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Au Conseil d’Etat se joue une autre majorité, celle des femmes

Les Vaudois pourraient faire un choix historique. Pas dit qu’ils y soient sensibles.

Anne-Catherine Lyon, Nuria Gorrite et Béatrice Métraux (de g. à dr.)
Anne-Catherine Lyon, Nuria Gorrite et Béatrice Métraux (de g. à dr.)
PATRICK MARTIN

Anne-Catherine Lyon, Béatrice Métraux et Nuria Gorrite. Un trio rose-vert exclusivement féminin affronte l’UDC Claude-Alain Voiblet sous le regard centriste d’Emmanuel Gétaz. Une double majorité se joue pour l’élection au Conseil d’Etat: politique, bien sûr, et féminine. Si la gauche l’emportait, les trois candidates viendraient rejoindre la radicale Jacqueline de Quattro pour minoriser les hommes de ce collège à sept. Et alors?

Jusqu’ici, cette représentation féminine n’a pas été un thème de campagne. «Homme ou femme, la priorité est à la cohérence politique, aux capacités à assumer une fonction», relève la présidente du Parti libéral vaudois, Catherine Labouchère. Avis partagé par le candidat Voiblet. A gauche comme à droite, ce sont des personnalités, des parcours, des compétences que les partis mettent en avant.

Majorité rarissime

Le moment a pourtant une dimension historique. Ce serait une première pour le canton de Vaud, seize ans après l’arrivée d’une femme au Conseil d’Etat, qui a, dès l’année suivante, toujours compté deux élues jusqu’à l’arrivée de Béatrice Métraux. Tant au niveau suisse qu’international, la fin de l’hégémonie masculine dans les gouvernements est une rareté. Outre le bref épisode au Conseil fédéral l’an dernier, Zurich est le seul canton à avoir vécu l’expérience entre 2003 et 2007.

Pour la conseillère d’Etat Anne-Catherine Lyon, c’est tout un symbole: «Ce serait magnifique pour le canton de Vaud, qui a été le premier à accorder le droit de vote aux femmes, et qui, à sa manière bonhomme, est à la pointe des changements sociétaux.» Sa collègue radicale Jacqueline de Quattro, en charge du Bureau cantonal de l’égalité, que le parti de son colistier Claude-Alain Voiblet souhaite supprimer, est dans une posture plus délicate. «Je suis fondamentalement attachée à une large représentation des femmes à des postes à responsabilité, en politique ou ailleurs. Mais personnellement, pour le 1er avril, je vois d’abord un choix de société gauche-droite. Au final, ce choix appartient à la population, qu’il soit politique ou de rééquilibrage des sexes. Et, quel qu’il soit, je le respecterai.»

Un thème de campagne

Cette question de la représentation féminine peut-elle jouer un rôle dans le secret des urnes? La gauche a décidé de mener une campagne parallèle sur ce thème en activant les réseaux de femmes. Objectif affiché: mobiliser ces électrices pour un second tour souvent boudé par le peuple et mettre en avant des positions de l’UDC jugées peu favorable à l’égalité. Nuria Gorrite veut croire au potentiel d’une telle démarche. «Je l’ai vécu au marché d’Orbe, où une femme m’a dit: «Avant de voter à droite, je vote femme.»

Indépendante des partis, l’Association vaudoise pour les droits de la femme a ainsi décidé d’appeler à voter en bloc pour le trio féminin au-delà des questions partisanes. A l’inverse, l’association Pacte n’entre pas sur ce terrain. Aussi apolitique, ce réseau de promotion des femmes dans l’économie, qui compte des membres de gauche et de droite, préfère ne pas prendre position.

Peu d’impact

Professeure honoraire à l’Université de Genève et spécialiste de genre en politique, Than-Huyen Ballmer-Cao ne croit pourtant pas que l’argument femme soit vraiment porteur, sachant que le parti prime sur les autres considérations. Dans une élection à l’exécutif, les femmes n’ont généralement pas moins de chances que les hommes, «d’autant qu’elles ont de l’expérience».

Le ticket de gauche ne devrait pas non plus être avantagé. «On sait que le genre n’est jamais le seul critère décisif. Etre femme peut devenir un atout si la représentation féminine est thématisée, mais c’est difficile à le faire lorsqu’il y a déjà des femmes dans le gouvernement.» En l’occurrence, elles seront au moins trois, même si Claude-Alain Voiblet est élu. Autre contexte généralement favorable aux femmes: une crise politique. «L’électeur se tourne vers les candidates pour en faire les sauveuses de la République. Quand on est déçu, on vote pour quelqu’un de différent et les femmes sont perçues comme moins politiciennes», explique Than-Huyen Ballmer-Cao. Là, encore, rien de tel dans le canton de Vaud, où la gauche comme la droite jouent la carte de la continuité. ?

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