«Les contreparties de la RIE III ne sont pas des 'peanuts'!»

Votation du 20 marsCadeau aux entreprises ou réelles avancées sociales? Des socialistes romands disent ce qu’ils pensent du procédé vaudois.

Sur leurs affiches, les référendaires taisent les?avancées sociales et prédisent des coupes dans les prestations de l’Etat.

Sur leurs affiches, les référendaires taisent les?avancées sociales et prédisent des coupes dans les prestations de l’Etat. Image: ODILE MEYLAN

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Procéduriers quand ils attaquent la «propagande mensongère» de la brochure du Conseil d’Etat sur le volet vaudois de la réforme de l’imposition des entreprises, les référendaires ne s’embarrassent pas de nuances pour combattre cet objet dans la rue. L’autre jour, sur un marché, un militant de l’extrême gauche distribuait ses tracts contre «l’arnaque fiscale» en offrant des cacahuètes aux passants. Du marketing politique pour dire que, dans le paquet mis en votation le 20 mars, les avancées sociales ne seraient que des peanuts en regard du cadeau fiscal de 400 millions fait aux entreprises.

Les cacahuètes des référendaires restent en travers de la gorge du président du gouvernement, Pierre-Yves Maillard. Le socialiste, qui s’en est vu offrir, juge la provocation «indécente». Et il s’étrangle de rage quand les détracteurs du paquet – l’extrême gauche et les syndicats du service public SSP et SUD – assurent que les contre-prestations sont sans lien avec la question posée. «C’est faux, tonne celui qui a négocié le paquet. Un non nous obligerait à retourner devant le Grand Conseil. Sans solution pour la fiscalité des entreprises, les majorités pour les mesures sociales ne se répéteront pas.»

Les employeurs paieront

Des peanuts, le volet social de la RIE III? Allocations familiales plus généreuses, «bouclier» sur les primes maladie pour que les ménages ne consacrent pas plus de 10% de leur revenu net à cette dépense: l’injection de pouvoir d’achat s’élèvera à 150 millions de francs par an. Le patronat paiera une grande partie de cette note. Les prélèvements obligatoires sur les salaires, à charge des seuls employeurs, augmenteront de près de 1%. «C’est spectaculaire alors que le prix du travail atteint déjà un niveau très élevé», souligne le directeur du Centre Patronal, Christophe Reymond.

Le socialiste valaisan Stéphane Rossini apprécie le geste en expert de la politique sociale: «Dans le climat économique tendu à cause du franc fort et dans le contexte d’austérité qui progresse presque partout en Suisse, c’est un effort non négligeable.» Le conseiller national fribourgeois Jean-François Steiert, expert socialiste de l’assurance-maladie, applaudit au bouclier sur les primes: «Le Canton de Vaud réalise une revendication socialiste des débuts de la fameuse LAMal, en 1993. En échange de la prime par tête identique pour le millionnaire et l’ouvrier, il faut un instrument correcteur qui protège les assurés modestes et ceux de la classe moyenne inférieure.» Les subsides y pourvoient mais leur volume est soumis aux aléas de la santé financière des collectivités. C’est pourquoi un mécanisme pérenne a toujours été réclamé par la gauche, en vain jusqu’à présent.

Des espoirs et des craintes

Escamotant ce débat, les référendaires font mine de croire que la droite n’osera pas annuler le bouclier social si le paquet échoue devant le peuple. Un tout autre scénario, peu discuté, inquiète la gauche gouvernementale. Si tout était à refaire, le consensus politique volerait en éclats à la veille des élections cantonales de 2017. A la place des mesures sociales engrangées, la droite pourrait réclamer une baisse de la fiscalité des personnes physiques. Ce serait une autre manière de redistribuer du pouvoir d’achat. Les finances du canton en seraient davantage affectées qu’avec la RIE III, qui impose aux employeurs une grande partie de l’effort de cohésion sociale. Le trou à combler, bien plus grand, provoquerait à coup sûr la baisse des prestations publiques que redoutent tant les référendaires. Alors que si le paquet du 20 mars est validé, le manque à gagner fiscal est maîtrisable sans austérité. Le Conseil d’Etat en a du moins pris l’engagement.

Même Domaine Public, site d’analyse politique de la «gauche réformiste», met en doute ce pari. Coauteure de l’article, Yvette Jaggi s’exprime contre la méthode vaudoise. Le rythme accéléré que le Canton s’impose, alors que le chantier parallèle ouvert à Berne n’est pas bouclé, empêche tout pronostic chiffré sérieux, écrit l’ancienne syndique socialiste de Lausanne. Son aversion pour la souveraineté fiscale cantonale guide sa critique de la sous-enchère fiscale perverse à laquelle Vaud va participer.

Eloges genevois

En revanche, la méthode vaudoise force le respect à Genève, canton miné par les blocages. Par exemple celui du conseiller national et ancien maire de Genève, le socialiste Manuel Tornare. Il fait l’éloge du «pragmatisme gagnant» de Pierre-Yves Maillard. «Je l’admire. Il personnifie le socialisme moderne en conciliant avancées sociales et fiscalité favorable à l’emploi. Qui, à gauche, obtient de meilleurs résultats?» interroge-t-il en se lamentant sur la perte d’influence du PS dans son canton.

Alors que des élus socialistes vaudois accusent leur leader de «brutaliser» le parti, Pierre-Yves Maillard donne quelques signes de nervosité. Il a pourtant des raisons de se réjouir. La base socialiste et celle du plus grand syndicat du secteur privé (Unia) soutiennent sans faiblesse son socialisme de la fiche de paie, où chaque franc redistribué dans un esprit de justice sociale a toute sa valeur.

Le champion de la gauche vaudoise engage son autorité et voit dans ce combat une clarification: «Devant un compromis qui propose de telles avancées sociales, on ne peut pas se défiler. Il faut choisir entre les théories et les résultats concrets pour tous ceux qui peinent à nouer les deux bouts à la fin du mois. On est toujours confronté à ce choix.»

Créé: 14.03.2016, 06h42

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Christian Levrat, président des socialistes suisses, fait l’éloge du canton de Vaud qui n’a pas baissé les impôts et en profite aujourd’hui.

Si vous étiez citoyen vaudois, voteriez-vous pour le paquet concocté par le Conseil d’Etat?
Oui, certainement. Tout en sachant que Vaud est le seul canton à pouvoir se permettre d’abaisser l’imposition des entreprises tout en offrant des avancées sociales significatives. Il le peut car il n’a pas commis l’erreur de baisser les impôts au cours des dix dernières années, quand bien même il assainissait ses finances. Aujourd’hui 18 cantons contraints aux économies coupent dans les prestations publiques alors que Vaud dégage un bénéfice structurel qui lui donne la marge de manœuvre pour présenter un paquet fiscal et social convaincant mais unique en Suisse.

Ce paquet défendu par le champion de la gauche vaudoise Pierre-Yves Maillard, handicape-t-il le PSS dans son action pour obtenir, au niveau fédéral, une réforme de la fiscalité des entreprise acceptable par les socialistes?
Non. Ce sont deux débats différents. Au niveau fédéral, on discute des allègement fiscaux favorables à l’économie pour 2 milliards de francs par an sans compensation sociale. Précisément au moment où la Confédération se trouve dans une situation financière très tendue qui la pousse à réduire son engagement dans la formation, l’agriculture ou le soutien aux ménages modestes écrasés par les primes maladie. On est loin de la situation vaudoise! L’autre différence est l’arrogance de la droite suisse qui réclame des allègements fiscaux supplémentaires sans chercher le compromis avec le parti socialiste, au contraire de la droite vaudoise. Si Vaud veut nous aider, il doit rallier d’autres cantons pour peser sur la droite suisse et obtenir qu’elle modère ses prétentions. C’est la responsabilité du chef des Finances vaudoises, le PLR Pascal Broulis.

Peut-on apprendre, en Suisse, de la méthode vaudoise et son dialogue gauche-droite dans l’intérêt du plus grand nombre dans le canton?
Dans le canton de Vaud, le PS est assez fort pour amener la droite à ce dialogue et à des compromis comme la RIE3. Il y a aussi une sensibilité spécifique à la droite et au patronat vaudois mais aussi romands, moins crispés qu’en Suisse alémanique. C’est perceptible avec les conséquences de l’initiative «Contre l’immigration de masse» du 9 février 2014: ce camp réclame le renforcement des mesures d’accompagnement dans l’intérêt des entreprises, mais aussi des employés et de l’Etat, mesure impensable en Suisse alémanique pour des motifs idéologiques.

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