en fonction: ce qui était prioritaire, c’était de préparer cette rentrée scolaire. Le programme de législature est en phase d’élaboration, il sera rendu public en novembre et il ne dépend pas que de moi.

– Un projet pilote socio-éducatif est lancé dans six établissements scolaires pour cette rentrée. Comptez-vous engager des éducateurs dans les collèges?
– La question doit être étudiée. Les mesures socio-éducatives que nous voulons renforcer se déclinent sur six projets différents. Certains consistent à mettre en place du coaching pour les enseignants, comme pour les élèves. Il faut aussi identifier la nature du problème de l’élève qui pose des difficultés. Cela peut être des difficultés d’apprentissage ou de comportement, les unes pouvant entraîner les autres. Des programmes existent déjà, comme les MATAS (ndlr: modules d’activités temporaires et alternatives à la scolarité) où l’on casse le rythme scolaire pour mettre l’élève quelque temps ailleurs, dans un cadre plus calme, ou des projets culturels pour les sensibiliser à la musique ou au théâtre et rompre avec la routine scolaire ou encore de l’accompagnement familial. L’important est de comprendre que nous n’allons pas donner des ordres sur ce qui doit être fait dans le domaine socio-éducatif: nous allons partir des expériences sur le terrain et accompagner, avec un pilotage politique clair, la mise en place de nouvelles mesures.

– Vous voulez que l’école travaille davantage avec l’informatique. Or, le règlement sur l’aménagement intérieur des classes reste en panne faute d’entente entre le Canton et les Communes. Qu’allez-vous faire?
– Pour moi, il est fondamental de ne pas emmancher cette question de l’informatique à l’école en partant de l’équipement. En France, par exemple, l’éducation nationale a distribué des tablettes à tous les élèves et certaines restent dans les cartons… C’est sous-estimer le thème du numérique que de l’empoigner en pensant d’abord à l’équipement. Car le numérique est un changement fondamental qui transcende notre manière de penser, de nous concentrer. Cela change notre relation à l’intime, notre relation à l’espace public. La question n’est pas de savoir si l’école va être digitale ou pas: tous les pans de la société sont concernés. Les caissières, les taxis, les gens en général avec les générations de smartphones qui se succèdent. Dans ce contexte, l’école est forcément influencée.

– L’école ne peut-elle pas rester sur les contenus qu’il faut apprendre?
– L’école apprend à comprendre la réalité! C’est sa fonction première et la réalité sociale d’aujourd’hui, c’est qu’il faut prendre en compte la question du numérique. L’école donne des connaissances, or cette connaissance-là est fondamentale dans ce monde. A partir de là, la question est de savoir qui va engager nos élèves dans le numérique. Est-ce que ce sera Swisscom, Google ou les pouvoirs publics? Ce sont à ces derniers d’apprendre le numérique aux enfants. De même que les parents doivent aussi réfléchir à la question.

– Vous parlez d’un bond en avant à accomplir. L’école vaudoise a-t-elle pris du retard?
– C’est aujourd’hui le bon moment pour empoigner ce dossier. Nous en sommes au stade où nous pouvons voir ce qui a été fait ailleurs, dans les autres cantons et les autres pays, s’en inspirer ou veiller à ne pas reproduire les mêmes erreurs. L’important sera de coupler la volonté de développer l’informatique à l’école à celle de renforcer les interactions humaines et l’apprentissage des matières.

Créé: 16.08.2017, 06h41

Quelques chiffres

92'342



C'est le nombre d'élèves de l’école obligatoire qui prendront le chemin des classes la semaine prochaine. C’est, comme chaque année, une augmentation (+1%). 63 424 enfants suivront les cycles primaires, et 22'528 les degrés secondaires. Très observée depuis la suppression de la VSO, la répartition entre les deux voies est la suivante: 44% en prégymnasiale, 56% en générale.




36'230



C'est le nombre d'élèves qui feront leur rentrée en scolarité post-obligatoire. Parmi eux, 13 101 étudiants (+6%) rallieront l’un des onze gymnases vaudois. 68% en Ecole de maturité, 25% en Ecole de culture générale et 7% en Ecole de commerce. Les apprentis, eux, seront plus de 22'500 à faire leur rentrée. Les chiffres détaillés de la filière professionnelle ne seront toutefois pas connus avant la fin de l’année.

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L'entrée au gouvernement en trois questions

– Comment s’intègre-t-on dans un collège exécutif où tout le monde se connaît depuis des lustres?

– Je crois qu’on s’intègre par le travail. C’est ce à quoi nous nous sommes directement attelés cet été en planchant sur le budget 2018 et sur le programme de législature. Le Conseil d’Etat aborde là de vraies questions politiques, mène des discussions de fond. Cela comprend un facteur humain et une dimension relationnelle qui sont importants.

– Avant votre entrée en fonctions, vous vous êtes démarquée en annonçant la démission de votre mari du CHUV pour éviter toute suspicion de conflit d’intérêts. Serez-vous la Mère la Rigueur du Conseil d’Etat?

– C’est mon mari qui a décidé d’annoncer sa démission car il estimait, tout comme moi, que son rôle de membre de la direction du CHUV était incompatible avec mon mandat de conseillère d’Etat. Le contexte veut ça. Aujourd’hui, les politiciens doivent être attentifs à leur comportement en lien avec non seulement les conflits d’intérêts, mais aussi les apparences de conflits d’intérêts. Plus j’avance, plus je me rends compte à quel point on a eu raison de faire ce choix, car rien que sur les débats budgétaires en cours, c’est beaucoup plus simple d’être libérée de tout lien. Le Département de la santé, comme celui de la Formation, a de gros budgets: il y a des débats et des arbitrages politiques qui doivent se faire. Il est important qu’ils aient lieu sans a priori.

– Projet culturel phare du Canton, Plateforme 10 (le Pôle muséal) va rester sous la responsabilité de Pascal Broulis, chef du Département des finances et des relations extérieures. Pourquoi? C’est vous la cheffe de la Culture…

– Il est rattaché au DFJC sous l’angle du programme des musées en tant que tel. Mais le Pôle muséal est le plus gros investissement culturel de Suisse romande, en termes d’infrastructures. Pascal Broulis étant en charge du SIPAL (ndlr: Service immeubles, patrimoine et logistique), il est logique que ce projet soit sous sa responsabilité. La coopération se passe très bien.

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