Avec lui, les congères frissonnent d’effroi

Vague de froidPascal Mettraux déblaie les routes du Gros-de-Vaud depuis quarante ans.

Avec leurs tracteurs équipés de chaînes ou de pneus clous, Pascal Mettraux et son fils déblaient les route et chemins du Gros-de-Vaud.
Vidéo: Michaud/Grenon

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«La neige des gonfles est dure et lourde. Quand tu rentres dedans avec la lame, c’est comme si tu rentrais dans du sable: tu sens le tracteur qui tire de côté.» Pascal Mettraux est une sorte de Dr ès congères. L’agriculteur de Villars-le-Terroir fête en effet cette année sa 40e saison de déblaiement des vagues de neige accumulées sur les routes du Gros-de-Vaud. Mardi, il a ainsi tourné non-stop de 4 h du matin à 17 h. Près de 250 km parcourus entre douze villages de la région d’Echallens pour que les automobilistes, mais surtout les services de secours, puissent circuler.

«C’est ce qui me motive en premier lieu», explique cet ancien commandant des pompiers. En ce mercredi matin, la bise lui laisse toutefois un peu de répit. C’est donc en buvant un chocolat chaud qu’il évoque ses luttes contre les éléments. Chez les Mettraux, le dégagement de la neige est une tradition familiale. «Mon grand-père et mon père effectuaient déjà ce travail… avec un triangle tiré par trois chevaux.» Heureusement, les cabines des tracteurs sont désormais étanches et chauffées.

Jus d’orange pour tenir

Pour Pascal Mettraux, le marathon de mardi a toutefois presque été une «petite» journée: «Il y a deux ans, avec mon fils Patrick, nous avions tourné quarante-quatre heures d’affilée. On carburait au jus d’orange pour tenir.» Près de 950 km parcourus par chaque tracteur dans un combat incessant contre le vent et la neige. «Le problème, quand ça souffle fort, c’est que tu ne peux pas t’arrêter. La neige s’accumulant au rythme d’environ 15 à 20 cm d’épaisseur par heure, tu es obligé de repasser à chaque endroit dans le même laps de temps.»

«Si on m’appelle à 4 h du mat’, à 4h02, je roule!»

Son travail lui donne parfois l’occasion de jouer les saint-bernard. «J’ai eu embarqué dans le tracteur des gens qui devaient se rendre chez le médecin à Echallens.» Il arrive aussi que son natel sonne en pleine nuit pour qu’il aille dégager l’accès à une ferme isolée, où un vétérinaire a été appelé en urgence. Le treuil installé à l’arrière du tracteur lui permet également de remettre sur le bon chemin des conducteurs en perdition. «C’est important de pouvoir réagir vite, car chaque minute qui passe, la neige s’accumule et rend le dépannage plus difficile.»

Un conducteur paraplégique coincé dans sa voiture l’a ainsi remercié de lui avoir «sauvé la vie». «Il était bloqué sur un chemin de campagne et son téléphone n’avait plus de batterie.» D’autres, en revanche, se seraient bien passés de devoir l’appeler à l’aide. «Il y a parfois des surprises dans les voitures bloquées dans la neige. Mais je ne dirai rien!»

Du sel sous les bottes

Lorsque Eole se calme enfin, il reste les importants travaux de nettoyage et de rétablissement à effectuer. «On lave chaque soir les tracteurs à l’eau chaude pour enlever la glace qui se forme partout et surtout le sel: avec ce qu’on ramène sous les bottes, même les pédales dans la cabine finissent par se gripper.» Le fait d’être patron de sa propre entreprise de travaux agricoles lui simplifie toutefois la tâche. «Chaque début d’hiver, nous préparons tout le matériel: les quatre tracteurs avec les lames, les semoirs à sel et les pneus à clous qu’il faut installer sans savoir s’ils nous seront utiles. Du coup, financièrement, on ne s’en sort que les années où il y a beaucoup de neige.»

Pas de quoi toutefois le faire renoncer à ce travail qu’il qualifie même de «passion». «Le plus important est de bien connaître le terrain: les coins à problèmes, ceux où tu peux racler un peu plus large, ceux où il ne faut pas mettre une roue à côté de la route.» Un exercice pas toujours facile lorsque tout est recouvert de vagues blanches. «Il m’arrive quand même quelquefois de me planter. Dans ces instants-là, tu pries pour arriver à ressortir avant qu’un copain te prenne en photo avec son natel», rigole l’agriculteur.

La bise semble calmée pour de bon. Mais dès qu’elle reprendra vigueur, Pascal Mettraux repartira à l’assaut des «gonfles» pour le compte du Canton, de sa Commune ou de clients privés. «Mes tracteurs sont toujours prêts à partir. Equipés, plein fait avec le mazout spécial et l’additif pour pouvoir rouler jusqu’à –30 °C, sous prise électrique pour pouvoir démarrer tout de suite et tournés dans le bon sens. Si on m’appelle à 4 h du mat’, à 4h02, je roule!» (24 heures)

Créé: 18.01.2017, 16h58

Le redoux n’est pas pour demain

Ce n’était pas le jour et la nuit en matière de températures, entre mardi et mercredi, mais quand même: les Vaudois ont moins ressenti le froid au deuxième jour de la première offensive de l’hiver, en raison de la bise qui a nettement faibli. «On a malgré tout encore enregistré des rafales entre 40 et 55 km/h sur le Plateau. Et à Lausanne, il faisait –2 degrés ce mercredi», explique Frédéric Glassey (MeteoNews). Le redoux n’est donc pas pour demain. «On pourrait peut-être flirter avec le 0 degré dès lundi.»

Moins de bise et donc moins de congères au bord des chemins et plus aucune route fermée à la circulation. Moins d’incidents signalés à la police cantonale vaudoise, aussi: seulement sept, qui allaient de la touchette entre voitures dans un giratoire à Payerne à la sortie de route dans un talus au Sépey, contre quelques dizaines la veille.

Dans la région de Morges, c’est aussi le retour à la normale sur les routes et dans les écoles. Ainsi, l’établissement scolaire Apples-Bière, fermé tout le mercredi encore, rouvre ses portes à ses 800 élèves ce jeudi. Pour l’anecdote, les petits malins qui pensaient que leurs heures d’arrêt passeraient à la trappe à cause de la météo repasseront: elles sont juste reportées à mercredi prochain.

Sur le Léman enfin, les bateaux de la CGN ont repris une activité normale sur les lignes Lausanne-Thonon et Lausanne-Evian. La ligne reliant Nyon à Yvoire a toutefois été suspendue à cause de forts vents.

L.A.

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