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Biodiversité: le coup de gueule des députés-paysans

Le milieu agricole en a marre d’être jugé responsable de l’extinction des espèces. Et il l’a fait savoir mardi au Grand Conseil.

Le viticulteur PLR Maurice Neyroud a exprimé le ras-le-bol du monde agricole.
Le viticulteur PLR Maurice Neyroud a exprimé le ras-le-bol du monde agricole.
Jean-Bernard Sieber-A

Il arrive que le calendrier parlementaire vaudois se synchronise par hasard avec l’actu mondiale. Ce fut le cas mardi; les députés ont débattu du péril sur la biodiversité le jour suivant la publication d’un rapport onusien très alarmant («24 heures» de mardi) . Un million d’espèces sur huit sont menacées d’extinction à l’échelle planétaire, constatent les experts de 50 pays.

Au Grand Conseil, la discussion a porté sur une proposition du député Jean-Michel Dolivo (Ensemble à Gauche) datant d’il y a quinze mois. Demander au Conseil d’État de produire un rapport annuel sur «l’avancement des réalisations» inscrites dans son futur Plan d’action en faveur de la biodiversité. Et cette idée a touché une corde sensible au sein du milieu agricole, bien représenté à la droite de l’hémicycle. On y a vu une attaque à peine voilée contre les paysans.

«Quand on parle d’effondrement de la biodiversité, on ne peut que bondir en pensant aux efforts faits par les métiers de la terre depuis trente ans», s’est indigné l’UDC Jean-François Thuillard, rappelant qu’en Suisse les paysans mettent en moyenne 12% de leur domaine en zone de compensation. Voire 15% dans le canton de Vaud, soit bien plus que le seuil de 7% exigé par la loi fédérale. Réplique écologiste par la voix d’Olivier Épars: «Même pas un tiers de ces surfaces ont les qualités requises: les agriculteurs choisissent les parcelles les plus difficiles à exploiter, comme les talus.»

Les citadins pointés du doigt

Tous les élus ont beau s’en défendre ou s’en étonner, le débat a bel et bien porté sur l’opposition entre agriculture nourricière et écologie appliquée. Entre ville et campagne aussi, puisque les «bétonneurs» et les «citadins donneurs de leçons» furent pointés du doigt, eux qui «pulvérisent de produits phytosanitaires leur minuscule jardinet». Clothianidine et autres néonicotinoïdes ont aussi été évoqués, Jean-Michel Dolivo citant l’Association suisse des sciences naturelles pour attester de «la lente dégradation de la fertilité des sols».

«Le monde agricole – soumis à des règles parmi les plus sévères du monde – en a assez d’entendre qu’il est lui seul responsable de tous les maux, a relayé le viticulteur PLR Maurice Neyroud. On fait de gros efforts pour conjuguer des objectifs parfois contradictoires: produire pour remplir vos assiettes sans aucun impact sur la nature.» «Le PS est conscient des efforts fournis par les agriculteurs, a assuré la députée Muriel Thalmann. On pense aussi qu’il y a un important potentiel dans les milieux urbains et périurbains, où règne le gazon propre en ordre.» La Vert’libérale Martine Meldem a quant à elle soutenu à la fois les paysans et la proposition de Jean-Michel Dolivo, dans l’espoir d’une étude «neutre qui montre où vont les milliers de contrôles chaque année». Le postulat Dolivo a profité de la division de la droite et a finalement été approuvé.

Assistant à ces passes d’armes, la conseillère d’État Jacqueline de Quattro a pu se poser en pacificatrice. «On ne peut pas dire qu’on assiste à un effondrement de la biodiversité dans notre canton, mais à un recul, oui. On est de plus en plus nombreux, les milieux naturels sont sous pression, c’est un fait. Il ne s’agit pas de stigmatiser une profession, ni de dire: «On a fait assez, c’est aux autres de faire.» On doit sauvegarder les équilibres entre nature et agriculture, plutôt que les dresser l’un contre l’autre.»

Un peu plus tôt, la ministre avait pu prôner la même ligne nuancée en défendant la troisième série de «mesures prioritaires du Plan de protection de la Venoge». Un programme à 5,4 millions de francs comprenant notamment la renaturation de la rivière sur un tronçon d’environ 1 kilomètre, près du Moulin de Lussery. Là aussi, il fut question de la biodiversité, première bénéficiaire de ces travaux. Fruit d’un compromis politique évitant de passer par l’expropriation de terrains, le projet a été voté à l’unanimité.

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