Le Conseil fédéral cherche la perle rare pour présider les EPF

NominationLa Confédération s’apprête à nommer le président des EPF. Mais comment est-il choisi et quel est son cahier des charges?

Image: Vanessa Cardoso

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Il y a officiellement un prestigieux poste à pourvoir à Berne: celui du président du Conseil des EPF. Moins exposée médiatiquement que celle des écoles polytechniques (Martin Vetterli à Lausanne, Joël Mesot à Zurich), la présidence du Conseil des EPF n’en constitue pas moins un poste hautement stratégique. La nomination, qui devrait tomber prochainement, est très attendue. La place à la tête du conseil d’administration des EPF est libre depuis avril, date du départ à la retraite de l’ancien président, Fritz Schiesser. L’intérim est depuis assuré par Beth Krasna, chimiste diplômée de l’EPFZ et du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Zoom sur une fonction méconnue, son mode de désignation parfois nébuleux et, une fois n’est pas coutume, sur sa dimension très vaudoise.

Son royaume

Le président dirige le Conseil des EPF, organe stratégique de direction et de surveillance du domaine du même nom. Une entité tentaculaire au budget annuel de 2,5 milliards, qui comprend les deux écoles polytechniques mais aussi quatre établissements de recherche: l’Institut Paul Scherrer (PSI), l’Institut fédéral de recherches sur la forêt, la neige et le paysage (WSL), le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa) et l’Institut fédéral pour l’aménagement, l’épuration et la protection des eaux (Eawag).

Ses missions

Elles sont multiples. Scientifiquement, c’est le Conseil des EPF qui désigne les professeurs des écoles polytechniques et qui tranche lorsque l’un d’eux dérape, comme cette professeure de physique de l’EPFZ récemment licenciée pour mobbing. Politiquement, c’est à lui d’atteindre les objectifs fixés par le Conseil fédéral. De son côté, le président, qui a aussi son mot à dire dans l’orientation des écoles, est chargé d’expliquer les besoins des EPF aux politiques à l’heure où ces deniers décident du montant des enveloppes à distribuer. D’où l’importance de bien connaître les rouages de la Berne fédérale et de pouvoir compter sur un solide réseau. Au quotidien, s’assurer que l’EPFL et l’EPFZ tirent à la même corde malgré la concurrence qu’elles se font lui incombe également.

Sa désignation

Le choix de la présidence est de la compétence exclusive du Conseil fédéral, sur recommandation du chef du Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR), en l’occurrence Guy Parmelin. En avril, le Vaudois a mis sur pied une commission de sélection pour le poste. À sa tête, une fidèle parmi les fidèles: son bras droit Nathalie Goumaz. Un choix stratégique. Mais le ministre de tutelle des EPF est libre. Il peut choisir un nom de la liste à soumettre à ses pairs, ou opter pour quelqu’un d’autre. Comme en 2007, lorsque Pascal Couchepin avait imposé Fritz Schiesser.

Son profil

«C’est un poste très particulier, au carrefour de la science et de la politique», lance Gian-Andri Casutt, porte-parole du Conseil des EPF. «Il faut un profil multifacettes, quelqu’un qui connaisse la politique de la science», renchérit Martin Vetterli, président de l’EPFL. De fait, il n’existe pas de profil type pour ce poste à 60-80% qui nécessite de fines connaissances des institutions, de la recherche et une expérience managériale. Dans un passé récent, la place a été tenue par un scientifique (le biologiste Alexander Zehnder, en poste de 2004 à 2007) ou par un politique (Fritz Schiesser, 2008-2019). Cette année, un profil «orienté industrie» est évoqué.

Les candidats

Selon nos informations, une short list de deux-trois noms est sur le bureau de Guy Parmelin. Une femme au bénéfice d’une expérience industrielle y figurerait. En coulisses, plusieurs noms circulent, dont ceux de deux élus fédéraux vaudois qui ne rempilent pas en octobre: Fathi Derder et Géraldine Savary. «J’avais effectivement manifesté mon intérêt pour le poste, confirme le conseiller national, mais l’obligation d’être détenteur d’un titre universitaire (ndlr: il a interrompu ses études à l’UNIL pour embrasser une carrière de journaliste) m’a dissuadé de postuler.» «J’étais candidate et j’ai longuement été auditionnée, notamment sur ma vision sur les EPF à long terme. Je bénéficiais de plusieurs soutiens et m’étais bien préparée, mais ma candidature n’a pas été retenue», commente Géraldine Savary. Dimension vaudoise Outre ces deux candidatures, le canton de Vaud est très présent dans ce dossier. Le Bursinois Guy Parmelin proposera un nom à ses collègues du Conseil fédéral. Il aura pu le choisir parmi la sélection de la commission présidée par son bras droit, l’ancienne vice-présidente de l’UDC Vaud originaire de Villarzel. Une commission où siège également Dominique Arlettaz, ancien recteur de l’UNIL.

Créé: 18.08.2019, 16h11

Une annonce très attendue à Berne

Le nom de la personne qui succédera à Fritz Schiesser est attendu avec une certaine impatience à Berne. Car des défis politiques imposants se poseront immédiatement à elle. «J’aimerais que le président du Conseil des EPF ait le courage d’aller expliquer les enjeux à la population lorsqu’il le faudra», affirme la conseillère nationale Isabelle Chevalley (Vert’libéraux/VD), membre de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture. Les occasions ne manqueront pas, en particulier en lien avec l’Union européenne (UE). L’initiative populaire de «limitation» de l’UDC, qui veut dénoncer la libre circulation des personnes, sera sans doute soumise au vote l’an prochain. D’autre part, les blocages sur l’accord-cadre avec l’UE ont des répercussions directes sur la recherche. La Suisse doit négocier aujourd’hui sa participation au prochain programme européen de recherche Horizon Europe. Doté de près de 100 milliards d’euros, il doit se déployer de 2021 à 2027. Les milieux académiques craignent de devoir revivre le traumatisme qui avait suivi le vote du 9 février 2014 sur l’initiative «contre l’immigration de masse». La Suisse avait été exclue temporairement du programme européen de recherche Horizon 2020. Conséquence: une perte de 1,4 milliard de francs de fonds européens par rapport au programme précédent. Pour exemple, à l’EPFL, 6% du budget total est constitué de fonds européens. La participation à ces programmes n’est pas qu’une question de gros sous. L’attractivité et la compétitivité des hautes écoles suisses sont aussi concernées. L’Université de Genève par exemple coordonne aujourd’hui un projet de recherche européen mammouth sur la physique quantique. Une coordination qu’elle perdrait si la Suisse devait observer Horizon Europe depuis le banc. Le président du Conseil des EPF n’aura pas la responsabilité directe de négocier avec la Commission européenne. Mais sa manière de mobiliser les centres universitaires partenaires, le monde politique, et les citoyens autour de ces enjeux comptera. Un autre gros morceau se présentera tout de suite à lui: les crédits fédéraux consacrés à l’innovation et la recherche seront discutés l’an prochain par le nouveau Parlement. Enfin, à l’interne, «c’est quelqu’un qui devra bien comprendre les différences et les complémentarités entre les deux écoles polytechniques», estime Isabelle Chevalley.
L. BT

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