Le contribuable a payé un voyage partisan de Jacqueline de Quattro

VoyagesEn mai 2018, le PLR a organisé un voyage à Milan. Le Canton a réglé la facture du déplacement de la conseillère d’État.

Jacqueline de Quattro a posté sur Facebook, en mai 2018, des images du «voyage d’études» organisé par le PLR à Milan.

Jacqueline de Quattro a posté sur Facebook, en mai 2018, des images du «voyage d’études» organisé par le PLR à Milan. Image: DR

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Théoriquement, il n’y a pas de financement public des partis politiques en Suisse. Ce qui n’empêche pas certaines largesses dans la pratique. Du 25 au 26 mai 2018, la cheffe du Département du territoire et de l’environnement (DTE), la PLR Jacqueline de Quattro, a fait un «voyage d’études sur les concepts progressifs de développement urbain» à Milan.


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Cette escapade a été organisée par le Parti libéral-radical suisse, la présidente Petra Gössi était du voyage, tout comme la présidente des femmes PLR suisse Doris Fiala-Goldiger. Mais c’est bien l’État de Vaud qui est passé à la caisse pour payer le transport et l’hébergement de Jacqueline de Quattro.

C’est l’une des bizarreries apparues dans les réponses que le Conseil d’État a transmises à «24 heures». Cet été, le journal a demandé au gouvernement cantonal de lister ses voyages officiels depuis 2007, au nom du principe de transparence figurant dans la loi sur l'information (LInfo). Finalement, les réponses de l’Exécutif se limitent à 2012-2019.

«Voyage d’études»

Au sujet de la virée de Jacqueline de Quattro dans le chef-lieu de la Lombardie, le chancelier prend sur lui: «Ce déplacement est considéré par le soussigné comme un voyage d’études après examen du programme», écrit Vincent Grandjean. «Ce n’est donc pas à la demande du DTE qu’il a été décidé que l’État financerait les frais liés à ce déplacement, mais c’est une décision prise d’office par la chancellerie», poursuit-il.

Jacqueline de Quattro confirme cette version. «J’avais fait savoir [au chancelier] que j’étais prête à prendre en charge le coût lié à ce déplacement, la chancellerie en a décidé autrement. Cela étant, si un voyage d’études concernait des thèmes relevant d’un département, il n’était pas inhabituel que l’État participe (modestement) aux frais.»

Justement, ce «voyage d’études» aurait peut-être été utile aux vrais spécialistes de ces questions urbaines qui travaillent pour le Département du territoire et de l’environnement. Mais, comme le précise Vincent Grandjean: «Selon la volonté des organisateurs (ndlr: le PLR Suisse), ce programme n’était pas ouvert aux collaborateurs des participants.»

L’État de Vaud assure que c’est le seul et unique déplacement partisan auquel il a participé financièrement. Par la voix du chancelier, le Conseil d’État souligne les montants «modestes» des frais engendrés par ce déplacement à Milan: 139 francs de transports et 96 euros d’hébergement. Mais la conseillère d’État ne nous dit pas si, selon elle, il y a un montant à ne pas dépasser pour ce type de voyage partisan financé par l’État. «Le chancelier vérifie toujours la justification, l’adéquation et la proportionnalité des frais remboursables par l’État», se borne-t-elle à répondre.

Une nouvelle directive

Voyage d’études justifié, frais modestes, il n’empêche, le Canton ne financera plus de tels déplacements à l’avenir. «À l’aune de la nouvelle directive du Conseil d’État, il serait décidé en pareil cas, à savoir que l’organisateur est un parti, de ne pas prendre en charge ces frais, alors même qu’il s’agit d’un programme d’étude sur des politiques publiques», explique le chancelier. Vincent Grandjean fait référence à la directive du 10 octobre 2018 intitulée «Prévention et gestion des conflits d’intérêts – Règles en matière de cadeau, d’invitation et de voyages». Le Conseil d’État s’est fixé ses propres règles en la matière à la suite de controverses suscitées par des voyages d’élus vaudois, mais aussi de nos voisins genevois.

Cette directive est plutôt généraliste. À la lecture des trois pages, il n’est pas évident d’identifier la disposition qui proscrirait clairement le financement par l’État d’un voyage organisé par un parti politique. De même, elle ne décrit pas de manière explicite la différence entre «voyages officiels» et «voyages à titre privé», autour de laquelle règne encore un grand flou (lire l’encadré).



Voyage officiel ou privé? La frontière est floue

Facebook, 12 novembre 2015. Sur un cliché posté sur son profil par la conseillère nationale libérale-radicale zurichoise Doris Fiala, celle-ci pose en compagnie du Pr Paul Vogt, spécialiste en chirurgie cardiovasculaire, ainsi que de Jacqueline de Quattro. La photo a été prise le jour même à Saint-Pétersbourg, juste avant le départ du trio pour l’Université de pédiatrie où un adolescent de 15 ans doit être opéré par le médecin zurichois. Ce dernier est également président de la Fondation suisse EurAsia Heart, qui organise notamment des interventions du cœur en Europe de l’Est.

Au lendemain de cette opération difficile, qui durera six heures environ, le trio sera reçu en compagnie d’autres Suisses par des officiels russes au Palais Marie, siège de l’assemblée législative de Saint-Pétersbourg. Dans un sujet diffusé ce jour-là par la télévision publique, on peut voir Jacqueline de Quattro assise à une grande table ronde où a également pris place Viatcheslav Makarov, président du législatif de la Ville.

Bien qu’officiel en apparence, ce voyage ne figure pas sur la liste des périples que le Conseil d’État nous a fait parvenir cet été. Selon le gouvernement, il s’agissait d’un voyage effectué «à titre privé». À la question de savoir si elle a financé elle-même ce déplacement, Jacqueline de Quattro répond que «l’État de Vaud n’a pas financé ce voyage. Le reste relève de ma sphère privée». D’après la conseillère d’État, «il est d’usage que même lors de voyages privés, des élus politiques rencontrent d’autres élus ou responsables politiques locaux». Comment la ministre s’est-elle retrouvée intégrée au groupe d’EurAsia Heart? Selon le Registre du commerce zurichois, elle n’a pourtant jamais été membre du Conseil de la fondation, contrairement à ce qui était indiqué notamment sur le profil de Doris Fiala.

Ce voyage n’est pas le seul périple de Jacqueline de Quattro à interroger la frontière entre officiel et privé. On se souvient d’un déplacement à Chabag, en Ukraine, en septembre 2012, et décrit par le Conseil d’État comme revêtant un «caractère atypique», puisque les autorités ukrainiennes y étaient partie prenante.

Après nous avoir répondu en juillet dernier que l’Ukraine avait financé ce périple, le Conseil d’État affirme aujourd’hui qu’il s’agissait principalement du milliardaire Frederik Paulsen, comme cela était du reste stipulé dans l’ordonnance de non-entrée en matière du procureur Éric Cottier en octobre 2018. En outre, selon le gouvernement, «le propriétaire ukrainien du domaine a offert la visite et un repas». En septembre 2018, Jacqueline de Quattro expliquait dans «24 heures» avoir été invitée par «l’État ukrainien, le consul honoraire de Russie à Lausanne Frederik Paulsen et le propriétaire des caves». Pourquoi autant de tergiversations? «Dès le début, j’ai été transparente», répond Jacqueline de Quattro, en évoquant un «voyage officiel» dont elle n’avait alors pas tous les détails en tête. «J’ai clairement dit que j’étais invitée.»

Créé: 18.09.2019, 06h48

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