La Confrérie prend son bâton de pèlerin

Fête des VigneronsN’avoir pas demandé de garantie de déficit pèse lourd alors que les comptes virent au rouge. Mais des espoirs subsistent

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Image d'illustration Image: Chantal Dervey

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«Nous engrangeons beaucoup de messages de soutien. Selon moi, c’est le peuple qui va sauver cette fête si populaire.» Le constat est dressé par Frédéric Hohl après l’annonce d’un «manque à gagner» (le déficit définitif n’est pas encore connu) de 16 millions pour la Fête des Vignerons. Le directeur exécutif a reçu des réactions telles que celle-ci: «Nous avons été 1 million de visiteurs. Et si chacun donnait 10 francs?» L’organisation envisage-t-elle de lancer un crowdfunding pour renflouer les caisses? «Nous prenons la température», pose Frédéric Hohl.

Depuis des mois, le bruit courait que les résultats financiers seraient mauvais et que les figurants ne verraient pas leurs costumes remboursés. Mais l’ampleur de la gueule de bois surprend des observateurs du milieu du spectacle.

Pour sauver les meubles, l’abbé-président, François Margot, a fait un appel du pied au monde politique ce week-end dans les médias. Frédéric Hohl rappelle ce qu’il avait soulevé à plusieurs reprises durant les préparatifs: «Des manifestations telles que le Marché de Noël ou le Montreux Jazz Festival seraient en faillite sans argent public. Si nous étions traités comme les autres, nous ne serions pas en train d’avoir cette discussion sur ce manque à gagner.» Mais la Confrérie était d’un autre avis et François Margot n’a eu de cesse de répéter que la Fête devait se passer de l’argent des contribuables. «Il s’agissait d’une volonté d’indépen dance mais non orgueilleuse», souligne François Margot.

Pas de retour en arrière

Une intention louable, mais qui se paie cash. Le problème, désormais? «La loi est claire, il est interdit de verser après coup des subventions si les choses n’ont pas été discutées en amont. Pareil pour les garanties de déficit. Mais l’État peut-il simplement fermer les yeux et les oreilles?» s’interroge une source proche du dossier.

La Confrérie n’a pas voulu, dans un premier temps, faire appel aux deniers publics, soit. Mais pourquoi n’avoir pas demandé au minimum une garantie de déficit? En 1999, une telle couverture avait été accordée par le Canton, à hauteur de 3 millions, confirme le Département de l’économie.

«En cas de risque terroriste avéré, nous n’aurions pas été en mesure de garantir la sécurité. Nous avons donc pensé préférable de demander à l’État de prendre le relais si les choses tournaient mal, plutôt que de demander une garantie de déficit», explique Frédéric Hohl. Sauf que, renseignements pris, rien n’empêchait de demander cumulativement de l’aide à la fois sur les deux versants. «C’était peut-être idiot, mais on est toujours plus intelligents après coup, affirme Frédéric Hohl. Et il ne faut pas oublier qu’une fois qu’une telle couverture est activée, il faut ensuite subir des contrôles et des audits à n’en plus finir. Je l’ai vécu à Genève après l’Euro 2008.»

Pour ne pas laisser des créanciers de la Confrérie en mauvaise posture et ne pas voir l’organisateur de la Fête inscrite à l’Unesco partir en faillite, une «aide d’urgence à manifestation patrimoniale en péril» serait-elle envisageable? Le Canton interviendrait-il? Le Département de la culture ne fait «aucun commentaire». «Ce sera du ressort du Conseil d’État», estime une source proche du dossier. Qui émet une hypothèse: «Plutôt que de verser de l’argent, peut-être le Canton accepterait-il de renoncer à encaisser certaines factures – par exemple, celles émanant de la gendarmerie?» Pour rappel, la Confrérie a annoncé que la gestion de la sécurité lui a coûté environ 5,5 millions sur les 8 millions qu’elle a payés aux pouvoirs publics.

Du côté de Vevey, la Ville seraitelle prête à faire un geste? Une convention a été signée entre la Municipalité et la Confrérie, réglant l’utilisation de l’espace public. Que la Confrérie paie pour la remise en état de la pelouse du Jardin du Rivage après la manifestation paraît logique. En revanche, le fait que la Commune ait demandé à la Confrérie de combler le manque à gagner des places de parking et des amendes avait fait grincer des dents. «Nous avons voulu une opération blanche pour la Ville, alors que nous avons fourni des efforts considérables pour la coordination, par exemple sur les questions de mobilité, rétorque la syndique Élina Leimgruber. Nous avons signé une convention, donc il est difficile de revenir en arrière. Mais nous discuterons avec la Confrérie. La décision finale appartiendra sans aucun doute au Conseil communal.»

Vendre les bijoux de famille?

En avril, François Margot avait annoncé à «24 heures» des réserves de la Confrérie de l’ordre de 15 millions. Le Château, qui abrite le musée de la Confrérie mais également le Musée historique de Vevey et le restaurant de Denis Martin, devra-t-il être vendu? Le comptable de la Confrérie, Jean-Christophe Gross, rassure: «La Confrérie est une association dont le but est d’organiser la Fête des Vignerons. Ses actifs se montent à 12,5 millions environ. Une deuxième entité, la Fondation, dont le but est de maintenir le patrimoine immobilier et muséal, est propriétaire du Château. Ce dernier est valorisé dans nos comptes à hauteur de 2,5 millions et il ne devrait pas être impacté par le résultat de la Fête.»

En outre, les consœurs et confrères paient une finance d’entrée unique de 300 fr. (50 fr. pour les enfants de membres). Une cotisation annuelle pourrait être introduite pour amener un peu de cash à la Confrérie.

Créé: 01.10.2019, 16h50

De l’argent via les enchères

Ils sont ados et cousins. Ils habitent deux appartements, l’un en dessus de l’autre, dans une maison vigneronne du bord du lac, à Rivaz. Deux d’entre eux, Zian et Elli, ont posé leurs costumes de cartes dans le salon de leurs parents. Dans un premier temps, ils ne devaient pas les récupérer, mais la Confrérie a été magnanime, suite à une pétition des figurants: elle les a autorisés à garder ce qui avait été au départ considéré comme un accessoire destiné à être vendu.

Leur cousine a eu un autre destin: oiseau de feu, son costume partira à la vente aux enchères qui se tiendra ce week-end à Aigle (Entrepôt Michel et fils). «Elle va investir et espère le rentabiliser dans deux ans, en créant un spectacle avec ses amies», sourit sa mère, Sonia.

La vente aura lieu le vendredi, uniquement pour les figurants (de 16 à 22 h), puis pour tout le public le samedi (de 9 à 20 h) et le dimanche (de 9 à 19 h). Le site de la Fête des Vignerons détaille: «Différents types d’objets seront mis en vente: des décors et accessoires qui ont suscité tant d’émotion pendant le spectacle au mobilier et à la vaisselle qui ont fait partie de l’accueil des visiteurs […]. Le matériel de bureau sera également mis en vente. Chacun pourra ainsi emporter chez lui un souvenir de l’édition 2019 de la Fête des Vignerons.»

Sur le catalogue en ligne figure le bateau dans lequel montait Julie, orné d’un article de «24 heures» publié à l’occasion de l’inscription de la Fête des Vignerons à l’Unesco. Ou encore le pédalo ou les chevaux portés par les Cent pour Cent.

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