Les convoyeurs de fonds veulent changer la loi pour ne plus avoir peur la nuit

CirculationLa branche veut la permission de rouler de nuit dans des véhicules lourds. Pour plus de sécurité

Les convoyeurs de fonds veulent bénéficier des mêmes blindages de jour comme de nuit.

Les convoyeurs de fonds veulent bénéficier des mêmes blindages de jour comme de nuit. Image: LUCIEN FORTUNATI

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«Si la situation n’était pas sans risque pour les convoyeurs de fonds, on pourrait en rire. Mais ce n’est malheureusement pas le cas…» Le conseiller national Olivier Feller (PLR) est inquiet. En cause: l’ordonnance sur les règles de la circulation routière (OCR), qui interdit aux valeurs en tout genre – à commencer par les billets de banque et les pierres précieuses – de circuler de nuit, entre 22 heures et 5 heures du matin, dans des véhicules blindés de plus de 3,5 tonnes.

Dans le même temps, et c’est ce qui fait rire jaune l’élu, les chevaux de sport, les fleurs coupées ou encore les denrées périssables ne sont pas soumis à cette interdiction qui porte sur le poids du convoi, chargement inclus. Dénonçant «le cocasse» de la situation, Olivier Feller souhaite une modification de la loi pour que les transports de fonds puissent eux aussi circuler de nuit dans des véhicules lourds pour leur sécurité. Le mois prochain, il déposera une motion en ce sens au National. «Si l’on veut transporter des fonds de nuit, par exemple en vue de remplir les bancomats, il faut utiliser une simple camionnette, ce qui est problématique du point de vue de la sécurité des biens et des personnes, les convoyeurs de fonds devenant des cibles plus faciles pour les braqueurs», détaille le texte qui sera déposé au début de la session spéciale, le 7 mai prochain.

Braquages nocturnes

L’actualité donne souvent raison au parlementaire. En mai 2017, un fourgon de l’entreprise Loomis était attaqué vers 3 heures du matin sur l’autoroute près de Nyon par une bande de la région lyonnaise. Le butin, qui oscillait entre 40 et 45 millions, avait été retrouvé. En février 2018, en soirée, un braquage particulièrement audacieux, avec enlèvement de la fille d’un des convoyeurs, avait vu entre 10 et 15 millions s’envoler près de Chavornay. Plus de 2 millions seront retrouvés près de Lyon. Deux mois plus tard, c’est armée de kalachnikovs qu’une autre bande braquait un fourgon au Mont-sur-Lausanne vers 1 h du matin, avant de l’incendier.

Souvent bien renseignés, déterminés et surarmés, nombre de braqueurs, à qui l’interdiction combattue par Olivier Feller n’a pas échappé, visent la Suisse. Et pour cause: «Plus un véhicule est blindé, plus il est lourd et meilleure est sa protection. Les malfrats se rabattent donc sur la Suisse pour des attaques de nuit car ils savent que les fourgons qui y circulent sont plus vulnérables. Des transports de fonds dans des véhicules lourds rendraient les attaques plus compliquées. Il en va aussi de la sécurité du personnel et de la population», explique Luc Sergy, directeur de l’Association des entreprises suisses de services de sécurité (AESS), qui a été la première à demander une modification de la loi à la Confédération. «Compliquer la vie et les activités des délinquants», c’est également le souhait de Jacques Antenen. Récemment, le commandant de la police cantonale vaudoise profitait du bilan annuel en matière de criminalité pour annoncer que les forces de l’ordre soutenaient elles aussi la demande.

L’OFROU approuve

Dans ce combat, Olivier Feller est donc loin d’être le seul. Mais qu’en pensent les principaux concernés? À Zurich, l’un des dirigeants de Loomis, qui requiert l’anonymat pour des questions de sécurité, indique que son entreprise a développé «un système qui répand automatiquement une mousse compacte dans ses véhicules en cas d’attaque». Pour autant, «les récentes attaques ont démontré une faiblesse dans la législation suisse», ajoute le responsable pour qui «donner la possibilité aux transporteurs de fonds de rouler de jour comme de nuit avec leurs poids lourds hautement blindés apporterait un changement absolument nécessaire pour la sécurité de tous particulièrement pendant la nuit». Chez l’américain Brink’s, «politique interne» oblige, on ne fait aucun commentaire. De son côté, Gérald Pralong, directeur de l’entreprise valaisanne SOS Surveillance, qui a été braquée cinq fois en cinq ans – la dernière fois à Chavornay –, annonce d’emblée la couleur: «Pour notre sécurité, nous ne roulons plus du tout la nuit, l’éventuelle modification de la loi n’y changera rien.»

À Berne, Guido Bielmann, porte-parole de l’Office fédéral des routes (OFROU), rappelle que «les lois ne sont pas immuables, elles s’adaptent et évoluent selon les besoins». Il est vrai qu’une récente consultation demande que d’autres chargements ne soient pas concernés par l’interdiction de rouler de nuit: les dons du sang et les poids lourds historiques. Mais pas les valeurs. «Il est très probable que nous les intégrions. Dans tous les cas, nous ne nous y opposerons pas.» «Nous sommes confiants, mais le changement n’est pas pour demain. Or il y a urgence vu les risques», répond Luc Sergy.

Créé: 03.04.2019, 20h13

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