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Confinés parmi les confinés, les détenus encore plus isolés

Visites, activités sportives et ateliers n’ont plus cours dans les prisons vaudoises. Ces restrictions font craindre la bombe à retardement.

Les prisons vaudoises sont plus fermées que jamais. Hormis les avocats, qui se freinent spontanément, les visites sont interdites.(Photo: Patrick Martin)
Les prisons vaudoises sont plus fermées que jamais. Hormis les avocats, qui se freinent spontanément, les visites sont interdites.(Photo: Patrick Martin)
Patrick Martin

«Il y a des tensions et des problèmes énormes liés à l’aspect confinement», a déclaré par deux fois en conférence de presse Denis Froidevaux, chef de l’État-major cantonal de conduite (EMCC). Déjà confinée en temps normal, la population carcérale se retrouve en privation presque totale de ses soupapes de décompression que sont l’activité et le lien.

Que ce soit au nom de la santé publique ne change rien à l’abrupte coupure survenue dans le quotidien des détenus: plus d’ateliers hors intendance, d’activités sportives, de visites ou de sorties dans le cadre de permissions, seules les promenades quotidiennes sont préservées, dans des conditions compatibles avec les règles sanitaires de base.

Les visites d’avocats restent permises, mais elles se sont naturellement réduites, les défenseurs se refusant à se muer en vecteurs de la maladie derrière les barreaux.

Ces conditions très restrictives sont à la mesure de la crainte de voir une population en vase clos contracter la maladie. Selon les dernières informations obtenues, le virus se serait frayé un chemin isolément vers des membres du personnel pénitentiaire, sans atteindre de prisonnier. Ceux présentant des symptômes grippaux sont isolés et suivis de près.

Inquiétudes amplifiées

«Dans un système carcéral où la socialisation et la resocialisation sont au centre du concept, le maintien du lien avec l’extérieur est indispensable, souligne Viviane Schekter, directrice de la Fondation Relais enfants parents romands (REPR). La plupart des détenus et leurs proches comprennent la nécessité de protéger et sont même rassurés qu’on le fasse. Mais les inquiétudes mutuelles, déjà présentes en temps normal, sont encore amplifiées: il y a la peur que le détenu contracte le virus et doive être soigné en prison, l’angoisse qu’un proche l’attrape et ne puisse le communiquer…»

«Les détenus n’ont aucune compensation à ces nouvelles restrictions, ils n’ont pas droit à davantage d’appels par exemple, note Madeleine Pont, fondatrice du Groupe d’accueil et d’action psychiatrique, très actif aux côtés des patients psychiques emprisonnés. Comme les appels doivent être surveillés, les agents ne sont pas assez nombreux pour multiplier les coups de fils.»

Craintes exacerbées

Affleure la crainte de la bombe à retardement. Anonymement, une agente de détention s’inquiète: «Nous sommes face à des personnes dont beaucoup relèvent de la psychiatrie. Avec des gens souffrant déjà de troubles anxieux, cela risque de s’accentuer.» Chef du Service de médecine psychiatrique et pénitentiaire, Didier Delessert précise que le minimum est préservé: «Les détenus continuent de bénéficier d’un suivi médico-infirmier régulier moyennant des précautions. L’accès à des consultations spécialisées est restreint de manière identique à la population générale, mais toutes les urgences sont assurées.»

Lourde pour les détenus, la situation l’est donc aussi pour le personnel pénitentiaire, dont Denis Froidevaux a salué «l’énorme travail de l’ombre». «On s’adapte au jour le jour pour protéger les détenus et nous protéger», relève Aline Audino, présidente de l’Association vaudoise des agents pénitentiaires.

Attention renforcée

Pour tenter de désamorcer les inévitables crispations, certains acteurs du monde extérieur veillent à ce que les oubliés de la société ne soient pas les oubliés de la pandémie. La Fondation REPR redouble d’inventivité.

«Comme il n’est plus possible de rencontrer les familles lors des visites, nous cherchons à les atteindre autrement, reprend Viviane Schekter. Nous avons renforcé notre ligne téléphonique et notre présence sur les réseaux sociaux. Certains détenus étaient inquiets de savoir leur conjoint seul à la maison avec les enfants, nous essayons de les aider avec des astuces toutes bêtes.»

Une autre corporation s’assure que les droits des prisonniers ne soient pas sacrifiés sur l’autel de la prudence: les avocats. Le bâtonnier vaudois, François Gillard: «Nous restons très attentifs à l’impact que peut avoir le coronavirus sur les conditions de détention et l’exécution des peines.»

Avec les 472 agents pénitentiaires vaudois, Aline Audino s'efforce d'être encore plus à l'écoute: «On prend plus de temps pour parler, vu que les visites ont été supprimées, on essaye de désamorcer les tensions supplémentaires que cela a causées. Mais dans l’ensemble, on n’a pas noté davantage d’incidents ou de tensions que d’habitude.»

Irréductible optimiste, selon ses propres dires, Viviane Schekter espère que la crise apportera du bon pour le plus long terme. «En Suisse romande, certains établissements commencent à étudier la possibilité d’introduire des contacts par Skype ou Zoom. De nouveaux outils vont peut-être se développer grâce à cette catastrophe, qui seront bénéfiques à long terme. On croit qu’on recule, mais c’est peut-être aussi une opportunité d’avancer.»

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