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Les convoyeurs de Chavornay en garde à vue puis relâchés

Le scénario du rapt d’une jeune femme contre rançon est mis en doute. Les enquêteurs lyonnais n’ont toutefois pas gardé longtemps le trio impliqué.

Le parking d’échange, à la sortie de l’A1 à Chavornay, où le «braquage» a eu lieu.
Le parking d’échange, à la sortie de l’A1 à Chavornay, où le «braquage» a eu lieu.
Jean-Paul Guinnard

La planification du braquage semblait pensée dans les moindres détails. Une jeune femme de 22 ans enlevée par deux faux plombiers jeudi à 18 h 30 à Lyon. Un appel désespéré lancé à son père, un convoyeur domicilié à Annemasse et employé par une société valaisanne spécialisée dans le transport de fonds. Trois braqueurs encagoulés et armés qui attendent le fourgon à Chavornay et s’emparent de la «rançon» sur un petit parking d’échange d’une trentaine de places à la sortie de l’A1.

Ce scénario paraissait avoir volé en éclats à l’annonce, mardi matin, du placement en garde à vue, à Lyon, de la jeune femme, du père convoyeur et du collègue qui l’accompagnait. Le procureur avait ordonné la mesure lundi en fin d’après-midi et elle aurait pu durer 96 heures. Le «braquage de Chavornay» se transformait définitivement en un montage auquel personne, à lire les commentaires des internautes sur les sites des médias, ne semblait croire.

C’était compter sans un nouveau rebondissement mardi dans l’après-midi! Le Parquet de Lyon annonçait avoir relâché le trio. Selon l’AFP, toutefois, on ne sait pas si le trio est définitivement hors de cause ou non. Ni s’il avait un lien avec les trois hommes qui auraient intercepté le fourgon à Chavornay avant de prendre la fuite à bord d’un véhicule de type SUV Porsche. Ils n’ont pas été retrouvés.

Le montant de ce braquage, ou de ce détournement de fonds organisé, est lui-même sujet à débat. Les médias français annonçaient entre 15 et 30 millions de francs suisses vendredi. Ce week-end déjà, la somme était revue à la baisse et Le Parisien parle désormais «d’un peu moins de 15 millions de francs». Ni le Parquet de Lyon ni la procureure vaudoise chargée du dossier n’ont souhaité donner d’information plus précise à ce sujet.

L’histoire se corse en raison de ce qu’un enquêteur français cité par Le Parisien appelle «une affaire dans l’affaire». «Trois cent mille francs ont été retrouvés en Suisse, sur indication du collègue du père de la jeune fille kidnappée. En garde à vue, le convoyeur a assuré aux policiers, lors d’un interrogatoire, que les braqueurs lui avaient laissé une infime partie du butin en guise de préjudice moral. Cela à l’insu de son coéquipier», raconte le journal français. Les enquêteurs vérifient ces allégations. Il s’agit peut-être d’une sorte de «dédommagement pour tort moral» en raison du stress du braquage. Mais les policiers songent aussi à des billets «oubliés» par les braqueurs. Le convoyeur les aurait pris et les aurait cachés, ce qui devrait lui valoir une poursuite pour recel.

Zones d’ombre en série

Les enquêteurs doivent éclaircir de nombreuses zones d’ombre. Les convoyeurs disposent d’un bouton d’alarme en cas de braquage. Ils ne l’ont pas actionné. La jeune femme «enlevée», ligotée avant d’être emmenée en voiture et retrouvée dans la soirée de jeudi «très choquée» sur une route départementale du Département de l’Ain, a-t-elle vraiment supplié son père de ne pas donner l’alarme? Autre point surprenant: en cas de vol dans un fourgon, un dispositif à jet d’encre doit marquer les billets. Il ne s’est apparemment pas enclenché.

Selon 20 minutes, la société valaisanne de transport de fonds qui emploie les deux hommes «braqués» à Chavornay aurait déjà subi dans le passé deux braquages, dont un, à Bussigny en 2015, avait impliqué un des convoyeurs. Sollicité à plusieurs reprises, le directeur de la société n’a pas répondu à nos appels.

Avait-il confiance en son employé, comment recrute-t-il ses collaborateurs? Ces questions restent sans réponse. Un enquêteur français rappelle toutefois que, «dans ce genre d’affaire, les complicités internes ne sont pas rares».

«Peu de vrais pros»

Une experte genevoise en sécurité n’est pas surprise par cette situation, d’une manière générale et sans se prononcer sur la société valaisanne en cause. «Il n’y a pas beaucoup de vrais professionnels. La législation et le concordat intercantonal romand sur les entreprises de sécurité n’imposent pas de normes de recrutement très sévères. La vérification des références et du casier judiciaire ne se déroule pas toujours avec le soin requis. La Suisse se caractérise par de nombreuses petites sociétés qui assurent elles-mêmes une petite formation de base. Elles ont de la peine à investir», explique-t-elle. Elle souligne également que ces sociétés engagent souvent des Français. «Quand ils viennent de Lyon, d’Annemasse ou de Grenoble, on imagine les connexions qu’ils peuvent avoir avec le banditisme. Personnellement, je serais beaucoup plus rigide sur les conditions d’exercice de ces sociétés». L’experte ajoute toutefois que certains travaillent avec beaucoup de sérieux.

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